Municipales: à Denain, entre précarité et « renaissance », RN et PS au coude à coude
"Statu quo" ou "grand coup de balai"? Oscillant entre précarité chronique et espoir de "renaissance", Denain (Nord) pourrait tomber dans l...

Municipales: à Denain, entre précarité et « renaissance », RN et PS au coude à coude

"Statu quo" ou "grand coup de balai"? Oscillant entre précarité chronique et espoir de "renaissance", Denain (Nord) pourrait tomber dans l...
Public Sénat

Par Clément MELKI

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"Statu quo" ou "grand coup de balai"? Oscillant entre précarité chronique et espoir de "renaissance", Denain (Nord) pourrait tomber dans l'escarcelle du Rassemblement national aux municipales, sur fond d'attaques contre la maire PS sortante et sa supposée "amitié" avec les Frères musulmans.

Sur l'ancienne zone industrielle d'Usinor, fleuron de la sidérurgie fermé au tournant des années 1980, les hauts fourneaux ont laissé place à la zone des Pierres blanches, derrière laquelle trône un imposant terril. "A l'époque, il y avait beaucoup plus de monde mais on vivait mieux avec ce qu'on avait", se souvient Eliane Ville, 66 ans dont 45 dans cette commune de 20.000 habitants, à une cinquantaine de km au sud-est de Lille.

Bénévole au Secours populaire, elle accueille désormais "plus de 500 familles bénéficiaires de Denain et des alentours". "Il y a de plus en plus de précarité, surtout chez les personnes âgées", dit-elle à l'AFP dans les locaux de l'association, où nourriture et vêtements sont accessibles à moindre coût.

Vue générale de la ville de Denain en 2014
Vue générale de la ville de Denain en 2014
AFP/Archives

Frappée de plein fouet par la désindustrialisation, Denain, qui a jadis inspiré Emile Zola pour "Germinal", a vu sa population fondre et la précarité exploser, flirtant avec un chômage massif (33%) et une pauvreté trois fois supérieure à la moyenne nationale.

La défiance envers la classe politique, accentuée par la crise sociale, paraît aussi plus vive que jamais. Comme le sentiment de marginalisation, dans une zone où les "gilets jaunes" ont trouvé un large écho.

Pour beaucoup, l'abstention sera la seule réponse les 15 et 22 mars. Aller voter? "Même pas en rêve!", lance, désabusée, Rebecca Bartolini, 43 ans, sans emploi. "C'est tous des menteurs. Quand on vote pour eux, ils ne font rien."

Pour ceux qui iront aux urnes, le vote s'annonce déjà comme une réédition de l'affiche des législatives 2017 entre la maire socialiste sortante Anne-Lise Dufour-Tonini et Sébastien Chenu, 46 ans, élu député avec 57,4% des voix. Car sur cette terre historiquement ouvrière et à gauche, le vote RN n'est plus tabou.

Sébastien Chenu reçoit Marine Le Pen le 2 juin 2017 à Denain
Sébastien Chenu reçoit Marine Le Pen le 2 juin 2017 à Denain
AFP/Archives

"On a essayé la droite, la gauche, ça ne marche pas", déplore Elisabeth Hauchart, 54 ans et sans emploi, qui place dans ses priorités "sécurité" et "propreté". "Il faut un changement et Chenu m'inspire confiance", confie Marie-Josée, retraitée. Par "dépit" ou "pour donner un grand coup de balai", plusieurs habitants vont voter RN pour la première fois.

- "Amitiés douteuses" -

Pour d'autres, impossible de "laisser le pouvoir aux extrêmes". "On a une maire dynamique, qui a relevé la ville d'un certain marasme", juge Mehdi, 40 ans, commercial. "Elle a fait énormément de choses. Chenu, ça n'a pas l'air vrai", renchérit Jessica Woulzez, 30 ans.

Conscients de l'enjeu, les deux candidats se renvoient coup pour coup. Aux yeux de Sébastien Chenu, l'ex-députée PS, "en échec", a "abîmé l'image de la ville": "Roms", "insécurité", "marchands de sommeil" et... "Frères musulmans".

Ce proche de Marine Le Pen se dit effet "scandalisé" par, affirme-t-il, les "amitiés douteuses" de la maire avec l'imam Hassan Iquioussen, prêcheur de l'UOIF, organisation proche des Frères musulmans.

La maire de Denain, Anne-Lyse Dufour-Tonini (écharpe), accueille Francois Hollande dans une école de la ville le jour de la rentrée, en septembre 2013
La maire de Denain, Anne-Lyse Dufour-Tonini (écharpe), accueille Francois Hollande dans une école de la ville le jour de la rentrée, en septembre 2013
POOL/AFP/Archives

Mme Dufour-Tonini a porté plainte pour "diffamation" contre lui. "Je suis républicaine, laïcarde et féministe. Je n'ai jamais agi en faveur de la moindre communauté religieuse", déclare-t-elle à l'AFP.

Pour M. Chenu, "chacun est malheureux de constater l'état de Denain" alors que lui a "la conviction qu'il y a un avenir pour ce territoire". "Nous voulons améliorer le cadre de vie pour rendre la ville plus attractive", dit-il à l'AFP.

Face à lui, la maire de 49 ans se dit "déterminée et sereine, même si le combat est rude", dans une "campagne délétère". "Le RN ne prospère que sur la misère des gens" et "monte les haines les unes contre les autres", dénonce-t-elle.

"Tout ce qu'a fait M. Chenu pour Denain, c'est en parler négativement sur les plateaux TV (...) Pourtant, si beaucoup reste à faire", "le territoire revient à la normale. C'est déjà une renaissance", veut-elle croire.

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