Rassemblement National meeting in Bordeaux
Marine Le Pen et Jordan Bardella /Credit:UGO AMEZ/SIPA/2509142127

Municipales 2026 : la nouvelle stratégie du Rassemblement national pour gagner des parrainages

À quatre mois des municipales, le Rassemblement national (RN) a donné, lundi 1ᵉʳ décembre, le coup d’envoi de sa campagne pour les élections municipales de 2026. Le parti d’extrême droite entend faire de ce scrutin un moment charnière de son implantation locale, longtemps considérée comme son principal point faible. En 2020, il n’avait conquis que dix municipalités, dont une seule de plus de 100 000 habitants.
Emma Bador-Fritche

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Feu, partez ! Cette fois, le parti à la flamme entend véritablement changer d’échelle. À un peu plus de cent jours des municipales, lors du lancement officiel de sa campagne, le RN affiche des ambitions inédites : plus de 700 têtes de liste devraient être investies, contre 410 en 2020. « Nous avons reçu beaucoup de candidatures, mais il ne suffit pas de vouloir être candidat pour l’être », avertit Julien Sanchez, eurodéputé et directeur de campagne, nommé par Jordan Bardella et Marine Le Pen en septembre 2024.

Les prétendants devront « montrer patte blanche » pour obtenir l’appui du parti, qui revendique une « sélection rigoureuse » afin de renforcer son implantation locale. Fidèle à ses marqueurs traditionnels, le RN place une fois encore la sécurité au cœur de son discours : « La priorité numéro un », martèle M. Sanchez.

Dans ce cadre, le RN a présenté une « charte d’engagement » destinée aux candidats sans étiquette des petites communes. Un soutien aux municipales y est conditionné à un engagement politique clair.

Une charte pour élargir sans afficher le sigle RN

Pour contourner les réticences que continue de susciter son étiquette, surtout dans les petites communes où la politique partisane s’affiche peu, le RN mise désormais sur une « charte d’engagement » municipale en treize points. Ce document, ouvert aussi à des candidats non encartés, encadre le soutien du RN sans obliger les intéressés à en porter les couleurs.

La charte combine des engagements programmatiques (stabilité fiscale, priorité à la sécurité, protection du patrimoine) et deux obligations politiques : soutenir le candidat du RN à la présidentielle et voter pour la liste du parti aux sénatoriales. « L’investiture n’est pas automatique, nous examinons le parcours et le bilan des candidats », souligne Julien Sanchez. La signature devra être apposée physiquement, afin de « solenniser l’acte », puis archivée. Les signataires auront la possibilité, mais non l’obligation, de se présenter comme « soutenus par le Rassemblement national » ou par un député RN.

Pensée pour les maires sortants des petites et moyennes communes, cette charte devra toutefois être validée par la commission nationale d’investiture. Le parti ne rendra pas publique cette démarche : « Ce sera au signataire de choisir s’il souhaite afficher son soutien », précise M. Sanchez. « Et si vous voyez notre député local aux côtés d’un maire sortant, c’est qu’il aura signé la charte », ajoute-t-il.

Ce dispositif marque une nouvelle étape dans la stratégie du parti, qui cherche à étendre son implantation au-delà de son socle traditionnel, aussi en vue des prochaines échéances électorales.

Un contrôle interne encore flou

La charte ne mentionne pas explicitement l’exigence d’un casier judiciaire vierge, un oubli qui ravive le cas de David Rachline, maire de Fréjus accusé de prise illégale d’intérêt. Le procureur a requis à son encontre une amende de 30 000 euros, dont 20 000 avec sursis. La décision du tribunal sera rendue le 27 janvier à 08 h 45, soit deux mois avant les municipales. Une affaire qui pourrait fragiliser son avenir politique à l’approche des municipales de mars 2025, où il espère décrocher un troisième mandat. Julien Sanchez répond que l’intéressé « s’est mis en retrait des instances » et n’a pas demandé l’usage du logo du parti. Il assure néanmoins qu’« un candidat ayant un casier judiciaire en cours aujourd’hui n’est pas accepté ».

Quant aux sanctions en cas de non-respect des engagements, elles restent peu formalisées : « S’il désobéit, nous le ferons savoir à ses électeurs, qu’il n’a pas d’honneur », prévient Sanchez, sans préciser les conséquences institutionnelles. Il minimise néanmoins les risques « Je ne pense pas qu’il y aura de problème. »

L’objectif sénatorial, en ligne de mire

Derrière cette stratégie municipale se profile un objectif clair : peser davantage dans l’élection sénatoriale. Le RN ne compte aujourd’hui que trois sénateurs, loin du seuil de dix élus permettant de former un groupe parlementaire. Or le corps électoral des sénatoriales est constitué en grande partie de maires et de conseillers municipaux.

La charte exige donc que les futurs élus s’engagent à soutenir la liste du RN en septembre 2026. Julien Sanchez résume la philosophie du parti : « Élire un maire de gauche, c’est élire un sénateur de gauche. Élire un maire LR, c’est élire un sénateur qui ne sert à rien. » Le parti espère particulièrement progresser dans le Sud, où la droite traditionnelle est fragilisée, s’appuyant sur son alliance avec l’UDR d’Éric Ciotti. « Je pense que nous aurons un groupe au Sénat », veut croire M. Sanchez.

Spectre de l’union des droites ?

Dans un contexte politique très fragmenté, le RN pourrait-il réussir à séduire des élus Républicains, notamment dans le Sud. « Il existe une porosité : beaucoup d’électeurs LR votent déjà pour nous au second tour », note Julien Sanchez. Certains élus LR envisageraient même de signer la charte du RN. À Marseille, ces mouvements se concrétisent déjà, le député RN Franck Allisio, candidat à la mairie, a convaincu Patrick Pappalardo, président de l’office HLM et ancien élu LR, de le rejoindre. « À nous d’examiner les dossiers », ajoute-t-il.

Dans le même temps, Martine Vassal, candidate divers droite soutenue par Renaissance, entretient le flou sur une possible alliance avec le RN. Interrogée ce matin sur Sud Radio, elle a simplement répondu : « On verra à ce moment-là », provoquant la colère des macronistes. « Elle sait que le duel se jouera entre la gauche et l’extrême droite », commente Julien Sanchez, estimant qu’elle fait preuve de « lucidité ».  » Je suis de droite et du centre ! » sur X, anciennement twitter, la candidate a tenté de calmer les foudres mais sans affirmer qu’il n’y aurait pas d’alliance.

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