FRA – LR RETAILLEAU – ELECTION MUNICIPALES 2026

Municipales : en lâchant Christian Estrosi à Nice, Bruno Retailleau enflamme toute la droite, avec 2027 en ligne de mire

À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.
Romain David

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À quelques jours du second tour des municipales, la guerre fratricide qui oppose Christian Estrosi et Éric Ciotti à Nice est en train de secouer toute la droite. Alors que les noms d’oiseaux fusent depuis des semaines entre les deux candidats arrivés en tête du premier tour dimanche dernier dans la capitale azuréenne, c’est Bruno Retailleau, le président des Républicains, qui a mis le feu aux poudres ce mercredi matin, en refusant d’apporter son soutien au maire sortant.

« On avait un accord national avec Horizons notamment, qui comprenait Nice [mais] cette campagne a été délétère. Désormais, c’est aux Niçoises et aux Niçois de trancher dans les urnes », a déclaré le patron des LR au micro de BFMTV. Il a notamment invoqué « l’appel à la gauche et au communautarisme » de la part du maire sortant, ancien LR qui a rallié le parti d’Edouard Philippe. Coup de poignard ou coup de grâce ? En tout état de cause, cette sortie ne devrait pas rendre service à Christian Estrosi, qui a été très largement distancé dans les urnes au premier tour par Éric Ciotti, allié de Marine Le Pen (31 % contre 43 %). Le président de l’UDR ne s’y est pas trompé : « Je remercie Bruno Retailleau d’avoir condamné la campagne délétère de Christian Estrosi et de retirer son soutien au candidat macroniste », a-t-il réagi sur X.

Immédiatement, les déclarations du Vendéen ont soulevé un tollé au sein de sa famille politique. « Quelle indignité ! », a commenté Xavier Bertrand, le président de la région des Hauts-de-France, en paraphrasant une célèbre réplique de Nicolas Sarkozy. Également sur X, l’ancien Premier ministre Michel Barnier a voulu rappeler que la commission nationale d’investiture des Républicains avait « apporté son soutien à Christian Estrosi pour représenter la droite et le centre à Nice », et lui a adressé « tous [s]es vœux pour le second tour dimanche ».

« Je mets ça sur le compte d’un moment d’égarement »

Le positionnement de Bruno Retailleau apparaît d’autant plus incompréhensible que de nombreux LR figurent sur la liste conduite par Christian Estrosi, à commencer par la sénatrice Dominique Estrosi Sassone, l’un des piliers du groupe LR au Palais du Luxembourg, longtemps présidé par Bruno Retailleau. Dans la matinée l’élue ne décolérait pas, et espérait un coup de fil de l’intéressé. « Je mets ça sur le compte d’un moment d’égarement », tempête-t-elle auprès de Public Sénat. « Je n’ai jamais failli à l’endroit de Bruno Retailleau. Lorsqu’il s’est présenté pour la première fois à la présidence des Républicains, face à Éric Ciotti, j’ai été la seule parlementaire des Alpes-Maritimes à le soutenir ouvertement, la seule ! Personne n’osait, de peur de se faire taper sur les doigts par Éric Ciotti ».

Les accusations de communautarisme, notamment, ne passent pas auprès de la sénatrice : « Nous n’appelons pas à la gauche, mais au front républicain contre l’extrémisme, ce que ma famille politique a toujours fait jusqu’à présent », veut-elle rappeler. « Maintenant, j’aimerais qu’il me donne des explications ». Dans ce contexte, la prochaine réunion de groupe des sénateurs LR, la semaine prochaine, risque bien de virer au règlement de comptes.

Une cadre LR, bien au fait de la politique niçoise, estime « qu’il y a eu dans les municipales un avant-après l’épisode de la tête de porc », retrouvée accrochée au portail de Christian Estrosi. Cette affaire a conduit à la mise en examen de trois personnes, dont un proche de l’édile. Beaucoup s’accordent à dire que cette campagne a été l’une des plus violentes des dernières années. « C’est du Vaudeville », reconnaît le député LR Pierre-Henri Dumont au micro de LCI. La responsable LR citée plus haut insiste : condamner l’attitude de Christian Estrosi ne revient pas à donner quitus à son adversaire. En fin de matinée, Bruno Retailleau a d’ailleurs tenté d’apaiser l’incendie qu’il avait lui-même allumé un peu plus tôt, précisant sur X qu’il « ne soutenait pas Éric Ciotti, et désapprouvait son rapprochement avec le Rassemblement national ».

Brouillage des lignes

Il n’est pas sûr que cette clarification suffise à rassurer Horizons. Dans un communiqué, le parti d’Edouard Philippe dénonce « une confusion dans la ligne politique des Républicains » et leur demande de « réaffirmer qu’ils partagent leur volonté de lutter contre les extrêmes en toutes circonstances ».

