Marseille :  Benoit Payan Re-elected Mayor of Marseille
Benoit Payan. Credit:Alain ROBERT/SIPA/2603230852

Municipales : À Marseille, Benoît Payan vainqueur face à un RN qui s’ancre durablement localement

Le maire sortant Benoît Payan a été largement réélu dimanche 22 mars à Marseille face au Rassemblement national. Si l’extrême droite échoue à conquérir la deuxième ville de France, elle confirme néanmoins une progression durable dans le paysage politique local, au détriment de LR.
Emma Bador-Fritche

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« Bonne mère ! » Au lendemain du second tour des municipales, Marseille se réveille avec un maire conforté dans ses fonctions. Porté par une large union de la gauche (hors LFI), Benoît Payan l’emporte nettement avec 54,34 % des voix face au candidat du Rassemblement national, Franck Allisio (40,30 %). La candidate de la droite et du centre, Martine Vassal, est reléguée loin derrière, à 5,36 %. Le scrutin n’en demeure pas moins marqué par un premier tour extrêmement serré : Benoît Payan (36,7 %) ne devançait alors Franck Allisio (35,02 %) que de peu, avant que le candidat insoumis Sébastien Delogu, ne se désiste, plaçant Marseille sur une ligne de crête. Dans la deuxième ville de France, où la perspective d’une victoire du RN avait gagné en crédibilité, l’élection était scrutée de près à un an de la présidentielle.

Une victoire sans union PS-LFI

À la tête d’une large coalition de gauche, Benoît Payan consolide son ancrage municipal. Le maire sortant avait fait le pari risqué de ne pas sceller d’alliance avec La France insoumise, invoquant des divergences de fond. Un choix validé par les urnes. Pour la sénatrice socialiste Marie-Arlette Carlotti, le résultat dépasse le seul cadre local : « Les Marseillais se sont mobilisés et ont empêché la ville de basculer au RN », souligne-t-elle. Elle insiste sur la portée du scrutin, rappelant que l’extrême droite n’avait « jamais été aussi proche » de s’imposer à Marseille. Le cas marseillais, illustre que face à un RN en progression, la gauche peut encore l’emporter sans union complète, y compris dans une ville restée ancrée à droite pendant plus de deux décennies. « Le RN n’a pas su convaincre une majorité de Marseillais pour battre M. Payan et incarner l’alternance. Il existe dans cette ville une résistance au second tour face aux extrêmes », analyse Romain Simmarino, porte-parole de Martine Vassal.

Le RN échoue, mais s’ancre durablement

Le parti à la flamme ne pourra pas ajouter à son tableau de chasse la deuxième ville de France. Incapable de conquérir la maire centrale, le Rassemblement national sort tout de même renforcé de ce scrutin. Pour Gilles Ivaldi, chercheur au CNRS, l’échec du RN ne doit pas masquer une dynamique plus profonde : « Le RN a renforcé son ancrage dans le pourtour méditerranéen » et capte une partie croissante de l’électorat de droite. « Le RN a réussi à mordre sur l’électorat de droite, notamment là où celle-ci s’est rapprochée du macronisme, laissant un espace politique libre », ajoute Gilles Ivaldi tempère :

À Marseille, cette poussée se traduit concrètement : le RN remporte deux mairies de secteur : (9e-10e et 11e-12e arrondissements), obtient 34 élus municipaux et dépasse parfois les 50 % dans certains territoires. Dans les 11e et 12e arrondissements, Franck Allisio réalise ses meilleurs scores, franchissant respectivement les 55 % et 53 %. Il s’impose également dans le 13e arrondissement et arrive en tête dans des secteurs parmi les plus peuplés de la ville. Dans les quartiers nord, en revanche, le maire sortant, Benoît Payan conserve l’avantage, avec environ dix points d’avance dans les 14e, 15e et 16e arrondissements. Franck Allisio a salué un résultat « historique », affirmant qu’« jamais depuis 1993, un candidat de la droite ou du camp national n’avait réuni autant de suffrages ».

