C’était dans les tuyaux depuis plusieurs semaines, c’est désormais officiel : l’eurodéputée d’extrême-droite est candidate dans la capitale. Sur le plateau du 20 heures de TF1 mercredi, la compagne d’Éric Zemmour, dont elle fut la directrice de campagne en 2022, a déroulé ses ambitions électorales. Au premier rang desquelles, « redresser » une ville « en déclin » et « insalubre », « mettre fin à la gabegie », ou encore « baisser les impôts des Parisiens » et « diviser par deux la taxe foncière ». L’occasion aussi d’indiquer qu’elle était « prête à travailler » avec Rachida Dati. Une piste qu’elle avait déjà suggérée en décembre dernier auprès du JDD, évoquant une entente « naturelle » entre le bloc Reconquête/Rassemblement national et la candidate investie par Les Républicains, et potentiellement nécessaire pour mettre un coup d’arrêt au règne de la gauche dans la Ville lumière. Davantage sur la réserve, la porte-parole de Reconquête, Diane Ouvry, précise : « Au moment où l’on parle, le seul objectif c’est gagner et redresser Paris ».
La gauche sort les griffes
Reste que cette annonce n’a pas manqué de faire bondir le Parti socialiste, et son prétendant Emmanuel Grégoire, tête de liste de la gauche unie (sans la France insoumise) : « L’extrême droite est donc prête à avancer main dans la main avec la droite de Dati. Sans sourciller. L’alliance des droites extrêmes pour imposer un projet raciste et d’austérité », s’est exprimé l’ex-adjoint d’Anne Hidalgo sur X. Et de tacler la candidate zemmouriste de « marchepied de Rachida Dati ». « Voter Dati, c’est voter Zemmour », conclut-il. Même son de cloche pour le sénateur, et ex-maire du Xe arrondissement, Rémi Féraud : « Elle vient pour faire gagner Rachida Dati, elle ne s’en cache pas. Et elle donne de ce fait à la candidature de Rachida Dati une tonalité encore plus dangereuse ».
Bournazel pas en reste
Le chiffon rouge est aussi agité par le candidat investi par Horizons, et soutenu par Renaissance, Pierre-Yves Bournazel. Dans la matinale de TF1 ce jeudi, le prétendant philippiste a appelé la ministre de la Culture à « récuser immédiatement cette volonté d’alliance ». Double charge contre Rachida Dati : celui qui a été son conseiller communication lorsqu’elle était garde des Sceaux sous Nicolas Sarkozy, publie un livre aujourd’hui, dans lequel il la qualifie de « personne en état d’ébriété narcissique ».
Mêmes listes au premier et second tours pour Dati
Dans l’équipe de la candidate LR, on le répète à l’envi : « Rachida Dati a déjà eu l’occasion de le dire, elle a créé les conditions d’un large rassemblement de Parisiens. Elle est la seule à pouvoir incarner une alternance crédible et l’emporter au second tour ». Sa porte-parole de campagne, Nelly Garnier, l’assure : « Une municipale, c’est une dynamique de terrain, c’est répondre aux attentes du quotidien des Parisiens, pas des tractations d’appareils. Nul n’est propriétaire de ses électeurs. Sa liste de premier tour sera la même que celle du second tour ».
Une position ambiguë pour le sénateur socialiste Rémi Féraud, qui pointe du doigt la possibilité pour Rachida Dati de maintenir sa liste, tout en bénéficiant d’un soutien de Sarah Knafo, au second tour, et donc de ses voix. « Si elle ne veut pas de cet appui, elle peut le rejeter publiquement. Si elle ne dit rien, c’est ne pas être clair avec l’extrême-droite », estime-t-il. L’entourage de la prétendante LR reste évasif quant à cette hypothèse.
Créditée à hauteur de 7 % des intentions de vote dans un sondage Ipsos pour le Parisien en décembre, la candidate zemmouriste pourrait frôler les 10 % nécessaires pour se qualifier à la deuxième manche. Dans ces pronostics, son concurrent du RN Thierry Mariani atteindrait le même score. Rachida Dati se hisserait, elle, à 27 %, loin devant l’insoumise Sophia Chikirou (13 %) et le philippiste Pierre-Yves Bournazel (14%), mais distancée par la liste menée par Emmanuel Grégoire avec les Verts et le PCF (32 %). De quoi entretenir le suspense quant au nombre de listes qui pourront concourir au second tour, et les jeux d’alliance qui en découleront.
Vers une surmobilisation à gauche ?
Si « Paris n’est pas une ville de tradition à droite ou d’extrême-droite, il est vrai que cette dernière progresse », concède Rémi Féraud. Face à la candidature de Sarah Knafo, le socialiste considère que la mobilisation de la gauche est de mise. « Ceci passe par le ralliement derrière Grégoire, seule liste qui peut garder la ville à gauche ». L’élargissement de l’union à LFI n’est, pour l’heure, toujours pas dans les combines : « Grégoire a été clair et il a raison », poursuit-il. Récemment, le ralliement de l’Après, dont la députée ex-insoumise Danielle Simonnet, constitue un moyen d’aller chercher une part de l’électorat qui aurait privilégié Sophia Chikirou, reconnaît le sénateur de Paris.
Et l’idée d’une alliance avec Pierre-Yves Bournazel ? Celui-ci évince aussi toute convergence avec « l’extrémisme politique, qu’il provienne de la gauche radicale ou de la droite radicale »*, LFI compris donc. « Avec des ‘si’, on refait le monde », répond amusé Rémi Féraud, avant d’ajouter : « La question se posera au second tour à Bournazel, pas à Grégoire », rappelant qu’il n’est « pas pour la confusion des projets différents. Le projet d’Horizons est quand même un projet de droite ». Du côté du candidat philippiste, l’entrée de Danielle Simonnet dans la liste d’Emmanuel Grégoire passe mal cependant : « Je crois que ce n’est pas le bon point d’équilibre », déplore Pierre-Yves Bournazel, qui se dit « extrêmement ferme et solide sur les valeurs démocratiques et républicaines ».
*Mise à jour le 8 janvier à 17h40, avec ajout des propos de Pierre-Yves Bournazel