Une nouvelle campagne s’est ouverte pour les élections municipales dimanche à 20 heures. Négociations, tentatives d’alliances, la configuration des seconds tours évolue d’heure en heure et plusieurs mairies s’annoncent très disputées.
Pour rappel, les candidats qualifiés ont jusqu’à ce mardi, à 18 h 00, pour décider de se maintenir, fusionner ou se désister, et donc choisir de déposer ou non leur liste en préfecture. Tour d’horizon des points chauds de ce second tour, qui aura lieu le dimanche 22 mars 2026.
À Paris, l’heure des tractations à droite et au centre
Dans la capitale, des discussions ont commencé entre les équipes de Rachida Dati (arrivée deuxième avec 25,5 %), la candidate de l’union de la droite, et celles de Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons arrivé quatrième avec 11,3 %. L’enjeu est de rendre possible pour l’un et l’autre l’alternance dans la capitale, à gauche depuis 2001.
Emmanuel Grégoire, l’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo, est arrivé nettement en tête au premier tour avec près de 38 % des voix. Sophia Chikirou, candidate de la France insoumise (11,7 %), attend désormais un appel du candidat socialiste, considérant que « la responsabilité, c’est d’empêcher la droite de gagner Paris, car son agenda épouse celui de l’extrême droite ». Elle compte se maintenir si Emmanuel Grégoire ne lui propose pas de fusion, un scénario auquel le socialiste a toujours fermé la porte. Il a réitéré sa position ce lundi.
Sarah Knafo, candidate Reconquête, qualifiée de justesse pour le second tour avec 10,4 % des voix précise avoir tendu la main à Rachida Dati, Pierre-Yves Bournazel de son côté conditionne son ralliement à l’ancienne ministre par l’absence de toute alliance avec l’extrême droite, le respect de plusieurs points de son programme et un accord sur la gouvernance.
Le maire sortant de Marseille Benoît Payan ferme la porte à une alliance avec les Insoumis
La cité phocéenne sera marquée dimanche par un choc entre le maire sortant Benoît Payan, candidat de l’union de la gauche arrivé en tête avec 36,7 %, face au député européen RN Franck Allisio, en embuscade avec 35 %. En déposant sa liste dès ce lundi, Benoît Payan a définitivement fermé la porte à LFI et à toute « tambouille », selon ses mots.
Sébastien Delogu, le candidat des insoumis (11,9 %), qui souhaitait un « front antifasciste » a jugé la position du maire sortant « irresponsable ». Martine Vassal, candidate de droite malheureuse avec 12,4 %, a décidé de se maintenir.
À Lyon, le maire écologiste Grégory Doucet sortant veut transformer l’essai du premier tour, face à Jean-Michel Aulas
Dans la troisième ville de France, le maire sortant Grégory Doucet (37,4 %) a créé la surprise en se hissant au coude-à-coude avec l’ancien patron de l’Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas (36,8 %), pourtant grand favori des sondages. Des négociations sont en cours avec l’insoumise, Anaïs Belouassa-Cherifi, qui a réalisé une percée avec 10,4 %. Ce lundi après-midi, un accord a été trouvé pour une fusion technique entre les deux listes. Le total des voix des six candidats de gauche au premier tour atteint 52,6 %. Jean-Michel Aulas a fait savoir qu’il ne débattra pas avec Grégory Doucet, en cas d’alliance de ce dernier avec LFI.
Éric Ciotti dans un duel fratricide à Nice face au maire sortant Christian Estrosi
Situation très difficile pour Christian Estrosi à Nice. Avec 30,9 % des voix au premier tour, le maire sortant a été largement distancé par son ancien collaborateur et désormais grand rival Éric Ciotti, candidat de l’Union des droites (UDR) et soutenu par le Rassemblement national. Il est arrivé largement en tête avec 43,4 % des voix. La ville la plus importante détenue par Horizons est donc menacée dans une triangulaire.
Arrivée troisième avec 11,9 % des voix, Juliette Chesnel-Le Roux, candidate d’union des socialistes, communistes et écologistes, a indiqué ce lundi qu’elle se maintiendrait au second tour. Mireille Damiano, candidate LFI avec presque 9 % des voix, n’a pas été en mesure de se qualifier au second tour. Le reste des voix s’est dirigé vers une liste citoyenne (2,2 %), une liste Reconquête (1,9 %) et une liste de Lutte ouvrière (0,7 %).
