Les scènes de liesse au QG de Grégory Doucet ont permis aux écologistes de sauver la face, après avoir perdu cinq des huit grandes villes conquises en 2020 (Strasbourg, Bordeaux, Besançon, Annecy et Poitiers). La troisième ville de France restera écologiste, à 2500 voix près. Pourtant, même cette victoire pourrait laisser un goût amer chez les écologistes, qui ont perdu la Métropole ce dimanche, conquise par la liste menée par Véronique Sarselli, maire (LR) de Sainte-Foy-lès-Lyon et alliée de Jean-Michel Aulas au niveau du Grand Lyon.
Avec une alliance d’entre deux tours, la gauche aurait pu empêcher la droite d’avoir la majorité
Étant donné le mode de scrutin, il était difficile pour la gauche d’imaginer conserver sa majorité au Grand Lyon sans union entre les listes de Bruno Bernard (Les Écologistes), soutenu par le PS et le PCF et de Florestan Groult (LFI) (voir notre article). Suite au refus d’Hélène Geoffroy (PS) et Michèle Picard (PCF) de fusionner avec les Insoumis – qui ont finalement réussi à leur ravir Vaulx-en-Velin et Vénissieux à l’échelon municipal – LFI avait tout de même retiré unilatéralement sa candidate de la circonscription métropolitaine Lyon Ouest pour laisser une chance à la liste d’union de la gauche.
Ce retrait n’a pas empêché la large défaite de la gauche, qui a aussi perdu, en plus de Lyon Ouest, les circonscriptions de Vaulx-en-Velin (Rhône Amont) et Vénissieux (Portes du Sud) – toutes remportées en 2020. Plus surprenant, la gauche perd aussi à Lyon Est (3ème arrondissement), alors que la liste de Benjamin Badouard (Les Écologistes) avait plus de 1000 voix d’avance au premier tour. La liste de la droite et du centre conduite par Hélène Baronnier gagne 4000 voix entre les deux tours (47,06 %) et devance d’une courte tête la liste de gauche (44,36 %), alors que la liste insoumise conduite par Albert Lévy perd 500 voix, mais se maintient à 8,58 % des suffrages.
La droite et le centre réunis sous la bannière de Véronique Sarselli (LR) se retrouvent donc très largement majoritaires à la Métropole de Lyon, avec 92 sièges sur 150, contre 53 sièges pour la gauche (49 pour la liste de Bruno Bernard, 3 pour LFI et 1 siège divers gauche pour la liste de Nathalie Perrin-Gilbert, ancienne adjointe de Grégory Doucet) et 5 sièges pour le RN. Des fusions de liste à Rhône Amont (11 sièges), Portes du Sud (11 sièges) et Lyon Est (7 sièges) auraient très probablement permis à la gauche de l’emporter – même avec de mauvais reports de voix – et ainsi de combler son retard, voire d’empêcher la droite et le centre d’avoir une majorité claire à la Métropole 75 sièges).
« Est-ce que la ville de Lyon sera sous embargo parce que la plupart des compétences sont à la Métropole ? »
À Lyon plus qu’ailleurs, l’échelon métropolitain est capital. La Métropole du Grand Lyon a pris une forme particulièrement intégrée et a même repris les compétences du département : à Lyon, on ne vote pas pour les élections départementales, mais pour les élections métropolitaines. Avec un budget quatre fois supérieur à la ville de Lyon, la gestion de la Métropole est beaucoup plus structurante pour le territoire grand lyonnais que la gestion de la ville de Lyon à proprement parler. Si la mairie gère les écoles primaires, l’urbanisme de proximité (les permis de construire) et la vie locale (associations, événements festifs), la Métropole définit – elle – le Plan local d’urbanisme (PLU), les politiques de transport, la politique de logement social, l’implantation d’infrastructures ou les politiques économiques.
Si la réélection de Grégory Doucet à la ville restera une victoire politique pour les Écologistes dans des élections municipales difficiles, la victoire de la droite à la Métropole aura probablement plus d’influence sur le quotidien des habitants du Grand Lyon.
En tout état de cause, la question de la relation entre la Métropole et la ville centre va se poser, puisque pour la première fois, les deux entités seront administrées par des majorités différentes. « Cette métropole construite par Gérard Collomb n’était pas faite pour être en cohabitation, nous allons découvrir ce que ça va donner. Est-ce que la ville de Lyon sera sous embargo parce que la plupart des compétences sont à la Métropole ? Cela va être une situation inédite et assez perturbante pour la bonne avancée de certains projets sur notre ville », s’interroge ainsi Samuel Soulier, nouveau maire du 6ème arrondissement et soutien de Jean-Michel Aulas, au micro de Lyon Capitale.
Présidence de la Métropole : Jean-Michel Aulas en embuscade
« Les Grands Lyonnais ont fait leur choix du changement et du renouveau. Les Lyonnais ont souhaité que Grégory Doucet soit à nouveau leur maire. Je travaillerai avec tous les maires – bien sûr qu’il va falloir travailler avec la ville centre », a réagi Véronique Sarselli dimanche soir, en précisant qu’elle proposerait à Jean-Michel Aulas d’être son « premier vice-président. » L’ancien président de l’Olympique Lyonnais, défait par Grégory Doucet à la mairie, a annoncé lundi sur X qu’il siègerait bien dans l’opposition à Lyon et qu’il assumerait « pleinement » son rôle à la Métropole. La majorité qui dirigera le Grand Lyon est donc large (92 conseillers sur 150), mais également plurielle, dans la mesure où elle regroupe des élus LR, mais aussi macronistes (Renaissance, Horizons et MoDem), en plus des personnalités « de la société civile » qui ont suivi Jean-Michel Aulas.
Nicolas Zaugra, rédacteur en chef d’actu Lyon, évoque même une éventuelle concurrence entre Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli pour la présidence de la Métropole. « Des bruits de couloir lancés par des élus de droite, contestés par le clan Aulas, évoquent le fait que Jean-Michel Aulas veuille débrancher Véronique Sarselli. Plusieurs élus LR assurent que le parti est bien derrière Sarselli pour la présidence de la Métropole. À suivre… », écrit le journaliste sur X. Comme pour tous les conseils municipaux, la Métropole de Lyon élira formellement son président lors d’un « troisième tour » qui se tiendra entre le vendredi 27 et le dimanche 29 mars.