MUNICIPALES LE HAVRE : SOUTIENS A JEAN PAUL LECOQ
Credit:Maxime Le Pihif

Municipales 2026 : les communistes, « confiants et mobilisés » pour récupérer les bastions perdus

Pour les élections municipales, les communistes espèrent se maintenir à la tête des bastions qu’ils ont gardés en 2020 et reconquérir quelques villes perdues ici ou là, comme Nîmes, Le Havre ou Champigny-sur-Marne. L’issue de ce scrutin est cruciale pour le parti, à la peine dans les élections nationales mais résistant dans les élections locales.
Mathilde Nutarelli

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« Les municipales sont les élections où l’on a fait les meilleurs scores dans les quinze-vingt dernières années ». Ces mots de Pierre Lacaze, vice-président communiste de la région Occitanie et chargé des élections municipales pour le parti, résument les enjeux du scrutin, dont le premier tour aura lieu dimanche soir, pour le Parti communiste français. Ils sont loin les 2,28 % de Fabien Roussel à la présidentielle de 2022, les communistes se disent « confiants et mobilisés ».

Un déclin du « communisme municipal »

Le Parti communiste français est connu comme un parti d’implantation locale. « Il se constitue dans années 1920 et 1930, au cours desquelles les élections de 1935 sont un prélude au Front Populaire. A ce moment-là se créent la « banlieue rouge » et des îlots dans le reste de la France », raconte Sylvain Boulouque, historien et enseignant-chercheur à l’Université de Reims. En 1945, sur toute la France, les communistes revendiquaient 2 000 édiles. En 1977, ils géraient 147 communes en Île-de-France.

Mais le « communisme municipal » a commencé à décliner à partir des années 1980. « Dans la banlieue rouge, il reste quelques bastions, mais la gestion a changé de nature, car ce sont des listes d’union de la gauche qui les dirigent. Le PCF n’arrive plus à tout diriger seul », analyse l’historien. En 2020, le Parti a perdu plusieurs villes historiques, comme Saint-Pierre-des-Corps, Saint-Denis ou encore Champigny-sur-Marne. Le nombre de communes communistes, en Île-de-France en 2020 est tombé à 34.

« Nous sommes le troisième parti derrière LR et le PS en termes d’élus locaux »

Pour autant, le parti se maintient : « Nous sommes le troisième parti derrière LR et le PS en termes d’élus locaux. Nous avons plus de 600 maires et 7 000 élus municipaux », affirme Pierre Lacaze. Il est aisé de comprendre pourquoi Fabien Roussel, premier secrétaire du PCF, a fait de ces élections un événement de premier plan, allant jusqu’à se représenter dans sa commune de Saint-Amand-les-Eaux où il est menacé par l’extrême-droite.

« Nous, on n’a pas souhaité enjamber les municipales », affirme Pierre Lacaze, et pour cause. « Si les communistes perdent gros dans ces municipales, cela va recroqueviller l’appareil sénatorial et le délitement va continuer jusqu’à la disparition complète du parti », prédit Sylvain Boulouque. Un scénario qui, pour l’instant, ne semble pas probable. « Les villes qui tiennent en banlieue sont solidement implantées », tempère l’historien.

Le PCF espère remporter Nîmes et Le Havre

Malgré la perte de bastions en 2020, les communistes se sont maintenus à la tête de villes importantes : Montreuil, Vitry, Gennevilliers, Nanterre, Martigues, … « On pourra conserver une grande majorité de nos villes et peut-être en gagner de nouvelles », anticipe Pierre Lacaze. Dans son viseur : la ville du Havre, où le communiste Jean-Paul Lecoq, à la tête d’une liste d’union de la gauche hors LFI veut concurrencer le maire sortant et ancien Premier ministre Horizons Edouard Philippe. Mais aussi la ville de Nîmes, perdue à la droite en 2001, où le RN Julien Sanchez a fait du communiste Vincent Bouget, également candidat d’union de la gauche hors LFI, son principal adversaire. Place du colonel Fabien, on vise aussi des villes perdues en 2020 : Champigny-sur-Marne, Arles.

