Saint-Denis : Meeting LFI-PCF avec Bally Bagayoko et Jean-Luc Melenchon
Crédit : Chang Martin/SIPA

Municipales 2026 : forte poussée de LFI, qui vise Roubaix, Lille et Toulouse, et s’affirme en position de force dans les négociations à gauche

Le mouvement mélenchoniste enregistre une percée remarquée au premier tour des municipales, autant dans certaines communes de banlieue, à Saint-Denis ou Roubaix, que dans les grandes villes, où ses scores à deux chiffres font de lui un faiseur de roi parfois incontournable à gauche.
Christian Mouly

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La France insoumise partait de loin. En 2020, le mouvement mélenchoniste décidait d’ « enjamber » le scrutin municipal – le mot était assumé, préférant concentrer ses forces vers les échéances nationales, à commencer par l’élection présidentielle. Six ans plus tard, changement de braquet : LFI revendique plus de 500 listes soutenues à travers la France, le plus souvent en solo, à bonne distance des autres formations de gauche avec qui les relations se sont tendues au gré des polémiques. Avec l’ambition de démontrer que le mouvement est capable de gouverner par endroits et de jouer les trouble-fêtes à gauche dans les grandes métropoles.

Saint-Denis dans la poche, Roubaix quasi gagné

Au soir du premier tour, le défi semble déjà en partie relevé. A Saint-Denis, LFI fait fort en accrochant dès le premier tour une ville de 150 000 habitants à son tableau de chasse, plus grande commune du département. En association avec le parti communiste, Bally Bagayoko renverse le maire PS en place, Mathieu Hanotin, pourtant soutenu par le président du département Stéphane Troussel. La participation, en hausse par rapport à 2014, semble avoir fait la différence. Deuxième ville du 93, Montreuil reste dans l’escarcelle communiste.

A Roubaix, David Guiraud bouleverse aussi la hiérarchie de 2020. Le député atteint 46 % des voix et semble intouchable au second tour, loin devant le sortant divers droite Alexandre Garcin (20 %) et le candidat d’union de la gauche Karim Amrouni (16 %). Déception en revanche à Evry-Courcouronnes (Essonne), où LFI nourrissait des ambitions. Farida Amrani s’incline dès le premier tour face au sortant Stéphane Beaudet.

D’autres résultats importants sont attendus dans la couronne parisienne et dans les agglomérations lyonnaises et lilloises. Un test grandeur nature de la stratégie du mouvement vis-à-vis des quartiers populaires.

Toulouse, Lille et Limoges dans le viseur

Dans certaines grandes villes, LFI fait mieux que résister face aux listes d’union de la gauche. Ce, à la faveur de quelques surprises par rapport aux sondages. A Toulouse, le candidat LFI François Piquemal arrive en tête à gauche, à 27 %, devant la liste d’union de la gauche menée par le socialiste François Briançon (24,1 %). Le député LFI aura beau jeu de demander au PS de céder à ses exigences pour s’unir face au maire sortant divers droite Jean-Luc Moudenc (37 %).

Même situation à Limoges, où Damien Maudet (LFI), deuxième, devance Thierry Miguel (PS), troisième. A Lille, Lahouaria Addouche, donnée à 26 %, devance largement les écologistes et talonne la liste d’Arnaud Deslandes, pourtant soutenu par la patronne des lieux Martine Aubry, qui a lâché les rênes après plus de vingt ans de règne.

A Paris, Marseille, Lyon, Montpellier, Rennes et Nantes, le mouvement tient son rang en accédant au second tour. Là-bas, « LFI se retrouve en position de force, faiseur de roi et de reine selon les circonstances, à définir les règles de discussion dans l’entre-deux tour », a analysé Martial Foucault, directeur du CEVIPOF, sur le plateau Public Sénat dimanche soir. Tous les cadres du mouvement ont réitéré ce soir leur appel à des « fusions techniques » avec les autres listes de gauche. Une manière de s’allier sans s’obliger à s’accorder sur un programme commun ni à gouverner ensemble.

« Il est temps d’agir en responsabilité. Les mises en cause personnelles, les oukases combinés aux tambouilles locales doivent cesser. De son côté, la France Insoumise travaille pour former un front unique et mettre en échec la droite et l’extrême droite. La main tendue doit être saisie », a exhorté Jean-Luc Mélenchon sur X.

Sophia Chikirou, arrivée quatrième dans la capitale, compte bien monnayer son statut d’arbitre auprès d’Emmanuel Grégoire (PS), certes en tête à 38 % mais sous la menace de Rachida Dati, à 26 %. « J’attends son appel », a-t-elle lancé, menaçant de déposer sa liste dès demain soir en vue du second tour. Le candidat PS a pour l’instant évacué la question. Mais dans son camp, tout le monde n’est pas sur la même ligne. « Sans LFI, on ne gagne pas Paris », a ainsi estimé l’élue écologiste Sandrine Rousseau.

A Lyon, Le Havre et Tours, des fusions en vue

La guerre des nerfs est aussi lancée à Marseille. « Aucune tambouille » d’entre-deux tour, a promis le maire sortant socialiste Benoît Payan. Une réponse aux appels à la « constitution d’un front antifasciste pour empêcher le Rassemblement national de conquérir Marseille » de Sébastien Delogu. Fusion subie pour le PS ou désistement forcée de LFI ? Le début de semaine indiquera qui des deux craquera devant le risque de victoire du Rassemblement national, qui échoue à seulement un point de Benoît Payan, à 35 %.

« Soit il y a des accords, soit chacun des camps fera porter à l’autre la responsabilité de la défaite et fera apparaître l’autre comme le diviseur », expliquait avant le scrutin Jean-Yves Dormagen, professeur de sciences politiques et président de l’institut Cluster 17

A Lyon, le chef de file de la gauche unie, Grégory Doucet, au coude-à-coude avec Jean-Michel Aulas, semble davantage ouvert à des négociations. Au Havre et à Tours, des fusions semblent également en bonne voie. Le temps est compté : les candidats doivent déposer les listes avant mardi 18 heures.

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