Toulon dans le viseur du Rassemblement national
Un autre point chaud est à scruter à 150 kilomètres de la baie des Anges. L’extrême droite récupéra-t-elle la ville qu’elle a dirigée de 1995 à 2001 ? Le Rassemblement National espère remporter dimanche prochain la troisième ville de la région Paca, et douzième ville de France. La députée RN Laure Lavalette a largement dominé le premier tour avec 42,1 % des points, soit plus de 12 points devant la maire sortante Josée Massi (29,6 %), qui a succédé à Hubert Falco en 2023.
Le candidat arrivé troisième, le sénateur LR Michel Bonnus (15,7 %) a confirmé dès dimanche son retrait. Il s’était donné comme « objectif clair » « d’éviter la catastrophe que représenterait l’arrivée de l’extrême droite à Toulon ». Le duel s’annonce difficile pour Laure Lavalette, avec peu de réserves de voix, les trois candidats de gauche éliminés totalisant 12,7 % des suffrages.
Une possible triangulaire qui pourrait être favorable au sortant écologiste Pierre Hurmic à Bordeaux
Six ans après la victoire de la prise de ce bastion de droite par les écologistes, la dynamique du premier tour à Bordeaux s’est nettement inscrite au centre droit. Le maire sortant écologiste Pierre Hurmic n’est a priori pas en bonne posture, avec 27,7 % des voix réunies sur sa liste le 15 mars. Mais il pourrait tirer son épingle du jeu, en tirant profit de l’éventuelle impossibilité d’entente entre ses deux principaux adversaires, l’ancien ministre Renaissance Thomas Cazenave (25,6 %) et l’économiste Philippe Dessertine (20,2 %), qui a fait irruption sur la scène politique locale en septembre avec une liste sans étiquette. « Aucune alliance envisageable » a-t-il martelé, se plaçant comme « le seul » à progresser dans les enquêtes d’opinion. Thomas Cazenave, qui a lancé un « appel solennel » au rassemblement à l’universitaire, doit s’exprimer à 18 heures.
A noter que le total des autres candidats de gauche éliminés, dont l’insoumis Nordine Raymond et Philippe Poutou (NPA), atteint près de 18 %. L’extrême droite (RN et Reconquête) a totalisé près de 9 %.
La gauche à l’épreuve de la percée de la droite à Nantes
L’inverse peut également se produire, en cas de mésentente à gauche. Le scrutin à Nantes a été marqué par une progression marquée du candidat LR Foulques Chombart de Lauwe. Avec 33,8 %, il talonne la maire sortante socialiste Johanna Rolland, arrivée en tête avec 35,2 %. Les discussions avec le candidat LFI, William Aucant, dernier qualifié avec 11,2 % des voix, n’ont pas encore abouti.
Dans un communiqué, le troisième homme considère que les discussions « se heurtent toujours à un désaccord majeur : le non-respect du résultat du premier tour par la candidate socialiste ». Il menace de déposer sa liste ce lundi soir, si la maire ne revient pas à la « raison démocratique ». Dans la matinée, il a également critiqué les discussions de la liste de Johanna Rolland avec Mounir Belhamiti, tête de liste divers centre qui a obtenu 8,1 %.
Duel serré en vue à Besançon, l’un des espoirs des Républicains
Plus que toutes les autres, Besançon fait partie des espoirs réels de conquête de la droite. Le candidat LR Ludovic Fagaut a créé la surprise dimanche en virant en tête, avec 40,1 % des suffrages, devançant nettement la maire écologiste Anne Vignot, seconde avec 33,4 % des voix. La liste de la maire sortante s’est alliée avec la liste LFI, qui a réalisé 10,9 %. Le candidat RN Jacques Ricciardetti (8 %) n’a pas donné de consigne de vote, et celui d’Horizons-Renaissance, Eric Delabrousse (5,7 %) avait prévenu avant même le premier tour qu’il excluait tout rapprochement avec « les extrêmes ».
