Pour Les Républicains, les municipales restent plutôt une valeur sûre. Si la présidentielle est devenue synonyme d’échec, les LR ont encore de beaux restes au niveau local et conservent un maillage territorial fort, pour partie hérité de la vague bleue des municipales de 2014. Environ la moitié des villes de plus de 9 000 habitants est dirigée par un maire LR ou l’un de leurs alliés. Mais paradoxalement, ce tissu d’élus se distend à mesure que l’on grimpe les échelons. Parmi les villes de plus de 30 000 habitants, un peu moins d’une centaine est encore pilotée par LR, et elles ne sont plus qu’une petite quinzaine une fois passé le seuil des 100 000 habitants. En revanche, plus aucune métropole n’est aux mains du parti de Bruno Retailleau.
Cette érosion trouve notamment son origine dans le chamboule-tout politique qui a accompagné l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir. Au cours du mandat écoulé, plusieurs grandes villes historiquement LR ont changé d’affiliation, comme Nice et Toulouse, où Christian Estrosi et Jean-Luc Moudenc se sont rapprochés du camp présidentiel et notamment d’Horizons, le parti d’Edouard Philippe. Surtout, dans les grandes villes, la gauche a pris le dessus grâce à l’évolution de la sociologie. « Aux dernières municipales, plusieurs grandes villes, longtemps à droite ou proche de la droite, ont été emportées par la vague écolo », commente la sénatrice Dominique Estrosi Sassone, membre du bureau politique des LR, qui évoque les cas de Bordeaux ou d’Annecy.
Au soir de sa victoire qui l’a mené à la tête des LR, Bruno Retailleau n’en espérait pas moins « faire se lever en France une vague bleue » aux municipales. Mais avec cette forte implantation, LR a en réalité plus à perdre qu’à gagner à l’issue du scrutin des 15 et 22 mars prochains. Le président de la commission nationale d’investiture (CNI), le sénateur LR Roger Karoutchi, fait preuve d’une certaine prudence, et ne parle pas de vague bleue aujourd’hui. « Quand vous êtes à la tête de pratiquement 60 % des communes de plus de 30 000 habitants (en incluant les maires divers droite, ndlr), la marge de progression est forcément faible. On ne présente pas de liste contre Horizons ou Renaissance avec qui le parti a multiplié les accords locaux, ou très peu. La marge de progression est sur la gauche », explique l’élu des Hauts-de-Seine.
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260 maires sortants
Roger Karoutchi vise d’abord une stabilité, avec quelques gains : « Pour le moment, le souhait réel, c’est évidemment de préserver les communes qu’on a et, éventuellement, d’en gagner quelques-unes ». Dominique Estrosi Sassone abonde : « Pour montrer que LR est en train de se reconstruire, nous devons d’abord conserver nos positions, et pourquoi pas réussir à en conquérir de nouvelles ! »
Le parti dispose de chiffres pour les communes de plus de 30 000 habitants, sur lesquelles la CNI a tranché. Pour les plus petites, de 10 000 à 30 000 personnes, ce sont les fédérations départementales qui s’en chargent. « Sur les 500 communes de plus 30 000 habitants, nous avons pratiquement 140 listes conduites par un LR », détaille Roger Karoutchi. Ce chiffre monte à 430 listes en incluant celles qui sont conduites par un UDI, un Horizons ou un divers droite auxquelles participent LR. Sur ce total, « nous avons à peu près 260 maires sortants, qui sont soit LR, soit divers droite proches de LR », résume le président de la CNI.
Toulouse, Nîmes et Nice sur la sellette
À Toulouse, où Jean-Luc Moudenc reste soutenu par le parti, « il y a un petit risque » de perdre la ville rose, reconnaît le sénateur. Pour la conserver, les LR devront mobiliser, entre une gauche qui menace et la présence du RN. Risques aussi à Nîmes, plus grosse ville détenue actuellement par le parti de droite où le maire sortant, Jean-Paul Fournier, ne se représente pas. « Notre candidat est derrière le candidat communiste, avec 23 à 24 % des intentions de vote. Sauf qu’il y a une liste Renaissance à 14-15 %. Si on est capable d’aller au deuxième tour avec une liste d’union, comme ce sera une triangulaire avec le RN, on peut gagner. Une seule liste au deuxième tour nous permettra de sauver Nîmes », détaille Roger Karoutchi.
