Municipales: entre LREM et le MoDem, le casse-tête des investitures
"Au plus haut niveau, tout se passe bien", dit un député marcheur, "mais peut-être pas sur le terrain..." À huit mois des municipales, les...

Municipales: entre LREM et le MoDem, le casse-tête des investitures

"Au plus haut niveau, tout se passe bien", dit un député marcheur, "mais peut-être pas sur le terrain..." À huit mois des municipales, les...
Public Sénat

Par Paul AUBRIAT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"Au plus haut niveau, tout se passe bien", dit un député marcheur, "mais peut-être pas sur le terrain..." À huit mois des municipales, les points de friction se multiplient entre La République en marche et le MoDem, animés par des stratégies politiques parfois divergentes.

Emmanuel Macron suit vendredi le Tour de France à Pau, chez François Bayrou. Le chef-lieu des Pyrénées-Atlantiques ne pose pas de problème: "si une liste LREM se montait, elle ferait 1% face à Bayrou", ricane ce député. Mais "le sud-ouest, d'une manière générale, c'est pas simple tous les jours", poursuit le même.

Car c'est à Bordeaux que les hostilités ont commencé: pressé par la base militante de LREM, le parti présidentiel s'est résolu à investir Thomas Cazenave, en juin, contre le maire sortant, Nicolas Florian, successeur d'Alain Juppé et dont la majorité municipale compte des conseillers MoDem.

"Florian, quel crime a-t-il commis?", peste encore un haut cadre du Mouvement démocrate, qui rappelle au passage que "Juppé entraîne avec lui Dominique Bussereau et Jean-Pierre Raffarin", qui seront "indispensables, aux départementales et régionales, sans même parler de 2022", pour la présidentielle.

De même, l'onction donnée à Vannes à Patrick Le Mestre contre le sortant David Robo, un ex-LR pourtant réputé bienveillant envers la majorité passe toujours mal dans les rangs bayrouistes.

Au-delà, c'est la méthode LREM qui fait tousser: des salves d'une quinzaine d'investitures données chaque semaine depuis la mi-juin, décidées par une commission nationale.

"On n'est pas sur ce calendrier. Ca n'est pas parce que nous sommes alliés que nous sommes affiliés", martèle un membre du gouvernement issu du MoDem.

Jeudi, le parti de François Bayrou a d'ailleurs publié une liste de ses "chefs de file" dans 200 communes, "qui ont vocation soit à être têtes de liste, soit à intégrer des listes de rassemblement", avec des investitures qui seront seulement données "dans un deuxième temps", en tout cas pas avant la rentrée.

"Il ne s'agit pas de mettre des drapeaux rouges ou d'envoyer des signaux d'agression, mais plutôt l'inverse", plaide le secrétaire général du MoDem, Jean-Noël Barrot, alors que le patron de LREM, Stanislas Guerini, jure que "nous devrions aboutir dans l'immense majorité des villes de France à des stratégies communes". Et ailleurs? "Nous l'assumerons."

En creux, selon un membre de la commission d'investiture de La République en marche, "le MoDem est davantage dans des alliances d'appareils et surtout de défense des positions acquises, là où, chez nous, on a des stratégies globales d'implantation".

- Changements d'alliances ? -

La députée Modem Sarah El Haïry à l'Assemblée nationale, le 16 mai 2018
La députée Modem Sarah El Haïry à l'Assemblée nationale, le 16 mai 2018
AFP/Archives

Points toujours problématiques: Aix-en-Provence, Reims, voire Marseille. En cours de résolution: Clermont-Ferrand et, espère-t-on chez François Bayrou, Metz, où l'ex-eurodéputée Nathalie Griesbeck devra s'imposer face aux nombreux prétendants à l'investiture LREM.

A Rennes, où La République en marche a préféré Carole Gandon au MoDem Pierre Breteau, chacun veut croire qu'un rassemblement est possible, "le problème étant que Richard Ferrand soutient la première et Jean-Yves Le Drian le deuxième", déplore un parlementaire.

"Les chefs de partis, ça va. François Bayrou et Emmanuel Macron, ça va. Après, sur le local, dans certaines communes, peut-être qu'il y a des comportements un peu plus compliqués à gérer", abonde un député. Outre Bordeaux, Toulouse ou Marseille pâtissent notamment des affrontements entre marcheurs locaux partisans d'un renouvellement et la direction LREM, disposée à investir des sortants - ou figures locales (un peu trop) connues - bienveillants à leur égard.

"Sur le terrain, dans beaucoup de villes, les dynamiques ne sont pas déterminées", fait observer la porte-parole du MoDem Sarah El-Haïry, qui appelle à "des traits d'union pour des rassemblements très larges".

Et, parmi la liste des 200 du MoDem, environ la moitié font partie d'équipes municipales sortantes, autant de promesses de nouvelles frictions.

Parmi les troupes de François Bayrou, certains n'excluent toutefois pas de "changer d'alliances", en quittant des majorités municipales en place: les cas d'Évreux, Limoges et Saint-Etienne sont notamment évoqués, "mais cela fait grand débat et n'est pas du tout acté", met en garde un ponte du mouvement centriste.

Reste le cas de Paris, où le candidat LREM Benjamin Griveaux, à peine investi, s'est empêtré dans une polémique pour des propos injurieux, et suscite une circonspection certaine au Mouvement démocrate. "On verra à l'automne...", souffle l'un d'entre eux.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Municipales: entre LREM et le MoDem, le casse-tête des investitures
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le