En prenant la tête du parti l’an dernier, Bruno Retailleau avait fixé comme objectif à sa famille politique celle de réaliser une « vague bleue » aux municipales. Bruno Retailleau n’a pas repris ce terme, mais considère néanmoins que « la droite est plus que jamais la première force politique locale ». Et d’affirmer : « la droite ne se contente pas de résister, elle se renforce ». Le résultat au sortir du premier tour, ce 15 mars, est mitigé.
Au cours de la soirée, au fur et à mesure de la remontée des résultats, le parti a confirmé son bon ancrage territorial, en particulier dans les villes moyennes. « Les Républicains sont en tête dans plus d’une ville sur deux de plus de 9000 habitants », a revendiqué le secrétaire général Othman Nasrou, le bras droit de Bruno Retailleau. La statistique vaut toutefois avec les listes alliées.
Le parti de droite, qui a longtemps dominé le destin national de la Ve République, a vu plusieurs de ses candidats l’emporter dès le premier tour dans des petites villes (Sarrebourg, Florange, ou encore La Grande-Motte) ou moyennes (Cognac, Dole, Mandelieu-la-Napoule, ou encore Salon-de-Provence). Dans plusieurs de ses fiefs de l’Île-de-France, le parti s’est aussi imposé dès ce dimanche, à Meaux avec Jean-François Copé, Taverny avec Florence Portely, Bry-sur-Marne avec Charles Aslangul, ou encore à Levallois-Perret avec Agnès Pottier-Dumas.
David Lisnard réélu haut la main, François Baroin doit passer par un second tour
Dans quelques centres urbains plus importants, LR plie aussi le match en une seule journée. David Lisnard est réélu haut la main à Cannes avec plus de 81 % des voix. L’ancien ministre Nicolas Daragon conserve aussi sans difficulté Valence, avec 58,1 % des voix, tout comme Jean Leonetti à Antibes (66,7 %). Dans d’autres cas, plusieurs candidats sont en ballotage favorable, comme Damien Meslot à Belfort (47,3 %), ou à Troyes (48,6 %). Son maire sortant, François Baroin, élu dès le premier tour lors des quatre dernières municipales, est lui aussi contraint à un nouveau scrutin.
Les Républicains sont également en bonne position pour conserver Boulogne‑Billancourt, l’une des rarissimes villes de plus de 100 000 habitants qu’ils détiennent. Pierre-Christophe Baguet est arrivé en tête du premier tour avec 47 % des voix.
Mais le parti est en danger dans sa première municipalité en termes de taille, Nîmes. Le candidat RN, l’eurodéputé Julien Sanchez, est arrivé en tête avec 30,4 % des suffrages, devançant de peu candidat de gauche Vincent Bouget (30,05). Le candidat LR Franck Proust, le premier adjoint sortant, arrive troisième avec 19,6 % des voix, devant un dissent LR, Julien Plantier, qui a réalisé 15,6 %.
Déceptions à Paris et Lyon
La déception est surtout palpable à Paris, qui était l’un des grands espoirs du parti. Selon des estimations, Rachida Dati dépasse légèrement la barre des 25 % des suffrages exprimés, largement distancée par le principal candidat de gauche, Emmanuel Grégoire, crédité de plus de 37 % des voix. « La division affaiblit le camp de l’alternance et du changement », a déploré l’ancienne ministre de la Culture, réélue comme maire du 7e arrondissement. La stratégie de Pierre-Yves Bournazel (Horizons-Renaissance) qui peut se maintenir au second tour et les résultats définitifs de Sarah Knafo (Reconquête!), dont le résultat tourne autour de 10 %, seront déterminants pour le second tour.
À Lyon, le score de Jean-Michel Aulas, que soutient LR, n’est pas à la hauteur des attentes. Favori des sondages, l’ancien président de l’Olympique lyonnais est au coude-à-coude avec le maire écologiste sortant Grégory Doucet, aux alentours de 37 %. La droite à Marseille est également en péril. Dans la cité phocéenne, où Jean-Claude Gaudin avait régné un quart de siècle, la candidate LR Martine Vassal, soutenue par les partis du bloc présidentiel, recueille à peine 13 % des voix, talonnée par Sébastien Delogu (LFI). Loin devant, Benoît Payan (union de la gauche) et Franck Allisio (RN) dépassent tous les deux 35 %.
Autre coup de semonce : à Nice, le maire sortant Christian Estrosi (Horizons), ex-LR, est nettement distancé au premier tour. Selon des estimations, il recueille un peu moins de 31 % des voix, loin devant Éric Ciotti, l’ancien président de LR, qui a choisi en 2024 de créer des alliances avec le Rassemblement national, à travers la naissance de l’Union des droites pour la République (UDR).
Des percées à Besançon, Clermont-Ferrand et Nantes
Face aux percées locales de la France insoumise ou du Rassemblement national, le message des cadres LR tournait souvent autour de l’unité, dans ce démarrage d’entre-deux-tours qui pourrait être sous tension. « Pas de division, pas de dispersion », a appelé Bruno Retailleau, qui a plaidé pour un « grand rassemblement de la droite » pour faire barrage à la gauche ou au RN. « Partout où on est divisé, on perd », a également averti le député LR Philippe Juvin, en guise d’avertissement à un an de la présidentielle.
La soirée a cependant été marquée par quelques bonnes surprises pour le parti de droite. LR place ses espoirs à Besançon, ville de gauche depuis près d’un siècle. Ludovic Fagaut est arrivé en tête du premier tour avec 40,3 % des voix, largement devant la sortante écologiste Anne Vignot (33 %).
À Clermont-Ferrand également, le candidat LR Julien Bony, a créé la surprise dans ce bastion socialiste depuis la Libération, avec 34 % des voix contre 30 % à son adversaire, le maire sortant PS Olivier Bianchi, tandis que la députée LFI Marianne Maximi a obtenu 17 % des suffrages.
LR réalise également un score inattendu à Nantes, avec 33,8 % des voix. Le candidat LR Foulques Chombart de Lauwe, fait mieux que Laurence Garnier il y a six ans (20 %) et talonne la maire PS sortante Johanna Rolland.