Dans la deuxième ville de France, c’est encore plus compliqué. « Je pense qu’on peut considérer Marseille comme perdu », confie un parlementaire. Dans la cité phocéenne, la liste de Martine Vassal est largement distancée par le duo de tête qui oppose la gauche au RN. D’autant que les propos de la présidente de la métropole lors d’un débat organisé par BFM TV sur le « travail, famille, patrie », renvoyant au Maréchal Pétain et à la collaboration avec l’Allemagne nazie, n’ont pas aidé. Un responsable LR parle de « bévue » de la candidate et même de « connerie »…
Mais les inquiétudes se cristallisent largement sur Nice. Christian Estrosi, qui a quitté LR, mène une liste d’union soutenue par la droite et le bloc présidentiel. Sauf que l’édile est désormais largement distancé dans les sondages par Éric Ciotti, l’ex-patron des Républicains, désormais allié de Marine Le Pen. « Après trois mandats, il paye son alliance avec les macronistes », commente le sénateur LR Marc-Philippe Daubresse. Quatrième sur la liste du maire sortant, Dominique Estrosi Sassone décrit « une campagne extrêmement violente ». « C’est une bataille fratricide, dans laquelle tous les coups, désormais, sont permis », regrette-t-elle. « Si la ville bascule, c’est quelque chose qui risque d’ébranler les positionnements politiques au niveau national », glisse la sénatrice. Comprenez : réactiver le paradigme sur l’union des droites.
« Le baiser de la mort » avec le RN
Car ces municipales auront aussi valeur de test pour LR, sur leur capacité à résister à la pression du Rassemblement national, avec des digues face à l’extrême droite qui cèdent, ici ou là, à l’image de Bourg-en-Bresse. « Dans cette commune, où nous n’avions pas de liste, on a un cas avec un avocat Reconquête, très connu localement, qui fait une liste où des LR sont allés », minimise Roger Karoutchi. Mais le président de la CNI assure qu’il n’y a « quasiment pas » de LR qui font de liste commune avec des candidats d’extrême droite. Et si la situation arrive, le parti ne donne pas son imprimatur.
« Pour l’instant, Bruno Retailleau tient bon. Il n’est pas question qu’il y ait la moindre porosité. Si nous tenons des positions fermes sur le régalien, comme le RN, nous arrivons encore à nous différencier sur les questions économiques », explique Dominique Estrosi Sassone. « Il y aura évidemment un sujet sur les candidatures qui ne tiendront pas compte de la ligne nationale, ce qui pourrait secouer l’édifice, d’autant qu’il y a un racolage très fort du côté du RN. De mon point de vue, ce serait le baiser de la mort », avertit la sénatrice.
« Evidemment, les résultats dans certaines communes enverront un message politique fort, mais je pense que l’on a tendance à surpolitiser cette élection. On aurait tort d’utiliser les municipales pour tirer des conclusions au niveau national. Bien souvent, l’humain et les enjeux locaux l’emportent », nuance le sénateur LR Max Brisson, président de la fédération des Pyrénées-Atlantiques. « Je le constate dans mon département. La couleur politique des têtes de liste ne correspond pas toujours à la structuration de la liste qu’ils conduisent. Bien souvent, je serai incapable, en regardant sa composition, de distinguer la tendance politique dominante. Les candidats vont d’abord chercher des porteurs de voix : médecins, notables, acteurs économiques et associatifs… », énumère-t-il.
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Le Graal parisien
Côté gains, les LR ont « quelques espoirs » à Besançon, ville détenue par les écologistes, ainsi qu’à Nantes, dirigée par la socialiste Johanna Rolland, ce qui serait un trophée plus significatif et une heureuse surprise pour la droite.
Mais le gros coup pour les LR, ce serait évidemment Paris, ainsi que Lyon. Dans la capitale, Rachida Dati dispose d’un socle solide (26 à 29 % des intentions de vote), malgré l’éparpillement des candidatures à droite et la confortable avance du socialiste Emmanuel Grégoire (autour de 32 %) au premier tour. Un sondage Ifop, publié lundi, donne même l’ex-ministre de la Culture gagnante au second tour dans cinq hypothèses sur huit testées. « Le souhait absolu, c’est la victoire à Paris, avec Rachida Dati. D’un coup, vous avez une ville de 2 millions d’habitants. Par définition, ce sera forcément plus visible, politiquement plus remarqué », souligne Roger Karoutchi. Il ajoute : « Si nous gagnons Paris, et si avec nos alliés, nous gagnons Lyon avec Jean-Michel Aulas, ça écrase le match. Dans ce cas, on pourra reparler de vague bleue ».
Mais le sénateur Max Brisson invite à se méfier des « effets déformants ». « En 2001, la victoire de Bertrand Delanoë à Paris a écrasé tout le reste. Les socialistes ont été présentés comme les grands gagnants des municipales. Et on s’est vite rendu compte, aux sénatoriales suivantes, que c’était beaucoup moins vrai dans les autres communes », sourit l’élu. Pour rappel : les maires et les conseillers municipaux représentent 95 % du collège électoral qui élit les sénateurs. Son collègue Marc-Philippe Daubresse fait montre de la même prudence : « Si on prend Paris, ce sera sur le fil. Idem si la gauche conserve la ville. Pour moi, quel que soit le résultat dans la capitale, ce ne sera pas vraiment un signal ».
(Avec François Vignal)