SOPA Images/SIPA

Municipales 2026 : sur les réseaux sociaux, les femmes invisibilisées par les algorithmes ?

A moins de deux mois des élections municipales, une centaine d’élus se mobilise pour dénoncer les biais genrés des algorithmes sur les réseaux sociaux. Les jeux des plateformes invisibiliseraient les contenus politiques des femmes, de quoi mettre un possible coup de frein dans la campagne des candidates en ligne.
Aglaée Marchand

Temps de lecture :

4 min

Publié le

« A quoi sert la parité pendant les élections municipales, si les femmes élues ne peuvent pas communiquer de la même manière que les hommes sur les réseaux sociaux ? », s’interroge Elodie Jeanneteau sur sa page Instagram. Cette conseillère départementale de Maine-et-Loire, lasse de recevoir des commentaires sur son physique, a publié une tribune en août dernier, signée par plus de 100 élus. Elle y dénonce la manière dont les algorithmes des plateformes « enferment les femmes politiques dans une bulle masculine ». Alors que le numérique s’impose comme un terrain essentiel de campagne, les candidates se heurtent à des audiences « massivement » masculines et à une diffusion limitée de leurs contenus. Pour réclamer des explications et de la transparence, Elodie Jeanneteau a annoncé se rendre ce vendredi au siège de Meta, propriétaire de Facebook et Instagram, à Paris.

« Plein de messages à caractère sexiste »

L’impression d’être sur un site de rencontres. C’est ce que déplorent plusieurs élues ayant fait le choix de relayer leur activité politique en ligne. Suivies en majorité par des abonnés masculins – alors même que les sujets diffusés ne leur sont pas spécifiquement dédiés, les propos inadaptés s’empilent dans leur messagerie : « Salut belle femme comment allez-vous ? », « Pouvons-nous faire connaissance ? », « Tu es la plus belle élue politique que j’ai vue », « Joli sourire »… Une réalité dont a pris conscience la sénatrice écologiste Ghislaine Senée, à la lecture de la tribune d’Elodie Jeanneteau : « C’est en tombant sur cet appel, que j’ai réalisé qu’une telle bulle existe effectivement. J’ai réalisé que, sur Facebook par exemple, je n’acceptais plus toutes les demandes parce que je recevais plein de messages à caractère sexiste. Et maintenant, j’étudie chaque profil avant d’accepter une demande ».

En ligne, les utilisateurs ne traitent pas de la même manière les femmes que les hommes : « On y est très rapidement rattaché à son genre. Une femme a une prime quasiment immédiate au harcèlement », explique Thomas Huchon, journaliste et spécialiste des fake news. « Il y a une réalité violente qui se transfère dans le monde numérique et dans le comportement des utilisateurs », analyse-t-il. Mark Zuckerberg pour Meta, mais aussi Elon Musk ou Jeff Bezos, ces fondateurs « sont essentiellement des hommes avec une culture très masculiniste, misogyne et machiste. Donc leurs biais, à un moment ou à un autre, se retrouvent dans leurs plateformes », considère Thomas Huchon.

« Moins de visibilité »

Plus globalement, les algorithmes conduisent à « la surreprésentation » de publications qui suscitent « de l’engagement ». La dimension physique en fait souvent partie, comme le souligne Elodie Jeanneteau dans sa tribune. Conséquence : les contenus rationnels « sont empêchés d’exister face à la violence », déroule Thomas Huchon. Ce que la conseillère départementale de Maine-et-Loire dénonce comme une invisibilisation des contenus politiques proposés par des femmes. Lorsque des candidates se saisissent des réseaux pour présenter leur programme, l’espace commentaire devrait permettre de générer des débats. Mais « il peut en fait y avoir des utilisateurs masculins qui vont exclusivement commenter le physique de la candidate. Ça rend l’action inefficace », raconte la sénatrice Ghislaine Senée.

De quoi limiter les élues dans leur utilisation des plateformes. « C’est certain que ça nous amène à nous couper un peu de ces réseaux, ou en tout cas à communiquer différemment. Mine de rien, ça résulte tout de même en moins de visibilité », estime l’élue des Yvelines. A l’échelle locale, la pression peut être encore plus forte : « Parce qu’on est en lien direct avec l’électorat. Le moindre mot déplacé, ou la moindre photo qui génère des allusions sexistes, crée un sentiment beaucoup plus violent. Je suis convaincue que cela induit un comportement différent sur internet ». Un phénomène qui pourrait desservir les candidates dans un contexte électoral, comme celui des municipales du mois de mars. Et qui pousse Thomas Huchon et Ghislaine Senée à réclamer la mise en place de régulations efficaces de la part des plateformes.

Partager cet article

Dans la même thématique

MANIF FEMINISTE ANTI RASSEMBLEMENT NATIONAL
6min

Politique

Manifestation contre le RN à Orléans : un « aveu de faiblesse » pour la gauche ou un échec de la dédiabolisation de Marine Le Pen ?

20 000 à 30 000 opposants au Rassemblement national sont attendus samedi à Orléans où se tient le congrès du parti. Associations, syndicats, mais aussi responsables politiques comme Olivier Faure, Marine Tondelier ou Bally Bagayoko feront partie du cortège. Signe d’une dédiabolisation qui n’est pas encore aboutie pour le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen ? Ou un aveu d’impuissance de la gauche ? En 1997, une contre-manifestation avait rassemblé 50 000 personnes et les chefs de partis de gauche à Strasbourg où se tenait le congrès du Front national.

Le

7min

Politique

Pas de panier de produits sains à prix coûtant pour les consommateurs français : le texte a été rejeté par le Sénat

Jeudi, la proposition de loi déposée par les écologistes, qui entendait favoriser l’accès à une alimentation saine, a été rejetée par le Sénat. Si la nécessité de garantir l’accès aux produits de première nécessité dans un contexte inflationniste a été unanimement reconnue, plusieurs groupes politiques ont fait part de leur désaccord avec les moyens de sa mise en œuvre.

Le

Marseille: Riots and Protests in Marseille
6min

Politique

« En droit, vous ne pouvez pas avoir une interdiction générale de manifester », explique le constitutionnaliste Benjamin Morel  

Les arrêtés préfectoraux interdisant les manifestations et rassemblements se multiplient dans plusieurs villes avant la journée de mobilisation du 24 octobre et les couvre-feux sont également prolongés dans certains quartiers jusque lundi. Mais quel est le cadre législatif pour interdire des manifestations et imposer des couvre-feux ?

Le