Paris : Olivier Faure – Allocution 1er tour des Elections Municipales
Chang Martin/SIPA

Municipales : face à la percée de LFI, le PS mène la bataille du « récit » face à Mélenchon, tout en assumant les fusions locales

Alors que le PS a dû multiplier localement les alliances avec LFI pour espérer conserver ses villes, les socialistes récusent l’idée d’une poussée insoumise, soulignant que le PS restera « la première force de gauche » au niveau local. En même temps, le PS assume les fusions avec les listes LFI. Une stratégie que les opposants à la direction d’Olivier Faure jugent « illisible ».
François Vignal

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Dimanche soir, une bataille sourde s’est ouverte à gauche. Celle « du récit ». Entre Le PS et LFI, nouveaux alliés de circonstance dans une série de villes où les listes ont fusionné localement, la bataille continue malgré tout. Elle porte sur la lecture et les enseignements du premier tour des municipales. Avec une question simple au fond : qui a gagné ?

« C’est quelque chose d’assez courant chez les trotskystes, quand on perd une élection, on dit qu’on la gagne »

Fort de leurs poussées, voire de leurs bons scores, parfois devant le PS, dans plusieurs grandes villes et villes moyennes, les amis de Jean-Luc Mélenchon avaient le sourire dimanche. Mais du côté du Parti socialiste, on s’efforce depuis de contrer l’idée que LFI ressortirait renforcé du scrutin.

« C’est quelque chose d’assez courant chez les trotskystes. Quand on perd une élection, on dit qu’on la gagne », pointe du doigt un haut responsable du Parti socialiste ce mercredi. Dans les rangs du parti, on appelle à se méfier de la stratégie du leader insoumis. « Il utilise les municipales pour pouvoir dire, « vous voyez bien que la gauche ne peut pas exister sans moi ». Car tout ce qui l’intéresse, c’est de préparer la présidentielle. Et il sera content de dire, « vous voyez, le PS est obligé de faire alliance avec moi, car ce sont des vendus » », décrypte une sénatrice.

« LFI dépasse le PS que dans 9 villes »

Comme aiment dire certains sénateurs, « c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses ». En l’occurrence, c’est au soir du second tour qu’il faudra faire les comptes. « A la fin, combien de villes aura LFI ? Ça se comptera sur le doigt de la main. Et le PS ? On restera la première force de gauche sur ces municipales », soutient un sénateur PS. ¨

Pour remettre en perspective les résultats, du côté de la direction du Parti socialiste, on n’a pas attendu dimanche prochain et on a commencé à faire les totaux. On donne volontiers quelques chiffres, issus du premier tour. « 704 communes ont été remportées dimanche », précise-t-on. De quoi bel et bien rester « la première force de gauche », avec « 6.801 conseillers municipaux PS » déjà élus. Dans les villes de plus de 20.000 habitants, « 28 villes ont été gagnées dimanche ». Autre chiffre : « LFI dépasse le PS que dans 9 villes », dont Toulouse et Limoges bien sûr, mais aussi Fougère, Alès, Argenteuil ou Poitiers.

« 3,6 %, le score réel de LFI »

Autre argument, déjà avancé par le secrétaire général du parti, Pierre Jouvet, dès lundi matin sur BFM TV : LFI recule en réalité. « Ils sont en régression si on compare à la présidentielle 2022 (21,95 %, ndlr) et aux européennes (9,98 %) », remarque un cadre socialiste, qui s’est amusé à calculer le poids national de LFI, en se basant sur le nombre de voix, pour ce premier tour : « 3,6 %, le score réel de LFI ». Sans donner celui du PS, et quitte à mélanger un peu les scrutins, qui entre une présidentielle et les municipales, n’ont pas grand-chose à voir en termes de candidats, dynamiques, enjeux nationaux et locaux. Mais la présentation permet de montrer un recul des insoumis.

Si le PS restera, à n’en pas douter, la première force de gauche pour les municipales, après le second tour, reste que la réalité des chiffres montre pour les grandes villes la percée des insoumis. C’est la nouvelle réalité locale à laquelle doit faire face le PS. Là où avant, les socialistes s’alliaient au second tour avec leurs alliés traditionnels des écologistes et des communistes, c’est maintenant sur LFI que le PS doit compter pour sauver certaines villes, comme à Brest, Nantes, Clermont-Ferrand ou Avignon. Pire : à Toulouse et Limoges, c’est le PS qui devient la force d’appoint, en s’alliant à LFI, arrivée en tête de la gauche, pour espérer prendre la ville à la droite. Sans parler de la surprise de Lille, où LFI a fini très haut, donnant des sueurs froides au PS, qui s’est finalement allié aux Ecologistes, qui se sont divisés sur le choix d’alliance. Bref, les socialistes avaient sûrement rêvé d’un autre entre-deux-tours.

