FRANCE – ALLOCUTION DE JORDAN BARDELLA MUNICIPALES
Credit:Arnaud Cesar Vilette

Municipales 2026 : le RN a « suffisamment de forces vives pour espérer pouvoir constituer un groupe au Sénat »

Fort d’une progression dans les conseils municipaux et de la prise de plusieurs villes moyennes, surtout dans le Sud et le Nord-Est, le Rassemblement national engrange une bonne performance en demi-teinte pour ces élections municipales. En cause, sa difficulté à gagner dans les grandes villes comme Toulon et Nîmes. Performance qui ne l’empêcherait pas de former un groupe RN au Sénat en septembre prochain, selon le chercheur Gilles Ivaldi.
Mathilde Nutarelli

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« Le Rassemblement National réalise la plus grande percée de son histoire. » C’est par ces mots que le président du RN Jordan Bardella a qualifié la performance de son parti aux élections municipales dont le second tour s’est tenu hier. Le parti à la flamme a le vent en poupe depuis plusieurs élections : qualifié au second tour de la présidentielle en 2017 et en 2022, arrivé en tête des européennes de 2024. Pour ce scrutin local, risqué pour lui qui manque d’ancrage, il avait misé sur une augmentation du nombre de listes présentées. En ligne de mire les élections sénatoriales de septembre 2027. Mais au-delà des affirmations de son président, le RN a-t-il réellement surperformé à ces municipales ?

« On est le parti qui progresse le plus, en particulier dans la France des sous-préfectures »

Depuis hier soir, l’état-major du Rassemblement national déroule dans les médias son argumentaire. « Nous avons gagné plus de villes que prévu », a même affirmé Marine Le Pen depuis Budapest cet après-midi. Nice, Menton, Carpentras, Carcassonne, Villers-Cotterêts, Liévin, Saint-Avold, … Hier soir, plusieurs villes ont basculé. Le RN revendique 70 communes et 3 000 conseillers municipaux. Un décompte de l’AFP basé sur les chiffres du ministère de l’Intérieur dénombre 55 communes de plus de 3 500 habitants et 3 006 conseillers municipaux dans l’escarcelle du parti à la flamme et de ses alliés ciottistes. Mais les décomptes sont périlleux car autour des listes estampillées RN gravite une nébuleuse d’élus sans étiquette affiliés au parti d’extrême-droite.

« Il faut faire preuve d’honnêteté intellectuelle : quand on voit les chiffres, c’est une victoire », se réjouit le porte-parole du RN Julien Odoul auprès de Public Sénat, « on est le parti qui progresse le plus, en particulier dans la France des sous-préfectures, qui tient le pays ». « Le RN est en grosse progression par rapport à 2020 et 2014, qui est leur première percée aux élections municipales car ils avaient gagné environ 1 500 conseillers municipaux », rappelle Gilles Ivaldi, spécialiste de l’extrême-droite et chercheur au Cevipof.

« Le RN a pâti du front républicain »

Mais cette progression doit être nuancée. Le RN, pour ces municipales, visait gros : Nice, Toulon, Nîmes, et même Marseille après le premier tour. Finalement, ce n’est que la première qui a été emportée par une figure de la droite locale ralliée au parti à la flamme. « Avant l’élection, Jordan Bardella disait privilégier la qualité à la quantité. En fait, c’est un bilan quantitatif plutôt bon, mais la qualité laisse à désirer », analyse Gilles Ivaldi. Julien Odoul le reconnaît : « C’est une déception parce qu’on aurait aimé pouvoir faire plus ». Pour lui, c’est la faute à la droite. « Il a manqué une droite courageuse. A Nîmes, nous avions un potentiel de victoire incroyable et on en vient à faire élire les communistes à cause de la fusion des listes de droite », regrette-t-il. « Le RN a pâti du front républicain », explique Gilles Ivaldi. Mais pas le même front républicain anti-RN qu’en 2024 lors du second tour des élections législatives. « Par rapport aux législatives de 2024, il y a eu peu de désistements ou d’appels des partis à faire barrage à l’extrême-droite. Néanmoins, le front républicain a fonctionné pour les électeurs », résume le politologue.

« Les listes RN ont été concentrées dans les régions et les communes où le parti est le plus fort »

Par ailleurs, les victoires du RN sont presque toutes localisées dans les régions déjà favorables au parti à la flamme : le Nord-Est et le Sud-Est. « Les listes RN ont été concentrées dans les régions et les communes où le parti est le plus fort, dans le cœur de son électorat, il a maximisé les chances de l’emporter », analyse Gilles Ivaldi. En cela, les performances du parti d’extrême-droite varient de ses scores aux élections nationales. « Aux élections nationales, le RN a réussi à sortir de ses grands bastions. Il a fait des incursions dans d’autres territoires. Avec les municipales, les paramètres sont différents, en particulier à cause de la prime à l’ancrage local. Ici, il y a une progression importante, mais elle ne reflète pas totalement la dynamique des dernières élections », précise le chercheur. Un essai transformé, mais seulement dans les zones de confort du parti.

L’élargissement de la vitrine des villes gérées par le RN

Tout nuancé que soit le bilan du RN pour ces municipales, l’élection de plusieurs milliers de conseillers municipaux aura plusieurs impacts dans la vie politique française. Pour les cadres du RN, c’est l’espoir d’élargir la vitrine du parti en vue de la présidentielle de 2027. « Ce que nous avons obtenu va permettre au 1,5 million de Français qui vivent dans une commune tenue par le RN de bénéficier de l’alternance anticipée et de notre gestion municipale », s’enthousiasme Julien Odoul. Dans son viseur, l’union de la droite et de l’extrême-droite, « par le bas ». « L’union des patriotes se fera sur le terrain », veut-il croire.

Un potentiel groupe RN au Sénat

Mais avant la présidentielle, ce sont les élections sénatoriales qui préoccupent le Rassemblement national. Actuellement, le parti ne dispose que de trois sénateurs au Palais du Luxembourg. Or, pour composer un groupe au Sénat, il en faut dix. Un plafond de verre que le RN compte bien exploser. « Ils ont suffisamment de forces vives pour espérer pouvoir constituer un groupe ou augmenter sensiblement leur nombre d’élus. C’était un de leurs objectifs lors de ces municipales : avoir un maximum de conseillers municipaux pour peser aux sénatoriales », projette Gilles Ivaldi. Sans compter d’éventuels départs de sénateurs membres ou apparentés au groupe LR vers un potentiel groupe RN.

La clôture de la séquence des élections municipales donne un coup d’accélérateur à la campagne pour 2027. Pour le RN, comme pour les autres partis, le récit de l’implantation locale servira de tremplin aux candidats à l’élection suprême.

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