SIPA_01165078_000044

Municipales à Paris : après l’investiture de Rachida Dati, le dilemme de Renaissance

Les Républicains ont évité une guerre fratricide, en soutenant officiellement la candidature de Rachida Dati aux municipales à Paris en mars prochain. La liste de la ministre de la Culture devra comporter une majorité de candidats LR de quoi laisser ouverte l’hypothèse d’une liste d’union avec les macronistes parisiens, qui ne se bousculent pas pour apporter leur soutien à la maire du VII arrondissement de Paris.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Jeudi soir, les Républicains se sont mis en ordre de bataille et ont évité une guerre des chefs pour deux scrutins parisiens à venir. A l’unanimité, la commission nationale d’investiture (CNI) du parti a officiellement apporté son soutien à Rachida Dati pour les municipales dans la capitale qui se tiendront les 15 et 22 mars prochains. En échange, la ministre a retiré sa candidature dissidente à la législative partielle dans la 2e circonscription de Paris qui se tiendra les 21 et 28 septembre et ainsi laisser le champ libre à Michel Barnier, investi pour cette élection, en juillet. L’ancien Premier ministre sera le seul candidat de LR dans cette circonscription en or, qui regroupe trois arrondissements cossus, le 5e, le 6e et le 7e, une « circo » très ancrée à droite, laissée vacante depuis cet été suite à l’invalidation de l’élection du député Ensemble pour la République, Jean Laussucq, déclaré inéligible par le Conseil constitutionnel pour comptes de campagne non conforme.

Le parti de Gabriel Attal perd donc un siège dans cette affaire puisque selon nos confrères de Politico, le parti Renaissance ne devrait investir aucun candidat dans cette législative partielle. Un temps évoqué, l’hypothèse d’une candidature de Claire Chappaz, l’actuelle ministre du numérique, a été rapidement enterrée. Michel Barnier aura comme suppléante la maire du Ve arrondissement, Florence Berthout.

De quoi braquer un peu plus l’état-major de Renaissance dont les membres étaient aux abonnés absents ce vendredi. « On en reparle à la rentrée », nous a gentiment rembarré un marcheur parisien. « Les Républicains nous chassent la circonscription où ils n’ont pas besoin de nous et à l’inverse ils appellent au rassemblement quand ils sont en difficulté. Il va falloir que les choses soient clarifiées au cas par cas », cingle un sénateur Renaissance.

Renaissance craint une explosion « en plein vol » de Rachida Dati

Pris de court par la candidature de Michel Barnier à cette législative partielle, Renaissance continue de tergiverser sur la stratégie à adopter pour les municipales de Paris. L’appel de Rachida Dati au « rassemblement de toutes les forces d’alternance » reste pour le moment lettre morte. Le parti de Gabriel Attal qui devait annoncer le 30 juin le nom de sa tête de liste pour les élections municipales à Paris n’a toujours pas tranché la question. Proche de Gabriel Attal, Rachida Dati aurait reçu le soutien d’Emmanuel Macron en personne. Le député de Paris, Sylvain Maillard, a récemment estimé que la ministre de la Culture était « la mieux placée ». Mais sur le terrain, ce scénario fait grincer des dents. Un comité politique des adhérents parisiens de Renaissance réuni en mai avait massivement rejeté tout soutien à la maire du VIIe arrondissement. « Chez Renaissance, ils sont très divisés, ils ne veulent pas revivre la même chose, lorsque qu’en 2020 Benjamin Griveaux avait explosé en vol », confie un cadre de LR.

Rachida Dati voit en effet planer au-dessus d’elle la menace d’une peine d’inéligibilité dans le cadre d’un procès pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire Renault-Nissan qui se tiendra dans quelques semaines.

Du côté des Républicains, Rachida Dati est « la meilleure chance pour la droite de gagner ». « On ne peut gagner sans elle, sans sa détermination et sa notoriété. Et elle seule peut enclencher ce grand mouvement dès le premier tour en faisant le lien entre la droite et le centre, car LR seul ne peut pas gagner Paris », constate Agnès Evren sénatrice LR et présidente de la puissante fédération de Paris.

