Paris: Meeting E. Gregoire elections municipales Mairie de Paris
Meeting de la Gauche Unie avec Emmanuel Gregoire, candidat du Parti socialiste pour les elections municipales a la Mairie de Paris, avec Ian Brossat du Parti communiste, David Belliard du parti Les Ecologistes et en presence d Olivier Faure, Premier Secretaire du PS, Boris Vallaud, Raphael Glucksmann de Place Publique, Lucie Castets, Clementine Autain et Danielle Simonnet du Mouvement Apres, le 14 janvier 2026 a la Bellevilloise a Paris. 15/01/2026 /Credit:ISA HARSIN/SIPA/2601150039

Municipales à Paris : À la Bellevilloise, la gauche se rassemble sous la bannière « Tout sauf Dati »

Pour son premier grand meeting de campagne, mercredi à la Bellevilloise, le candidat socialiste de la gauche unie (hors LFI) a cherché à s’imposer comme le visage du rassemblement progressiste à Paris. Emmanuel Grégoire a attaqué frontalement la droite et l’extrême droite, tout en admettant que la majorité sortante devait « faire mieux » sur la propreté et la sécurité, un aveu destiné à marquer une inflexion, sans renier l’héritage d’Anne Hidalgo. REPORTAGE
Emma Bador-Fritche

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« Paris ne sera pas le labo des fachos ». Mercredi 14 janvier au soir, à la Bellevilloise, Emmanuel Grégoire lançait officiellement sa campagne pour la mairie de Paris lors du premier grand meeting de la gauche unie (socialistes, écologistes, communistes, Place publique et l’Après, sans La France insoumise). Une union qualifiée d’« historique » marquée par une obsession commune : empêcher le retour de la droite, incarnée par Rachida Dati. Dans deux mois, les Parisiens seront devant les urnes. Et dans la salle, le mot d’ordre est clair : « Tout sauf Dati. »

20h38, la salle est surchauffée et déjà pleine. Les organisateurs ferment les portes, c’est officiel, plus de 2 000 participants ont trouvé place à l’intérieur, tandis que plusieurs centaines restent à l’extérieur, faute de place. Ian Brossat, David Belliard, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Boris Vallaud, Yannick Jadot, Emma Rafowicz, Audrey Pulvar… tous les poids lourds de la gauche institutionnelle sont présents, offrant une photo de famille symbolique d’une gauche déterminée à faire bloc. Drapeaux multicolores, slogans scandés, pancartes à l’effigie du candidat : le décor est planté. Avant même l’entrée officielle, Emmanuel Grégoire a parcouru les salles débordantes et échangé quelques mots avec les militants restés à l’extérieur, microphone à la main, pour ne laisser personne de côté. 20 h 53 à l’horloge, au son de « We Are Your Friends » de Justice, le candidat fait son entrée sur scène sous les applaudissements. La scénographie est millimétrée.

Mais derrière l’énergie affichée, l’inquiétude est palpable. Les derniers sondages placent l’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo légèrement en tête au premier tour, avec une avance mince sur Rachida Dati. Et une menace persiste : la possibilité que l’insoumise Sophia Chikirou franchisse la barre des 10 % et se maintienne au second tour. « On ne peut pas se permettre de perdre », prévient Danielle Simonnet, ex-insoumise ralliée à l’union après des années dans l’opposition municipale.

« Le désordre, c’est eux »

L’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo concentre ses attaques sur sa principale rivale. Face aux critiques sur le bilan municipal, Emmanuel Grégoire retourne l’argument : selon lui, la droite parisienne est « opportuniste et désorganisée ». « Le désordre, c’est eux », insiste-t-il, visant également le gouvernement. Il met en doute la crédibilité de Rachida Dati : « Comment prétendre être maire de Paris quand on doit rendre des comptes au tribunal judiciaire pour des faits de corruption ? » Le candidat socialiste critique aussi une campagne jugée déconnectée et médiatique : « La politique, Madame Dati, ce n’est pas passer cinq minutes avec des Parisiens pour des vidéos TikTok dignes des pires reportages de CNews, qui se moquent des SDF et des toxicomanes. »

Sur le terrain sensible de la sécurité et de la propreté, Emmanuel Grégoire reconnaît que la gauche doit « faire mieux ». Le sénateur communiste Ian Brossat, quant à lui, sort la sulfateuse : « Madame Dati veut des grilles autour du Champ-de-Mars. Mon petit doigt me dit qu’elle finira derrière les barreaux avant le Champ-de-Mars ! », des propos acquiescés par un tonnerre d’applaudissements.

Anne Hidalgo, héritage ou fardeau ?

Emmanuel Grégoire assume son bilan à la tête de la Ville et cite à plusieurs reprises Anne Hidalgo durant son discours. Une marque de loyauté que la maire sortante ne lui a pas rendue quelques heures plus tôt, lors de sa cérémonie de vœux à l’Hôtel de Ville, où elle n’a pas prononcé le nom de son ancien premier adjoint. Officiellement, un silence contraint par les règles institutionnelles. Politiquement, un non-dit scruté à la loupe. Car Anne Hidalgo n’est pas là. Dans les couloirs, les commentaires vont bon train. « On l’attend, elle viendra… mais c’est trop tôt », confie un cadre socialiste. La question, pourtant, s’impose à tous : l’héritage municipal est-il un atout ou un fardeau ? Les réponses oscillent. « Ce n’est pas un boulet », assure un militant. « Le bilan est collectif. » Un héritage à assumer, mais à ajuster. « Le pari de 2026 n’est pas celui de 2014 », résume un militant du PS. Pour le sénateur socialiste Rémi Féraud, le préféré d’Anne Hidalgo et perdant de la primaire pour le fauteuil du maire contre primaire contre Emmanuel Grégoire, la ligne est tracée : continuité politique, renouvellement générationnel. « C’est une nouvelle page d’un même livre. »

Un premier acte, réussi ?

À la sortie, les militants parlent d’un « soulagement ». Après des mois de flottement, la gauche parisienne a un candidat, une scène commune et une feuille de route. Reste à transformer cette unité en dynamique populaire.

Emmanuel Grégoire détaillera son programme le 5 février. Deux mois de campagne s’ouvrent, avec un enjeu central : convaincre que cette union n’est pas seulement un réflexe défensif face à la droite, mais un projet politique capable de prolonger et corriger vingt-cinq ans de pouvoir à Paris. « C’était un moment extraordinaire d’énergie et d’optimisme », se félicite Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée. Même tonalité chez Olivier Faure : « Emmanuel Grégoire est un formidable candidat, je ne pouvais souhaiter une plus belle soirée. » Mais est-ce que ce sera suffisant ? « Ce sont les Parisiens qui décideront. » conclut le premier secrétaire du parti socialiste

Mercredi soir, à la Bellevilloise, la gauche a montré qu’elle savait se rassembler. Reste à démontrer qu’elle peut encore convaincre.

 

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