Une stratégie de crédibilisation

Se posant en futur chef de file de l’opposition municipale, « Benoît Payan sera maire et je serai le leader de l’opposition », Franck Allisio revendique une nouvelle étape dans l’implantation du RN. Durant la campagne, il a multiplié les appels à une « union des droites » pour contrer la gauche, sans parvenir à concrétiser ce rapprochement. Au soir du scrutin, il a vivement critiqué la candidate de droite Martine Vassal et le président de la région Renaud Muselier, les accusant d’avoir « brisé la dynamique de changement ». Derrière cette séquence, le RN poursuit une stratégie de crédibilisation. « Profil bas », « veste et cravate » : selon Gilles Ivaldi, le parti cherche désormais à s’imposer comme une force de gouvernement. Dans les municipalités qu’il dirige, il met en avant une gestion jugée plus « normalisée », loin des postures les plus radicales, allant parfois jusqu’à ne pas afficher son étiquette politique pour renforcer son image de respectabilité, comme la candidate Laure Lavalette à Toulon.

L’effondrement de Martine Vassal

Le scrutin a mis en évidence le net affaiblissement de la droite classique, dans un contexte de recomposition politique. Maintenue au second tour, Martine Vassal a refusé toute alliance avec le candidat du Rassemblement national. Un choix qui s’est soldé par une lourde défaite : la candidate de la droite et du centre termine très largement distancée par ses concurrents. Son porte-parole, Romain Simmarino, reconnaît d’ailleurs « une lourde défaite » pour sa famille politique, ajoutant : « Il va falloir l’encaisser et la digérer. »

Ce revers illustre un déplacement d’une partie de l’électorat de droite vers le Rassemblement national, perçu comme une alternative plus efficace face à la gauche. « Dans certains cas, le RN devient le vote utile », observe Gilles Ivaldi. Il estime également que le maintien de Martine Vassal au second tour a pu être sanctionné par une partie des électeurs. Fragilisée par une campagne marquée par plusieurs polémiques, l’ancienne présidente de la métropole a annoncé qu’elle ne briguerait pas un nouveau mandat à la tête d’Aix-Marseille-Provence, qu’elle dirigeait depuis 2018. Tout en appelant à une analyse « avec lucidité et humilité », Romain Simmarino insiste sur la nécessité de reconstruire une offre politique : « La priorité est de redonner une perspective à la droite et au centre à Marseille. Ils représentent une flamme qui ne doit pas s’éteindre ».

Marseille, laboratoire politique ?

Si la dynamique de gauche est confirmée avec la victoire de Benoît Payan, Gilles Ivaldi relativise néanmoins son ampleur : « C’est un succès réel, mais d’ampleur limitée. Les municipales obéissent à des logiques différentes de la présidentielle. » Il rappelle toutefois une tendance de fond : « Depuis 2017, le RN est en progression continue. » Pour la gauche, la victoire marseillaise envoie un signal national. La sénatrice socialiste, Marie-Arlette Carlotti y voit un avertissement : « On ne doit pas croire que tout est gagné. Le RN progresse partout. » Et met en garde en vue de 2027 : « Si la gauche républicaine n’est pas en tête, le risque est réel de voir le RN l’emporter. » De son côté, Romain Simmarino appelle à relativiser la portée nationale du scrutin : « Les Marseillais ne sont pas encore dans la présidentielle. Aujourd’hui, ils veulent savoir comment leurs élus vont régler leurs problèmes. » Au-delà de Marseille, ce scrutin pose déjà une question centrale pour 2027 : celle du front républicain. « La clé sera de savoir qu’il est encore capable de fonctionner face au RN », conclut Gilles Ivaldi. Dans la deuxième ville de France, la réponse a été positive. Mais le sera-t-elle pour 2027 ?

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