Second round legislative election-Dijon
//KONRADK_konrad-013/Credit:KONRAD K./SIPA/2407071930

Municipales 2026 : une génération Z toujours plus « abstentionnistes que leurs aînés, d’environ dix points », analyse la politologue Anne Muxel

À moins de 10 jours des élections municipales des 15 et 22 mars, une enquête #MoiJeune réalisée par 20 Minutes avec OpinionWay met en lumière le rapport ambivalent de la génération Z à la politique locale.
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

8 min

Publié le

Désengagés, volatils, parfois qualifiés de « dépolitisés ». Pourtant, les jeunes adultes de la génération Z, nés à la fin des années 1990 et au début des années 2000 entretiennent un rapport plus complexe à la vie publique qu’il n’y paraît. À l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars, une enquête #MoiJeune réalisée par 20 Minutes avec OpinionWay, publiée jeudi 5 mars, éclaire cette ambivalence : une génération attentive aux enjeux locaux, mais profondément sceptique quant au fonctionnement de la démocratie.

« Les jeunes mettent un certain temps à utiliser leur droit de vote »

Premier constat : l’intention de vote apparaît relativement élevée. Selon l’étude, 63 % des 18-30 ans jugent « très probable » leur participation au scrutin municipal. Un niveau bien supérieur à la participation réelle observée lors des précédentes élections. En 2020, dans un contexte marqué par la pandémie de Covid-19, mais aussi par une abstention record, 72 % des 18-34 ans ne s’étaient pas déplacés au premier tour. Déjà en 2014, l’abstention atteignait 58 % dans cette tranche d’âge. Ce décalage entre intention et participation interroge. Même parmi ceux qui estiment que la démocratie ne fonctionne pas bien, 57 % déclarent vouloir voter. Pour la politologue Anne Muxel, cette situation s’inscrit dans une tendance durable : « À chaque scrutin, et de manière encore plus marquée pour les élections locales ou supranationales comme les européennes, les jeunes sont plus abstentionnistes que leurs aînés d’environ 10 points ». Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. D’abord des éléments structurels : « Les jeunes mettent un certain temps à utiliser leur droit de vote. À cette période de la vie, ils sont souvent pris par d’autres préoccupations : leurs études, leur insertion professionnelle ou leur vie personnelle » explique la chercheuse. La mobilité géographique joue aussi un rôle. « Bien que l’inscription sur les listes électorales soit automatique à 18 ans depuis 1997, beaucoup restent inscrits au domicile parental et se retrouvent éloignés de leur bureau de vote » ajoute-t-elle car « la jeunesse est un temps de mobilités géographiques ».

90 % jugent la politique locale indispensable

Contrairement aux clichés d’une jeunesse désintéressée, les jeunes interrogés affirment majoritairement s’intéresser à la politique municipale. Ils sont 66 % à déclarer suivre ces questions, dont près d’un quart à se dire « très intéressés ». La quasi-totalité reconnaît également l’importance de cet échelon de pouvoir : 90 % jugent la politique locale indispensable et 79 % considèrent qu’elle a un impact direct sur leur quotidien. Paradoxalement, cette reconnaissance cohabite avec une certaine méconnaissance institutionnelle. Ainsi, 58 % des répondants affirment ne pas bien comprendre les compétences d’une mairie ou le rôle exact des acteurs politiques locaux. Pour beaucoup, l’échelon municipal reste flou, malgré son importance perçue. Selon Anne Muxel ce décalage tient aussi au poids du débat national : « C’est d’abord la scène nationale qui fournit aux jeunes une grille d’interprétation des enjeux politiques et des clivages. À l’échelon local, ces repères sont souvent moins lisibles ». La chercheuse nuance également l’intérêt affiché dans les sondages « Les scrutins locaux n’intéressent pas vraiment les jeunes. Il peut y avoir une posture déclarative qui les conduit à dire qu’ils s’y intéressent, mais globalement cet intérêt reste limité ».

