Green party leaders attend Stephane Baly campaign rally in Lille
Marine Tondelier en meeting à Lille. Crédit: Fievez/SIPA

Municipales 2026 : l’heure est à « l’introspection » chez les écologistes au lendemain de la perte de plusieurs grandes villes  

Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Annecy… les écologistes ont subi de nombreuses pertes aux élections municipales après leur percée de 2020. Le signe d’un parti qui peine, à l’inverse d’il y a six ans, à apparaitre comme une force motrice à gauche, à l’heure où les propositions écologiques locales sont reprises par ses adversaires, y compris à droite.
Christian Mouly

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« Nous ne sommes pas du tout face au repli qu’on nous avait annoncés il y a quelques mois, disant qu’on allait perdre toutes nos villes », a tenté de rassurer la sénatrice écologiste Mélanie Vogel, dimanche soir, sur le plateau de Public Sénat. Au même moment, pourtant, défilait à l’écran des résultats peu favorables à sa formation politique. À l’heure du bilan des municipales, les écologistes ne conservent que trois communes de plus de 80 000 habitants sur les huit qu’ils détenaient. Des mairies glanées pour la plupart lors du dernier scrutin en 2020.

« Nous savions qu’en ayant gagné beaucoup de villes il y a six ans, nous courrions le risque d’en perdre », a réagi sur X la patronne des écologistes Marine Tondelier, qui reconnaît tout de même « une déception ». « Il faut rester prudent avec l’idée d’une vague verte en 2020, car elle n’était pas si importante que cela. Ce qui amène à minimiser le reflux constaté aujourd’hui. Malgré tout, oui, c’est un revers pour les écologistes », analyse Bruno Villalba, professeur de sciences politiques à Agro Paris Tech et spécialiste de l’écologie politique.

« Forte unité à droite » contre les écologistes

Les pertes de Bordeaux et Strasbourg, symboles de la percée de 2020, sont particulièrement douloureuses. D’autant que dans la capitale de la Gironde, la défaite du maire sortant Pierre Hurmic ne s’est jouée à rien face au candidat Renaissance Thomas Cazenave (50,95 % contre 49,05 %). Le désistement de dernière minute du troisième homme de l’élection, Philippe Dessertine (divers-centre), semble avoir été décisif.

À Strasbourg, la défaite est beaucoup plus nette pour Jeanne Barseghian, arrivée seulement troisième au premier tour avec un score très faible (19 %) pour une sortante. Elle s’incline lourdement face à la revenante socialiste Catherine Trautmann (37% contre 31,70%), qui a mené sa campagne au centre, s’autorisant même une alliance avec le candidat Horizons.

Et de fait, les principales pertes écologistes profitent au centre et à la droite. « Au sein de l’électorat de droite, on sent qu’il y a maintenant une unité très forte, du centre-droit jusqu’à l’extrême-droite, pointe Guillaume Gontard, chef de file du groupe écologiste au Sénat. Tous sont très soudés contre les écologistes. C’est difficile pour nos candidats, seuls contre tous. » Un front anti-écologiste qui a même emporté la sortante Anne Vignot à Besançon, une ville dominée sans partage par la gauche depuis 1953. Une prise majeure pour LR et son nouveau maire Ludovic Fagaut.

Lyon, l’arbre qui cache la forêt

Même scénario à Poitiers (Vienne) : la liste écologiste de la sortante Léonore Moncond’huy, en tête après le premier tour, a subi la remontée du centriste Anthony Brottier hier. Ce dernier a capté les voix du Rassemblement national et de la droite, dont les listes, bien que maintenues au second tour, ont vu leur score fondre d’un dimanche à l’autre. L’union de la gauche derrière Léonore Moncond’huy n’aura pas suffi.

La liste des revers s’étend à plusieurs autres villes moyennes, à Bègles (Gironde), Annecy (Haute-Savoie) et Colombes (Hauts-de-Seine). Résultat, le parti ne dirige plus que huit communes de plus de 3 500 habitants, contre 77 pour le PS, 37 pour le Parti communiste et désormais 9 pour LFI, qui lui passe devant.