Depuis des mois, Nice apparaît comme la pierre d’achoppement de la ligne de démarcation entre la droite et l’extrême droite. Le parti semble fermer les yeux alors que plusieurs élus LR ont publiquement apporté leur soutien à Éric Ciotti, à l’image du sénateur Henri Leroy ou de Charles-Ange Ginésy, le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes. Or, dans le même temps, à Reims, le candidat LR Stéphane Lang a été exclu pour avoir fusionné sa liste avec celle de la candidate du Rassemblement national. « On ne peut pas faire de la géométrie variable d’une ville à l’autre, il faut une ligne claire ! », martèle Dominique Estrosi Sassone.

« Ce qu’il se passe à Nice est d’autant plus incompréhensible que si la ville bascule entre les mains de l’UDR aux prochaines sénatoriales, le groupe LR est assuré de perdre des grands électeurs, et donc plusieurs élus », commente le sénateur Horizons Emmanuel Capus. Les Alpes-Maritimes comptent cinq élus à la Chambre haute, renouvelables en septembre prochain, et tous encartés chez LR.

Une stratégie pour 2027

« Il y a un accord politique entre les familles de la droite et du centre. Il doit être respecté », a voulu recadrer Gérard Larcher, le président du Sénat, sur ses réseaux sociaux. Mais dans les couloirs du Palais du Luxembourg, plusieurs parlementaires considèrent aussi la sortie de Bruno Retailleau comme un désaveu à l’encontre du président du Sénat, « dont Dominique Estrosi Sassone est l’une des très proches ». Il faut dire que sur France Inter, la semaine dernière, Gérard Larcher a pu froisser certaines susceptibilités en estimant, malgré la candidature du Vendéen à l’élection présidentielle, qu’aucune personnalité « ne s’impos[ait] naturellement » à droite pour 2027. L’ancien maire de Rambouillet s’est même dit prêt à tirer un trait sur une candidature LR, si une autre personnalité venait à l’emporter dans le cadre d’une primaire « ouverte ».

 Bruno Retailleau essaie de dealer sa campagne pour 2027 avec Éric Ciotti 

Un ministre, ancien membre des Républicains

L’affaire niçoise attire aussi l’attention en haut lieu, où elle est regardée comme une sorte de laboratoire de ce qu’il pourrait advenir pendant la présidentielle, dans un contexte ou le RN ne cesse de multiplier les appels du pied en direction des Républicains, sur le refrain de l’union des droites. « Retailleau qui ne soutient pas Estrosi, c’est un petit virage », décrypte un ministre, lui-même ancien LR. « Bruno Retailleau essaie de dealer sa campagne pour 2027 avec Éric Ciotti. Il voit les adhésions fondre comme neige au soleil et son annonce de candidature pour 2027… Personne n’en a entendu parler », tacle-t-il. Les Alpes-Maritimes sont historiquement un bastion LR mais depuis plusieurs années l’extrême-droite en a fait l’une de ses grandes terres de conquête, jouant sur la porosité des électorats.

L’ombre d’une union des droites

« Ici, dans les Alpes-Maritimes, les gens de la droite traditionnelle n’ont jamais compris que l’on lutte pendant huit ans contre le macronisme pour finir par s’y associer dans un socle commun », commente le sénateur LR Henri Leroy, qui n’a jamais fait mystère de son appétence pour une union des droites. « Bruno Retailleau est un homme conciliant et raisonnable. Il fait des différences en fonction du terrain et des hommes qui s’affrontent. Il sait que nous avons encore une grande majorité de ciottistes dans les Alpes-Maritimes, et s’il ne croit pas à une union des partis, il peut miser sur une union des voix dans les urnes », sourit cet ancien officier de gendarmerie. « Il faut se souvenir d’où vient Bruno Retailleau. Je pense qu’il est très partagé sur l’alliance des droites », relève un député Renaissance, en référence aux premiers pas politiques du patron des LR, aux côtés de Philippe de Villiers dans les années 1990.

« Un clou ne s’enfonce pas avec un seul coup de marteau », poursuit Henri Leroy. « Mais les choses progressent : regardez ce qu’il se passe à Paris, où Sarah Knafo s’est retirée sans contrepartie en faveur de Rachida Dati, à Marseille ou le candidat RN Franck Allisio est un ancien du RPR, à Reims… Tout cela procède d’un mouvement lent et certain, qui s’amplifie de plus en plus. » Dominique Estrosi Sassone s’insurge : « Ce genre de stratégie serait extrêmement contre-productive, car cela reviendrait, d’un autre côté, à se couper d’une large partie des électeurs de la droite et du centre ». Et de conclure : « Je préfère perdre une ville comme Nice, plutôt que perdre mon âme. »

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Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. 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