Elections legislatives, premier tour dans le gard.
Buste Marianne/Credit:LODI Franck/SIPA/1706120819

Municipales 2026 : la parité bouscule les petites communes

La parité s’impose désormais dans les communes de moins de 1 000 habitants. À partir des élections municipales de 2026, les listes devront respecter une stricte alternance femmes-hommes, et le panachage sera interdit. Une réforme qui, entre volonté d’égalité et réalités locales, divise fortement les élus.
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Pour certains, il s’agit d’un progrès attendu ; pour d’autres, d’une véritable contrainte. La loi sur « la parité dans les fonctions électives et exécutives du bloc communal », portée par l’ancienne députée MoDem Élodie Jacquier-Laforge et adoptée le 7 avril, impose la parité dans les communes qui, jusqu’ici, utilisaient un scrutin majoritaire autorisant le panachage, une pratique permettant de rayer certains noms qui y figurent ou d’en ajouter. Désormais, plus aucune modification de liste ne sera possible.

L’idée d’une meilleure représentation des femmes n’est pas nouvelle. En 2000 déjà, une loi tendant à favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives a été promulguée. Malgré les avancées, plus de 320 communes ne comptent encore aucune femme élue, et seules 23 % des communes de moins de 1 000 habitants disposent aujourd’hui de conseils proches de la parité, d’après le réseau Élues locales. Résultat, 77 % des 25 000 communes concernées devront revoir la composition de leurs listes.

Une réforme difficile à appliquer pour de nombreux maires ruraux

L’obligation de listes paritaires inquiète particulièrement les élus des petites communes. La principale crainte, réussir à trouver suffisamment de candidates. « Déjà, constituer une liste complète de 11 noms est compliqué. Avec la parité, cela devient presque impossible », déplore Nicolas Montpeyroux, maire de Saint-Avit (Puy-de-Dôme). Même son de cloche pour Didier Huchon, maire de Sèvremoine (Maine-et-Loire), qui reconnaît : « Constituer des listes paritaires est difficile, même si nous veillons toujours à un certain équilibre. »

La suppression du panachage, pratique profondément ancrée dans les villages, suscite également des inquiétudes. « Les habitants ont l’habitude de rayer des noms ou d’en ajouter. Sans panachage, beaucoup ne viendront plus voter », estime Maurice Lesourd, maire de Lerné (Indre-et-Loire).

Pour faciliter cette transition, une dérogation est possible, elle est réservée aux communes de moins de 1 000 habitants et permet que les listes puissent compter jusqu’à deux noms de moins que les sièges à pourvoir.

Des communes déjà exemplaires… et d’autres très en retard

Certaines communes, à l’inverse, n’auront aucune difficulté à appliquer la réforme. Des communes ont même plus de femmes que d’hommes dans leur équipe actuelle, au point de devoir ajouter des candidats masculins. À Balaruc-les-Bains (Hérault), la parité est intégrée depuis longtemps : « Je n’ai eu que des listes paritaires depuis que je suis en poste », assure Gérard Canovas, maire depuis trois mandats.

Mais les disparités régionales demeurent marquées. L’Ouest présente une meilleure représentation féminine.

Un plafond de verre toujours solide

Pour certains élus, la réforme est un levier essentiel. « Les listes paritaires remettent les femmes au cœur de la fonction d’élu », estime Sylvie Theye, maire de Ladevèze-Ville (Gers). Pourtant, la sous-représentation féminine reste notable, seulement 17,5 % de maires et 36,4 % d’adjointes, selon une étude de la Caisse des dépôts publiée en septembre 2025. Une situation qui, selon Didier Huchon, s’explique aussi par des freins culturels : « On ne les empêche pas, mais beaucoup de femmes s’interdisent d’y aller. À nous de les encourager, de leur proposer des responsabilités. »

Claudine Tavel, maire de Novalaise, insiste sur la nécessité d’identifier très tôt les femmes intéressées par l’engagement communal. Pour certains élus, la contrainte législative est même utile : « Ce n’est jamais idéal de contraindre, mais quand il y a des freins sociologiques ou culturels, un coup de pouce est nécessaire », conclut Didier Huchon, qui compare la situation à la loi sur l’accessibilité, difficile au début, mais devenue une évidence une fois intégrée. « Peut-être que dans cinq ans, nous n’aurons plus besoin de cette loi. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Capture d’écran du documentaire « 39-45, les cheminots dans la résistance » de Emmanuel Roblin
3min

Politique

Les « docus de l’été » : Les cheminots français sous le nazisme, de résistants individuels à la paralysie du réseau

Instrument essentiel de la logistique en temps de guerre, les cheminots français ont très tôt mesuré l’utilité du réseau de chemins de fer pour l’ennemi. Dès 1942, et avant toute autre forme de résistance, ils ont agi pour faire dérailler la machine nazie. "39-45, les cheminots dans la résistance", un documentaire de Emmanuel Roblin à voir cet été sur Public Sénat.

Le

« Ce qui m’a surpris, c’est… » : le premier débat de la présidentielle vu par les chefs d’entreprise présents à l’université d’été du Medef
7min

Politique

« Ce qui m’a surpris, c’est… » : le premier débat de la présidentielle vu par les chefs d’entreprise présents à l’université d’été du Medef

Le premier débat de la présidentielle s’est joué ce 27 août à Paris face aux tribunes de Roland-Garros, entre sept candidats déclarés, sur des thématiques économiques chères à l’organisation patronale. Les dirigeants ou cadres que nous avons rencontrés ressortent mitigés de cet échange. Les deux anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron, Gabriel Attal et Édouard Philippe, ont sans surprise pris l’ascendant face à ce parterre.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : Premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
9min

Politique

Dette, retraites, fiscalité… que retenir du premier débat des candidats à l’élection présidentielle ?

Ce jeudi, sept candidats à la présidentielle ont tenu le premier débat de la campagne, aux journées d’été du Medef. Pendant plus de deux heures, Bruno Retailleau (les Républicains), Edouard Philippe (Horizons), Raphaël Glucksmann (Place publique), Jean-Luc Mélenchon (la France Insoumise), Marine Le Pen (Rassemblement national), Gabriel Attal (Renaissance) et Marine Tondelier (les Ecologistes) ont échangé sur le sujet de la dette publique, des retraites ou encore du coût du travail.

Le

Meeting of French centrist Renaissance party
8min

Politique

Présidentielle : Retailleau, Attal, Bertrand, Philippe… Les candidatures se multiplient à droite et au centre, mais l’hypothèse d’une primaire divise toujours autant  

Les appels à une candidature unique de la droite et du centre, pour éviter un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, se font de plus en plus pressants. Dernière initiative en date : une tribune signée par 200 élus en faveur d’une primaire ouverte. Mais du côté des partis, les équipes continuent à espérer un rassemblement sans avoir à passer par un tel processus.

Le