« Ces municipales peuvent conduire à une poignée de sénateurs LFI, mais plutôt lors du scrutin de 2029 »

S’il faudra attendre le second tour pour faire les calculs, l’implantation locale dont va bénéficier LFI pourrait aussi permettre au parti de Jean-Luc Mélechon, jusqu’ici absent du Sénat, après avoir fait l’impasse sur les municipales de 2020, d’avoir ses premiers sénateurs LFI. Après la victoire de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, la probable victoire de Roubaix, dans le Nord, et les éventuelles victoires de Toulouse et Limoges, il faudra regarder de près le nombre de grands électeurs. Au PS, certains y pensent déjà, et n’excluent pas une arrivée des insoumis sur la moquette rouge de la Haute assemblée. « Ces municipales peuvent conduire à une poignée de sénateurs LFI, mais plutôt lors du scrutin de 2029 (où l’Ile-de-France sera renouvelable, ndlr) qu’en septembre 2026 », avance un sénateur PS. Reste à voir si cela se fera au détriment du groupe socialiste.

Du côté des soutiens du premier secrétaire, Olivier Faure, on ne nie quand même pas « la réalité LFI, elle existe. L’implantation de LFI est faite dans un certain nombre d’endroits. On ne peut pas dire le contraire », reconnaît un fidèle du numéro 1 du PS. « Mais elle est très marginale », ajoute-t-il aussitôt, constatant que « le bloc de gauche non mélenchoniste a largement surpassé le bloc mélenchoniste ». Voyant une recomposition qui se joue, ou plutôt qui continue, un responsable du parti ajoute, 2027 dans le viseur :

 C’est le leadership politique de la gauche qui est en train de se jouer. 

Un responsable du Parti socialiste.

« Il y a des gens très bien à LFI, tout n’est pas à jeter »

L’autre conséquence de ces scores de LFI, qui ont conduit à une dizaine de fusions techniques et parfois politiques, c’est la cohérence du message. Le bureau national du PS avait exclu tout accord national avec LFI, sans fermer la porte à quelques accords locaux, si les insoumis montraient patte blanche, alors que la direction du PS avait dénoncé les propos « antisémites » de Jean-Luc Mélenchon durant la campagne. Aujourd’hui, Olivier Faure assume les accords noués localement. « Là où on n’est pas en tête, ce sont des accords techniques. Là où nous sommes derrières, des accords politiques », résume un pro Faure, qui soutient que ne pas fusionner aurait été un mauvais choix : « Ça aurait pu être une option, mais ça validerait une thèse qu’on ne veut pas : que ce sont des électorats irréconciliables ».

Dans le parti, on entend faire la part entre les insoumis fréquentables, et les autres. « On l’a toujours dit, il y a des gens très bien à LFI. Tout n’est pas à jeter. Le problème de LFI, c’est Mélenchon », soutient un sénateur PS. « Il faut détacher Mélenchon et son entourage toxique, des électeurs et même des cadres locaux de LFI et militants de terrains, qui sont des gens de gauche qui ne sont pas dans ce schéma », ajoute une sénatrice.

« Ce que fait le PS est nationalement illisible »

Chez les amis d’Olivier Faure, certains estiment que c’est la ligne des pourfendeurs de LFI, à l’image de François Hollande, qui sort aujourd’hui perdante de la séquence. Car le PS doit composer avec les insoumis. « La droite du parti, dont certains font aujourd’hui des accords techniques avec LFI, a aidé à diaboliser tout accord de deuxième tour avec LFI », pointe du doigt une parlementaire PS.

Mais chez les opposants internes à la direction du PS, on pointe au contraire ce qui apparaît à leurs yeux comme un grand écart. « Ce que fait le PS est nationalement illisible. Olivier Faure avait à peine dit qu’il n’y aurait pas d’accord national, qu’il a encouragé, ou a totalement couvert, une multiplication d’accords locaux. Et notamment chez la numéro 2 du parti, Johanna Rolland, à Nantes », dénonce ce socialiste, qui défend depuis longtemps une ligne anti-insoumis. Il doute même du calcul politique. « Fusionner avec LFI, ce n’est pas seulement une addition, c’est aussi une soustraction, car il y a des électeurs de gauche ne votant pas pour une liste fusionnée », pense ce parlementaire PS, qui ajoute : « Je ne peux pas voter pour des antisémites ». Pour le moins critique de la situation, il estime que « si les grands principes, aussitôt affirmés, sont démentis par les faits, c’est que les mots n’ont plus de sens ». Mais d’un récit à l’autre, l’histoire change vite parfois.

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Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». 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