« Les jeunes sont une caisse de résonance de ce climat politique »

Si l’intérêt pour les enjeux locaux existe, la confiance dans le système démocratique reste limitée. Seul un tiers des jeunes interrogés estime que la démocratie fonctionne bien en France. Le scepticisme s’exprime également dans leur perception du discours politique. Interrogés sur une phrase du rappeur Orelsan : « Les hommes politiques doivent mentir sinon tu ne voterais pas pour eux », 59 % se disent d’accord. Un chiffre qui traduit une forme de lucidité, voire de désillusion, vis-à-vis de la parole publique. Pour la politologue, cette défiance s’inscrit dans un contexte plus large : « Nous sommes dans une période de forte critique de la démocratie représentative et de rejet de la classe politique. Il est assez logique que les jeunes soient une caisse de résonance de ce climat politique ».

Moins de 4 % des maires avaient moins de 40 ans en 2020

La distance entre les jeunes et la politique se retrouve également dans la représentation politique. En 2020, moins de 4 % des maires avaient moins de 40 ans, selon l’Association des maires de France. L’âge moyen des édiles atteint aujourd’hui 62 ans. Autrement dit, la génération qui vote le moins est aussi celle qui est la moins présente dans les exécutifs locaux. Cette fracture générationnelle n’est pas sans conséquences. Les priorités municipales : sécurité, tranquillité publique, aménagement urbain, reflètent largement les préoccupations des électeurs les plus assidus, notamment les seniors. Les plus de 70 ans votent ainsi deux fois plus que les jeunes. Au détriment des enjeux des jeunes qui tournent autour des transports (25 %), de la pollution (22 %) et de la solidarité (19 %) selon le sondage. Pour autant rajeunir les élus ne suffirait pas à mobiliser l’électorat jeune. « Ce n’est pas parce que les élus sont jeunes qu’on va davantage voter pour eux », souligne Anne Muxel. La politologue rappelle plusieurs exemples : « On l’a vu à plusieurs reprises : Emmanuel Macron, élu à 39 ans, n’a pas particulièrement capté le vote des jeunes, alors que Jean-Luc Mélenchon, chef de file de la France Insoumise (âgé de 74 ans) y parvient davantage. Aux États-Unis, le sénateur démocrate Bernie Sanders (âgé de 84 ans), attire aussi une partie de cet électorat ». Selon elle, ce qui compte davantage est l’incarnation de valeurs et de préoccupations : « Les jeunes cherchent des personnalités qui s’engagent, qui font ce qu’elles disent et qui sont proches du terrain. Dans un contexte de crise écologique, sanitaire et politique, ils attendent des responsables politiques une efficacité concrète de l’action publique ».

« Évite le goumin (chagrin d’amour) post-élections, pense à ta procuration »

Pour tenter de mobiliser cet électorat, institutions et candidats multiplient les initiatives numériques. Selon l’enquête, 24 % des jeunes ont entendu parler des municipales via les réseaux sociaux. Le gouvernement a ainsi noué un partenariat avec l’application de rencontre Tinder. Entre deux profils, les utilisateurs peuvent désormais voir apparaître des messages de sensibilisation civique : rappel des dates du scrutin, inscription sur les listes électorales ou démarches pour voter par procuration. « Week-end avec ton crush le 15 ou le 22 mars ? » ou encore « Évite le goumin (chagrin d’amour) post-élections, pense à ta procuration » : la campagne adopte volontairement les codes de la culture numérique des jeunes adultes. Dans le même esprit, l’Association des maires de France multiplie les collaborations avec des créateurs de contenus pour valoriser l’engagement local et donner davantage de visibilité à la vie municipale. Mais l’efficacité de ces dispositifs reste incertaine. « Les partis politiques et les candidats cherchent à s’adresser aux jeunes en utilisant des outils numériques. Cela peut fonctionner, mais cela ne suffit pas », tempère Anne Muxel. Selon elle, les réseaux sociaux ne remplacent pas les autres facteurs de socialisation politique : « Ce n’est pas parce qu’on regarde un post qu’on dispose automatiquement d’une boussole électorale. La famille, les amis et le milieu professionnel continuent de jouer un rôle déterminant ». De nouveaux outils pourraient également émerger. « On parle même de l’intelligence artificielle, y compris de plateformes comme ChatGPT, pour aider les électeurs à s’orienter dans la complexité du paysage politique. Mais on a encore beaucoup de mal à mesurer l’influence directe que cela peut avoir », note la chercheuse.