« Nous sommes engagés à près de 90 % dans des accords avec le Parti socialiste et les Ecologistes »

Au centre de la stratégie du PCF : les alliances, dès le premier tour, avec la gauche hors LFI. « Nous sommes engagés à près de 90 % dans des accords avec le Parti socialiste et les Ecologistes, c’est beaucoup plus qu’en 2014 ou en 2020 », explique Pierre Lacaze. Pour lui, les alliances sont essentielles dès le premier tour, « face au danger de l’extrême-droite et pour battre l’union des droites macronistes ». « C’est au premier tour qu’on s’unit, au second tour on s’arrange », affirme-t-il.

Si les alliances avec le reste de la gauche sont « plutôt réussies », avec la France Insoumise, les choses sont plus compliquées. Les troupes de Jean-Luc Mélenchon ont déposé des listes dans quasiment toutes les villes d’Île-de-France communistes ou de gauche. « LFI a choisi de s’exclure, en privilégiant la mise en avant de Jean-Luc Mélenchon, qui fait trente meetings présidentiels sur la campagne municipale », assène Pierre Lacaze. Selon son décompte, dans 90 % des cas, la France Insoumise se présente contre des maires sortants socialistes, communistes et écologistes. Plus précisément, avec le PCF, pas d’accord global. Seulement quelques accords ici et là en Seine-Saint-Denis, notamment à Saint-Denis pour battre le maire sortant socialiste, qui avait ravi la mairie aux communistes en 2020. Un fait « nouveau », dans l’histoire du parti, d’après Sylvain Boulouque : « Aujourd’hui, il y a une autonomie complète des sections communistes par rapport à la ligne nationale », analyse-t-il.

La France Insoumise, haute dans les élections nationales dans les villes communistes de la banlieue parisienne, peut menacer les communistes. « La France Insoumise à gauche occupe une place qui a été longtemps occupée par le PCF et qu’il a de moins en moins pu faire valoir à partir de 1981 », explique Roger Martelli, historien et ancien membre de la direction du PCF, « c’est un transfert à l’intérieur de la gauche, comme dans les années 1980 le transfert se faisait vers le Parti socialiste ». Mais pas de là à effrayer les communistes : la récente proposition de Jean-Luc Mélenchon, d’une « fusion technique antifasciste » n’a pas convaincu Pierre Lacaze. « On ne sait pas ce que ça veut dire, ni quand ça intervient ».

« En dehors de quelques grandes villes d’Île-de-France, notre ennemi principal c’est le RN »

Mais au-delà de la concurrence avec les listes de la France Insoumise, la menace qui guette les communistes pour ces municipales, c’est le Rassemblement national. « Le Parti communiste a beaucoup d’élus dans des territoires où le RN est haut : les Bouches-du-Rhône, le Pas-de-Calais, la Meurthe-et-Moselle, la Dordogne. En dehors de quelques grandes villes d’Île-de-France, notre ennemi principal c’est le RN », résume Pierre Lacaze. Le Rassemblement national aussi a l’ambition pour ces élections de présenter le plus de candidats possibles. « Le bassin minier risque de basculer complètement au RN », prévoit Sylvain Boulouque. Ce qui joue en la défaveur des communistes, aux yeux de l’historien, c’est la recomposition démographique : « Ce ne sont plus des ouvriers qui votent pour le RN, ce sont les enfants ou les petits-enfants de ceux qui votaient communiste. Ceux qui votaient communiste se sont réfugiés dans l’abstention », explique-t-il.

Le risque de voir des communes rouges passer à l’extrême-droite s’incarne de façon accrue à Saint-Amand-les-Eaux, où Fabien Roussel risque d’être battu. Mais Pierre Lacaze l’assure, « il ne joue pas son avenir politique dans cette élection ». A l’inverse du parti ?

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