Alexandre Garcin est maire de Roubaix depuis 3 mois. Et aimerait prolonger son bail précaire de six ans. « Ça va se jouer entre David Guiraud et moi » répète le candidat devant les entrepreneurs de la ville venus l’écouter ce matin-là dans un café du parc Barbieux, dans les beaux quartiers de Roubaix. « Mais ça va être très chaud » reconnaît celui qui fait partie de la majorité municipale depuis 2014, quand Guillaume Delbar a pris la ville à la gauche.
Réélu en 2020, ce dernier a vu son mandat pollué par les affaires judiciaires, jusqu’à une condamnation définitive pour fraude fiscale qui l’a contraint à démissionner fin novembre 2025. Alexandre Garcin a donc repris la suite, pour la fin du mandat. Et s’inscrit dans la lignée de ce qui a été fait à Roubaix depuis 12 ans : « Avec Guillaume Delbar on a fait beaucoup de choses à Roubaix. On n’en a pas suffisamment parlé mais on a fait beaucoup de choses ».
Une ostracisation en cas de mairie LFI ?
Le maire candidat estime que la bascule annoncée de la ville vers LFI serait une catastrophe. Et pronostique un scénario pour les subventions : « On sait que dans une métropole de droite, un département de droite, une région de droite, il y a des robinets qui vont s’arrêter et Roubaix ne bénéficiera pas d’une partie de ces financements ». Une menace qui inquiète les entrepreneurs de la ville, qui n’hésitent pas à parler de départ de la ville. Un chef d’entreprise avertissant qu’il attend de voir les résultats de l’élection avant d’investir 10 millions d’euros dans un nouveau bâtiment pour sa PME.
La possible bascule de la ville vers LFI est de plus en plus crédible. Crédité de 44 % des voix dans un sondage IFOP pour la Voix du Nord et Nord Éclair, David Guiraud est en campagne pour la France insoumise depuis un an et demi. Le médiatique député, implanté depuis 2022 à Roubaix, s’appuie sur une équipe de militants dévoués, qui quadrille le terrain.
Une liste plus large que LFI
S’il espère une mobilisation dans les quartiers populaires, il ne néglige pas l’Est de la ville et le Sud, supposés moins favorables. Lors des séances de porte-à-porte, il est régulièrement reconnu, et sollicité. Et espère transformer cette visibilité en vote pour sa liste. Sur ses affiches en revanche, pas de signe LFI. David Guiraud estime en effet qu’elle est bien plus large : « Moi je suis LFI, c’est marqué sur mon front, mais je porte une liste avec des gens qui sont issus d’autres courants politiques ». Avant de dérouler le CV de ses colistiers issus des écologistes, du PCF, et même du PS, avec un ancien secrétaire de section socialiste. Le chef de file de la liste LFI a même reçu le soutien du dernier maire de gauche de la ville, en poste de 2012 à 2014, le socialiste Pierre Dubois.
Donné gagnant par le sondage IFOP dans tous les cas de figure testés, David Guiraud s’amuse quand on évoque la constitution d’un front anti-LFI, qui réunirait tous ses adversaires. « L’opposant au maire et le maire vont fusionner ensemble ? Sur le papier c’est peut-être intéressant pour l’IFOP mais dans la réalité les gens qui votent pour un opposant au maire ne vont pas tolérer de soutenir le maire sortant » balaye-t-il.
Une liste de gauche qui rassemble hors LFI
L’opposant au maire cité par David Guiraud, c’est Karim Amrouni. Battu en 2020 par la droite, le candidat, non encarté, réunit derrière lui l’ensemble des partis de gauche hors LFI. Fort du récent soutien du Parti socialiste, qui a rejoint sa liste, il espère l’emporter. Même si les sondages le placent pour l’instant à plus de 20 points du candidat LFI au premier tour. Mais sans renier une promesse faite il y a longtemps. « Il y a un an on a dit Guiraud pas possible, Delbar plus possible. Aujourd’hui c’est Alexandre Garcin qui a pris la relève de Monsieur Delbar, on reste sur notre ligne de conduite, point » appuie-t-il.
Le Rassemblement national pourrait aussi jouer les troubles fêtes, dans une ville ou le parti à la flamme atteint régulièrement les 20 %, mais où il est plus à la peine lors des scrutins municipaux. C’est la responsable départementale du Rassemblement national Jeunes, Céline Sayah qui a été désignée chef de file à Roubaix.
Le RN pour un front républicain anti-LFI
La candidate RN insiste aussi sur le risque d’une victoire LFI. Et tend la main en espérant « que le maire (Alexandre Garcin) aura assez de courage pour faire un réel front républicain avec le Rassemblement national contre David Guiraud ».
Un front anti-LFI qui, pour fonctionner, devrait réunir très large, et qui est pour l’instant improbable. Les électeurs roubaisiens trancheront dans les urnes. En tout cas ceux qui se déplaceront dans une ville qui est une des plus abstentionniste de France, avec seulement 23 % de votants en 2020.