Municipales à Paris: du mutisme à la déflagration Griveaux
Silence, sidération puis déflagration ont marqué les longues heures pour le parti présidentiel entre la mise en ligne mercredi soir d'une vidéo...

Municipales à Paris: du mutisme à la déflagration Griveaux

Silence, sidération puis déflagration ont marqué les longues heures pour le parti présidentiel entre la mise en ligne mercredi soir d'une vidéo...
Public Sénat

Par Ambre TOSUNOGLU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Silence, sidération puis déflagration ont marqué les longues heures pour le parti présidentiel entre la mise en ligne mercredi soir d'une vidéo sexuelle mettant en cause le candidat d'Emmanuel Macron aux municipales à Paris, Benjamin Griveaux, et son retrait vendredi matin.

Mercredi soir, la vidéo sexuelle adressée à une femme d'un homme se masturbant - dont on ne voit pas le visage, mais attribuée à Benjamin Griveaux - est diffusée sur un site créée ad hoc, et partagée par une poignée de politiques dans des messages privés.

Averti de l'existence de ces images, le candidat investi par La République en marche (LREM) choisit de maintenir sa conférence de presse jeudi dans le XVIIe arrondissement. Il arrive avec une heure de retard pour présenter son programme, bon gré mal gré, devant une centaine de soutiens, et une nuée de photographes et journalistes.

Interrogé en aparté par l'AFP sur cette vidéo, un proche du candidat, la mine défaite, répète inlassablement aux questions posées : "Pas de commentaire".

Car dans la salle, les têtes de liste dans les arrondissements assis derrière le candidat au pupitre, ne sont pas au fait.

"Comment est-ce possible ?", s'interroge une élue et candidate à sa succession, "atterrée" l'après-midi lorsqu'elle apprend l'existence d'une telle vidéo. "Mais ce n'est pas possible de faire un truc pareil, putain ! Comment il a pu faire conférence de presse sachant ça ?!", s'emporte-t-elle.

Benjamin Griveaux, avec Olivia Grégoire, avant une conférence de presse de présentation de son programme, à Paris le 13 février 2020
Benjamin Griveaux, avec Olivia Grégoire, avant une conférence de presse de présentation de son programme, à Paris le 13 février 2020
AFP

En fin d'après-midi, le député ex-LREM Joachim Son-Forget diffuse sur Twitter le lien vers la vidéo, et les captures d'écran de messages intimes échangés avec une femme.

Rédactions et politiques découvrent l'histoire tandis que les plus proches se retrouvent autour de Benjamin Griveaux, en comité restreint pour réfléchir "à différents scenarri de maintien, retrait, sur des suites judiciaires éventuelles ...".

De retour de Chamonix, Emmanuel Macron et l'ancien strausskahnien de 42 ans se parlent "longuement" et le président lui dit "que quelle que soit (ma) décision, (il) me soutiendrait". M. Macron l'invite surtout à "protéger" les siens.

- "Twitter 1 - démocratie 0" -

Sur les boucles Telegram de la Macronie, c'est l'incompréhension. L'injonction du directeur de campagne aux troupes est: "A ce stade, merci de ne faire aucun commentaire", avant une réunion vendredi matin au quartier général du candidat dans le XVe arrondissement.

La députée LREM Marie-Laure Harel, devant le siège du parti, le 14 février 2020
La députée LREM Marie-Laure Harel, devant le siège du parti, le 14 février 2020
AFP

Mais le soir même, plusieurs membres de la campagne se réunissent au pied levé pour faire le point, et tenter de mettre en place un plan. Dans les échanges, les premières frictions apparaissent : les deux porte-parole, Olivia Grégoire et Marie-Laure Harel, refusent dans un premier temps d'aller à la réunion autour de Benjamin Griveaux, avant de se raviser. Le troisième porte-parole Sylvain Maillard écrit lui qu'il est "en vacances".

"Ce n'est plus tenable" avec ce candidat, s'insurge une élue, avant d'être appelée au calme par la députée Laetitia Avia. "Personne ne l'ouvre, ils sont tous tétanisés", commente un proche. Dans cette confusion, Mounir Mahjoubi, ancien candidat à l'investiture de LREM, se pose en successeur pour mener la campagne à Paris.

Le lendemain, l'homme déchu, devenu premier politique pris au piège dans une affaire de "revenge porn", arrive au siège de l'Agence France-Presse après 7H30 pour enregistrer son allocution, entouré des plus proches. Emu après une nuit éprouvante, il annonce qu'il se retire de la campagne.

Discrètement, l'un de ses proches résume la situation: "Twitter 1 - La démocratie 0". "Nous vivons des temps étonnants", commente-t-il encore, convaincu comme tous les autres que "cette attaque est large, et dépasse Benjamin Griveaux", l'un des piliers de la campagne d'Emmanuel Macron de 2017. Selon cette source, "elle vise d'autres" personnalités haut placées.

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Municipales à Paris: du mutisme à la déflagration Griveaux
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le

Municipales à Paris: du mutisme à la déflagration Griveaux
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le