Une alliance conclue sans son principal artisan. Lundi 16 mars, Pierre-Yves Bournazel a officialisé la fusion de sa liste avec celle de la candidate des Républicains. Dans le même temps, il a annoncé son retrait personnel de la course à l’Hôtel de Ville. Un choix paradoxal, qui revient à laisser ses électeurs face à une alternative claire : soutenir Rachida Dati, ou non, sans intermédiaire. Après des mois d’opposition frontale, ce rapprochement sonne comme un revirement. Arrivé quatrième au premier tour avec 11,34 % des voix, il ne disposait plus du poids nécessaire pour exister seul. En coulisses, la fusion semblait inévitable. Son retrait total de la vie politique parisienne, résumé par un sobre « le chemin s’arrête », est présenté par ses proches comme un geste de responsabilité destiné à ne pas fragiliser l’union. Si son entourage nie toute pression, il reconnaît que l’exécutif souhaitait un retrait au profit d’une candidature unique capable d’incarner l’alternance.
Des refus marquants au sein du camp centriste
Cette alliance est toutefois loin de faire l’unanimité. L’absence de Clément Beaune, figure identifiée de l’aile gauche de la macronie et troisième de la liste Pierre-Yves Bournazel au premier tour, en est l’illustration la plus nette. Opposé à l’accord, il a refusé de figurer sur la liste fusionnée, invoquant une divergence de valeurs avec Rachida Dati. Dans plusieurs arrondissements, des listes issues de la campagne du candidat Renaissance-Horizons ont également choisi de ne pas fusionner localement avec la droite. Certaines se maintiennent au second tour, malgré leur intégration partielle à la liste centrale de Dati.
Des fusions limitées selon les arrondissements
La stratégie d’union varie fortement selon les territoires parisiens. Dans les arrondissements du centre de Paris, du 5e et du 15e, les listes menées respectivement par Martine Figueroa, Florence Berthout et Catherine Ibled ont fusionné avec celle de Rachida Dati. En revanche, dans les 6e, 11e, 12e, 17e et 18e arrondissements, les têtes de liste Antoine Lesieur, Delphine Goater, Clara Chassaniol, Rachel Flore Pardo et Samir Belaid ont choisi de se maintenir sans fusion, illustrant les résistances internes à l’accord global. Dans ces arrondissements, les têtes de liste locales ont choisi de poursuivre la campagne de manière autonome, illustrant les résistances internes à l’accord global.
Des ralliements visibles, mais une tête de liste fragilisée
Malgré ces divisions, plusieurs personnalités issues de la liste de Pierre-Yves Bournazel ont rejoint la candidate des Républicains. Marlène Schiappa, ancienne secrétaire d’État et porte-parole de la campagne au premier tour, a rapidement annoncé son ralliement. Florence Berthout, maire sortante du 5e arrondissement, figure également en bonne position sur la liste fusionnée. D’autres candidats comme Emmanuelle Hoffman, Daniel-Georges Courtois, Julie Boillot, Antoine Lesieur, Catherine Ibled, Clara Chassaniol, Rachel Flore Pardo, Abdoulaye Kanté ou encore Pegah Malek-Ahmadi complètent ce contingent centriste.
En revanche, l’absence conjointe de Pierre-Yves Bournazel et de Clément Beaune constitue un manque symbolique pour Rachida Dati. Cette dernière lui avait pourtant proposé la deuxième place de sa liste pour le Conseil de Paris lors des négociations. Dans les 18e, 17e, 12e et 6e, les têtes de liste d’arrondissement Samir Belaïd, Rachel-Flore Pardo, Clara Chassaniol et Antoine Lesieur ont fait le même choix de ne pas fusionner localement avec la candidate LR, bien que les trois derniers aient été intégrés sur la liste pour le Conseil de Paris de Rachida Dati
Un second tour reconfiguré
Au soir du premier tour, Rachida Dati accusait un retard significatif sur le candidat socialiste Emmanuel Grégoire (25,46 % contre 37,98 %). La recomposition en cours pourrait toutefois rebattre les cartes. Le retrait de la candidate de Reconquête, Sarah Knafo (10,40 %), qui appelle à faire barrage à la gauche, pourrait bénéficier à la candidate de droite. Le second tour se jouera finalement à trois pour la mairie centrale : Rachida Dati, Emmanuel Grégoire et Sophia Chikirou (La France insoumise). Dans ce contexte, l’alliance avec les centristes apparaît indispensable mais fragile. L’incertitude demeure quant au report des voix : Pierre-Yves Bournazel n’ayant pas explicitement appelé à voter pour Rachida Dati, ses électeurs pourraient se disperser. Reste une inconnue supplémentaire : quel choix fera lui-même l’ancien candidat au moment de glisser son bulletin dans l’urne ?