« Pour gagner à Paris, il faut être rassembleur plutôt que clivant »

Un constat que ne partage pas la députée européenne Horizons, Nathalie Loiseau qui appelle les électeurs parisiens de droite et du centre à porter leur suffrage sur la candidature de son parti, celle de Pierre-Yves Bournazel. « Pour gagner à Paris, il faut être rassembleur plutôt que clivant, tout en étant déterminé à mettre fin à la mauvaise gestion de la ville par la gauche. C’est le profil de Pierre-Yves Bournazel. J’entends des réticences fortes chez nombre de cadres de Renaissance à soutenir Rachida Dati. Mais je ne vais pas parler à leur place et encore moins leur dire quel est leur intérêt ».

Chez les marcheurs parisiens de premier plan, Clément Beaune, qui n’écarte pas l’idée de se présenter sa candidature, et Agnès Buzyn ont fait part publiquement de leurs réticences à soutenir la ministre de la Culture. L’ancienne ministre de la Santé et candidate LREM dans la capitale en 2020 a récemment témoigné devant les caméras de Complément d’enquête de textos menaçants envoyés par Rachida Dati après son refus d’une liste d’union en 2020.

« La donne a changé. Rachida Dati est maintenant dans le gouvernement. Et elle a la confiance de d’Emmanuel Macron, ce qui lui permettra de faire le plein des voix de la droite et du centre », balaye Agnès Evren.

Pour obtenir l’investiture de la CNI jeudi soir, Rachida Dati s’est engagé à présenter une liste composée d’une majorité de candidats LR en position éligible. Ce qui laisse les mains relativement libres à la ministre, puisque à l’origine, il était question de fixer un quota d’élus LR. Autre condition, les élus et les militants qui s’engageront aux côtés de Rachida Dati seront associés à sa campagne, voire dans son exécutif si elle gagne. « Cette condition a été ajoutée pour éviter qu’elle ne dégomme tous ceux qu’elle considère comme des traitres », confie un membre de la CNI de LR.

Pour obtenir l’investiture de la CNI jeudi soir, Rachida Dati s’est engagée à présenter une liste composée d’une majorité de candidats LR en position éligibles. Ce qui laisse les mains relativement libres à la ministre, puisqu’à l’origine, il était question de fixer un quota d’élus LR. Autre condition, les élus et les militants qui s’engageront aux côtés de Rachida Dati seront associés à sa campagne, voire dans son exécutif si elle gagne. « Cette condition a été ajoutée pour éviter qu’elle ne dégomme tous ceux qu’elle considère comme des traîtres », confie un membre de la CNI de LR.

Francis Szpiner, sénateur LR qui briguait également l’investiture pour les municipales, a logiquement retiré sa candidature jeudi soir. A qui le tour ?

Partager cet article

Dans la même thématique

Municipales à Paris : après l’investiture de Rachida Dati, le dilemme de Renaissance
5min

Politique

Cyberattaque contre le ministère de l’Intérieur : Laurent Nunez va généraliser « la double identification » pour l’accès aux applications 

Un mois après le piratage des serveurs informatiques du ministère de l’intérieur, Laurent Nuñez était auditionné devant la commission des lois du Sénat pour faire le point sur les mesures de sécurité prises depuis. Le ministre a également été interrogé sur l’application de la loi visant à lutter contre le narcotrafic, entrée en vigueur il y a 6 mois. 

Le

6min

Politique

Désinformation en santé : l’exécutif dévoile une stratégie nationale de riposte

Face aux risques pour la santé publique, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a dévoilé lundi les premiers axes d’une stratégie nationale de lutte contre la désinformation médicale. « Priorité stratégique de l’État », cette riposte reposera sur différents outils, dont un Observatoire de la désinformation et un dispositif d’infovigilance réactif. Sans toutefois prévoir de volet sanction.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
4min

Politique

Budget : le gouvernement réévalue le déficit à la hausse, à 5,4 %, suite à la non-adoption du texte à la fin de l’année

En tenant compte des conséquences fiscales de la non-adoption par le Parlement du budget avant le 31 décembre 2025, le gouvernement revoit sa prévision de déficit public en 2026, avec un solde dégradé de 0,1 point, le portant à – 5,4 % du PIB. De quoi compliquer la tâche des députés, avant même le début de l’examen du budget en nouvelle lecture…

Le