Un second tour très incertain à Strasbourg
La liste des Ecologistes dans la capitale alsacienne est aussi en difficulté. La maire sortante Jeanne Barseghian est arrivée en troisième position, avec 19,7 % des voix. L’ancienne édile socialiste Catherine Trautmann, qui avait décroché la ville en 1989, et ancienne ministre de la Culture sous Lionel Jospin, s’est imposée au premier tour avec 25,9 % des suffrages. Deuxième candidat, le LR Jean-Philippe Vetter (24,2 %) bouscule le second tour.
Opposante à la maire sortante, Catherine Trautmann n’avait pas attendu l’investiture de son parti pour se lancer dans la course, et elle a exclu toute alliance avec les Verts tout comme avec la France insoumise. Elle avait fait par ailleurs des gestes d’ouverture à l’égard du centre droit et de la droite. Celle-ci pourrait sûrement capter des voix des électeurs de Pierre Jakubowicz, le candidat Renaissance qui a réuni 5,1 % des voix.
La maire sortante et l’insoumis Florian Kobryn (12 % des voix) ont annoncé une alliance en vue du second tour. A noter que le RN a obtenu 7 % au premier tour. Le second tour s’annonce disputé.
Une guerre des gauches à Lille
La concurrence sera rude également entre plusieurs listes de gauche dans la capitale des Flandres. Au premier tour, le successeur de Martine Aubry, le socialiste Arnaud Deslandes (26,3 %), devance d’à peine trois points la candidate insoumise, Lahouaria Addouche (23,4 %). L’écologiste Stéphane Baly (17,8 %) se retrouve en position d’arbitre. Il a choisi de fusionner avec le PS.
Même avec le désistement de Stéphane Baly, Lille se dirige vers une quadrangulaire le 22 mars. La députée Renaissance Violette Spillebout est arrivée quatrième avec 11,1 % des voix, devant le député RN Matthieu Valet (10,9 %).
Percée de la droite à Grenoble au premier tour
L’après-Eric Piolle à Grenoble reste à écrire. L’ancien maire LR (1983-1995) et ancien ministre Alain Carignon a réussi à se hisser en tête du premier tour, à la surprise générale, avec 27 % des voix. C’est six points de plus par rapport à 2020. Il a devancé légèrement Laurence Ruffin, à la tête d’un collectif de partis écologistes et de gauche (26,3 %), suivie d’Allan Brunon, candidat de LFI (14,6 %).
Avec environ 10 %, Romain Gentil, à la tête d’une liste qui réunit Place Publique, le Parti radical de gauche et le parti écologiste Equinoxe a échoué à trois voix près à se qualifier. Le RN a réalisé 5,2 %. Ce lundi, plusieurs conseillers de la majorité sortante appellent à la fusion des listes Ruffin et Brunon.
Liste commune des deux principaux candidats de gauche à Toulouse, la cité rose pourrait basculer
Dans la quatrième ville du pays, le candidat LFI François Piquemal (27,6 %) et le candidat d’union des socialistes et écologistes, François Briançon 25 % ont annoncé une liste commune. Unie, la gauche est donc potentiellement en mesure de ravir l’hôtel de ville à Jean-Luc Moudenc, arrivé en tête du premier tour avec 37,2 %.
Le scrutin pourrait cependant être serré. Il y a six ans, le candidat de droite avait remporté le second tour avec près de 52 % face au candidat divers gauche Antoine Maurice.
Au Havre, Edouard Philippe bien parti pour conserver la majorité
A noter aussi que le score de l’ancien Premier ministre au Havre sera scruté avec attention dimanche, étant donné son ambition pour 2027. Edouard Philippe a finalement bien résisté au premier tour, avec 43,8 % des voix, lui assurant une avance confortable face au candidat de gauche, Jean-Paul Lecoq (PCF), choisi par 33,3 % des électeurs. Franck Keller (UDR), s’est également qualifié grâce à son score de 15,30 %. Le total des listes éliminées incluant LFI (4 %), deux listes citoyennes et une liste Lutte ouvrière représentent 7 %, une réserve de voix qui devrait être insuffisante à l’adversaire d’Edouard Philippe pour remporter cette triangulaire.