Ecartelée entre opposition et soutien à la maire socialiste Anne Hidalgo, La République en marche est peu à peu obligée de clarifier ses ambitions dans une politique parisienne chamboulée, en structurant son programme et ses troupes.
Pour l'instant, le panorama politique parisien baigne dans un épais brouillard, à part pour de rares initiés.
"C'est une période de transition, c'est pour ça que ce n'est pas très lisible", explique le député (LREM) de Paris Pacôme Rupin.
Le député LREM de Paris Pacôme Rupin, à l'Assemblée nationale, le 23 juin 2017
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Source de confusion, l'émergence d'Emmanuel Macron a fait bouger les lignes dans la majorité comme dans l'opposition municipales.
Adversaires d'hier, de droite comme de gauche, se retrouvent désormais bras dessus bras dessous pour appuyer l'action du chef de l'Etat. Sans pour autant pouvoir créer un groupe commun au sein du Conseil de Paris, le parti présidentiel ayant fait passer une consigne stricte en ce sens.
"Il ne faut surtout pas qu'on mette un doigt là-dedans", confirme un député macroniste parisien quand M. Rupin abonde qu'il n'y verrait "pas de logique du moment où En Marche n'était pas présent lors de l'élection en 2014".
Dans ce curieux entre-deux, les macronistes parisiens ont trouvé des palliatifs.
Un groupe "Démocrates et progressistes" a vu le jour au Conseil de Paris, réunissant cinq membres dont le sénateur LREM Julien Bargeton et la députée LREM Anne-Christine Lang, anciennement socialistes.
Ce groupe a essaimé dans certains conseils d'arrondissement (4e, 18e, 20e; en gestation dans les 13e et 16e) et s'est inscrit dans la majorité municipale, "tout en conservant une distance critique", explique un de ses membres.
La députée LREM Anne-Christine Lang, à l'Assemblée nationale, le 19 juin 2017
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Parallèlement, le groupe de droite "Parisiens progressifs, constructifs et indépendants" s'est rapproché du parti présidentiel, dans le sillage de Jérôme Dubus, élu du 17e, et Marie-Laure Harel, proche de Nathalie Kosciusko-Morizet et élue du 3e.
Celui-là est clairement dans l'opposition à Mme Hidalgo... et donc à l'autre groupe macroniste, même s'ils ont déposé des "voeux" communs lors du dernier conseil de Paris.
Julien Bargeton tête de liste de la LRM pour les sénatoriales, le 14 septembre 2017 à PAris
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"Il y a une forme d'ambiguïté car on est obligé de s'inscrire dans l'opposition ou la majorité. Statutairement, on n'a pas la possibilité d'être ailleurs ou nulle part", déplore un membre du groupe "Démocrates et progressistes".
"Nous sommes sur une ligne politique extrêmement claire: c'est de défendre les textes du gouvernement dans ses déclinaisons parisiennes", ajoute cette même source en évoquant notamment les décisions sur "le logement, la politique migratoire".
- Hidalgo recentrée ? -
Le positionnement des marcheurs parisiens est compliqué par l'attitude ambivalente de Mme Hidalgo face au chef de l'Etat. Autrefois auteure de sorties virulentes contre M. Macron, mais désormais cernée de députés LREM et d'alliés hésitants à virer de bord, elle semble avoir adouci son discours.
Est-elle favorablement étonnée par M. Macron ? "Absolument et sur plusieurs points", a-t-elle répondu samedi sur Public Sénat, en saluant son "écoute" et son statut de "leader sur les questions de changement climatique".
"Il m'a dit: +Heureusement que tu as fais ce que tu as fait sur la lutte contre la pollution à Paris parce que si tu n'avais pas fait ça on le paierait un jour en terme d'attractivité de la ville+", s'est-elle encore targuée.
"Peut-être a-t-elle réfléchi à un recentrage de son positionnement", grince un parlementaire LREM parisien, en remarquant que Mme Hidalgo n'était "pas dans une situation facile" et que le problème était désormais de savoir qui à Paris "n'est pas Macron-compatible".
Afin de se démarquer clairement, LREM mise sur l'écriture d'un programme pour les municipales de 2020.
"On va mettre tout à plat et essayer de bâtir une plateforme programmatique qui s'appellera +Paris demain+", explique un député.
"On a un certain nombre d'axes à creuser", poursuit Philippe Zaouati, référent LREM dans la capitale, énumérant "la gouvernance, le lien avec la métropole - se reposer la question de l'attractivité économique, quel narratif pour Paris ? Et l'efficacité du service public dans une grande ville monde comme Paris".
"Il faut qu'on garde notre méthode, en commençant par faire de bons diagnostics, un travail le plus capillaire possible, que les marcheurs aillent dans les conseils de quartier, d'arrondissement", appelle de son côté un autre parlementaire LREM.
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