Une jeunesse très active, mais pas forcément dans les urnes

Malgré une participation électorale fragile, les jeunes restent fortement impliqués dans la vie publique. « La démocratie participative connaît une réelle vitalité chez les jeunes : mobilisation sur les réseaux sociaux, manifestations, engagement associatif », observe Anne Muxel. Le défi, selon elle, consiste donc à rééquilibrer les deux dimensions de la démocratie : « Elle a besoin à la fois de participation et de représentation. Aujourd’hui c’est surtout cette dernière qui peine à mobiliser les jeunes ».

Reste à savoir si les initiatives actuelles suffiront à transformer l’intérêt déclaré en participation réelle. Les élections municipales des 15 et 22 mars constitueront, une fois encore, un test pour mesurer l’implication de la génération Z dans la démocratie locale.

Méthodologie :

Étude #MoiJeune 20 Minutes x OpinionWay, réalisée en ligne du 19 février au 26 février 2026 auprès d’un échantillon représentatif de 412 jeunes âgés de 18 à 30 ans, selon la méthode des quotas

Partager cet article

Dans la même thématique

Lebanon Israel Iran
4min

Politique

Frappes israéliennes à Beyrouth : « Les Libanais ont compris que ce n’était que le début »

L’armée israélienne a annoncé, vendredi matin, qu’elle allait mener de nouvelles frappes contre le Hezbollah sur la banlieue sud de Beyrouth. L’escalade militaire entre Israël et l’Iran s’étend désormais pleinement au Liban. Tatiana Krotoff, journaliste au service international du quotidien francophone libanais, l’Orient du Jour, fait état du choc de la population après l’ordre d’évacuation de la banlieue sud de Beyrouth par l’armée israélienne.

Le

Municipales 2026 : une génération Z toujours plus « abstentionnistes que leurs aînés, d’environ dix points », analyse la politologue Anne Muxel
3min

Politique

Municipales à Paris : « Ma liste du premier tour sera ma liste du second tour » déclare Emmanuel Grégoire

Invité de la matinale de Public Sénat, le candidat socialiste à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, a réagi aux tensions entre les partis de gauche à l’approche des municipales. Donné en tête des intentions de vote au premier tour par un sondage Ipsos-BVA, il affirme vouloir aborder le scrutin avec une alliance déjà constituée, tout en excluant toute entente avec La France insoumise pour le second tour dans la capitale.

Le

Municipales 2026 : une génération Z toujours plus « abstentionnistes que leurs aînés, d’environ dix points », analyse la politologue Anne Muxel
5min

Politique

Saint-Etienne : le stade Geoffroy-Guichard et l’AS Saint-Etienne s’invitent dans le débat des municipales

Lors du débat organisé par Public Sénat et TL7, la proposition de vendre le stade Geoffroy Guichard, propriété de la mairie, à l’ASSE a été mise sur la table par le candidat Horizons, Eric Le Jaouen. Les huit candidats sont aussi revenus sur l’affaire Perdriau, qui a vu l’ancien maire condamné à cinq ans de prison dans une affaire de chantage à la sextape.

Le

Blanc Mesnil: B. Retailleau denonce les accords PS LFI aux Municipales
9min

Politique

Municipales : Bruno Retailleau dénonce « les accords de la honte » entre PS et LFI, Patrick Kanner l’accuse d’être « le Canada Dry du RN »

Alors que le président des LR, Bruno Retailleau, dénonce « les accords de la honte » entre le PS et LFI dans « 62 » communes, il accuse les responsables de gauche d’être « une bande de tartuffes ». En réponse, Pierre Jouvet, numéro 2 du PS, prépare aussi sa carte des accords entre droite et extrême droite et pointe « les listes communes entre LR et RN ». « Bruno Retailleau sert la soupe au RN », ajoute Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat.

Le