Au rayon des (très) bonnes nouvelles, les écologistes peuvent compter sur la réélection de Grégory Doucet à Lyon. Une « remontada », célèbre-t-on au parti, face à un Jean-Michel Aulas longtemps donné favori des sondages. Mais la victoire médiatique est largement atténuée par la perte de la métropole, plus grande collectivité détenue jusque-là par « les verts ». Son budget de 4 milliards d’euros est bien supérieur à celui de la ville de Lyon, autour d’un milliard.

Un « déficit d’offre politique »

Grenoble, remporté en 2014, et Tours restent aussi dans l’escarcelle écologiste. « Quand on assume une politique forte et cohérente de transformation de la ville, on peut gagner et embarquer avec nous la population sur le long-terme », veut croire le sénateur de l’Isère Guillaume Gontard.

Un positionnement politique clair, qui a pu manquer par ailleurs. « Aujourd’hui, tous les élus, même ceux de droite, proposent l’extension des pistes cyclables, la végétalisation des cours de récréation et l’alimentation scolaire biologique. Or, le parti s’est beaucoup focalisé sur ces propositions locales sans les relier à un récit national fort et offensif. Tout l’inverse de LFI, qui veut intégrer les quartiers populaires à la dynamique écologique, et du RN, qui propose un localisme écologique », explique Bruno Villalba, qui pointe « un déficit d’offre politique ».

Autrement dit, à l’heure où certaines propositions écologiques deviennent consensuelles au niveau municipal, il devient difficile pour les écologistes de se démarquer. « Ce n’est pas facile d’avancer sur la ligne de front dans un moment où les gens ont peur et ont besoin d’être rassurés sur l’écologie », confirme Guillaume Gontard.

« Être sérieux et bien gérer sa ville ne suffit pas à être réélu »

D’autant que sur d’autres thématiques, le parti est apparu sur la défensive. À Bordeaux, Pierre Hurmic a dû avaler des couleuvres au sujet de l’armement des policiers municipaux. À l’été 2025, il décide finalement de doter une soixantaine d’agents d’une arme létale, alors que lui et son parti s’y sont toujours opposés. Première préoccupation des Français lors de cette campagne, la question de la sécurité est moins porteuse pour les écologistes.

Une forme de pragmatisme local qui a pu déplaire à certains électeurs de gauche. « Je le sais, nous sommes souvent dépeints comme de bons élèves et techniciens. Et c’est vrai. Mais aujourd’hui, être sérieux et bien gérer sa ville ne suffit pas à être réélu. Beaucoup d’alertes sont remontées ces derniers mois en ce sens. Nous n’avons su y répondre que partiellement », a concédé Marine Tondelier, qui réunit ce lundi soir le conseil politique de son parti. L’occasion d’une « introspection » au lendemain de la défaite.

Le groupe sénatorial en question

Reste que les écologistes peuvent se targuer d’avoir joué le jeu de l’union, souvent dès le premier tour, et ainsi contribué aux grandes victoires de la gauche à Paris, Marseille, Nantes et Rennes. À bonne distance des violentes querelles entre insoumis et socialistes. À Lille, en revanche, le choix de se rallier à Arnaud Deslandes (PS), le successeur de Martine Aubry, plutôt qu’à la liste LFI arrivée deuxième, risque de laisser des traces au sein des troupes écologistes, profondément divisées sur la marche à suivre.

Dans toutes ces villes, le parti pourra ainsi compter sur des conseillers municipaux et autant de grands électeurs pour limiter l’effritement prévisible de son groupe de 16 sénateurs. À en croire son chef de file Guillaume Gontard, il n’y a « aucun risque de disparition du groupe » – synonyme de passage sous la barre des 10 sièges, lors des sénatoriales de septembre prochain.

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