Au soir du premier tour des municipales, le Parti socialiste arrive en tête dans de nombreuses villes (voir la carte des résultats, comme par commune). Mais ces résultats parfois flatteurs sont en trompe-l’œil, car en réalité, beaucoup reste à faire et l’incertitude est de mise, dimanche soir. Avant de se réjouir, le PS devra attendre le second tour. Avec comme clef la poussée de LFI dans plusieurs villes, à laquelle le Parti socialiste doit faire face.
En prenant la parole, peu avant 21 heures, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, n’a pas hésité à faire la liste des grandes villes où le PS sort premier, histoire de rappeler le poids local du PS, qui reste bien implanté dans de nombreux territoires.
« Faire face à la convergence brutale de l’extrême droite et une part croissante de la droite »
« A Paris, Marseille, Toulouse, Nantes, Rennes, Rouen, Montpellier, Nancy, Lille, Villeurbanne, Le Mans, Saint-Etienne, Amiens, Avignon, Blois, Dijon, Saint-Denis et tant d’autres, nous sommes en tête et en mesure de l’emporter au second tour », se félicite Olivier Faure, qui salue aussi « la victoire des 350 maires socialistes qui ont été réélus, de Saint-Denis de La Réunion à Lens ».
Conformément à la ligne mise en avant depuis quelques semaines, le numéro 1 du PS entend placer son parti comme le rempart face au RN. « Ce soir, l’extrême droite continue de progresser très fortement, et instille son poison jusqu’au cœur d’une droite de moins en moins républicaine. Le macronisme n’existe plus comme force national. Seul le rassemblement de la gauche démocratique et des écologistes a désormais la capacité de faire face à la convergence brutale de l’extrême droite et une part croissante de la droite », imagine Olivier Faure.
« La marche de l’extrême droite vers l’Elysée n’a rien d’inéluctable. Seule la résignation est fatale », lance encore le député de Seine-et-Marne. Celui qui pourrait caresser quelques espoirs pour la présidentielle, s’imaginant jouer un rôle central à gauche, ajoute :
Le PS bien placé à Rennes, Montpellier, Rouen ou Saint-Etienne
Certes, le PS a de quoi se réjouir à Rennes, avec la sortante Nathalie Appéré, largement en tête, à Montpellier, avec le sortant Michaël Delafosse, Rouen, où Nicolas Mayer-Rossignol, opposant d’Olivier Faure lors du dernier congrès, devrait conserver aussi sa mairie. A Saint Etienne, le candidat socialiste, Régis Juanico, arrive en tête et pourrait gagner la cité où les héritiers de l’ancien maire, Gaël Perdriau, ont été balayés.
Mais avec des listes LFI en capacité de se maintenir dans plusieurs villes, voire qui réalisent de très hauts scores surprises, le PS n’a pas de quoi voir toute la vie en rose, ce soir. Car à y regarder de près, les socialistes vont devoir batailler dans plusieurs communes. Ou pire pour eux : devoir conjuguer avec LFI.
A Marseille, Sébastien Delogu « tend la main » à Benoît Payant, qui ne fera « aucune négociation de couloir »
A Paris, le candidat PS Emmanuel Grégoire est arrivé en tête (37,7 %), devant la candidate LR Rachida Dati (25,5 %), mais il doit faire avec l’insoumise Sophia Chikirou et ses 12 %, qui n’a eu de cesse de le pilonner durant la campagne. Face au risque de voir la droite s’imposer, « Emmanuel Grégoire ne peut pas jouer avec l’avenir de Paris », a prévenu la candidate LFI, menaçant de se maintenir, si le socialiste ne lui tend pas la main : « S’il ne veut pas d’une telle convergence pour barrer la route à la droite et à l’extrême droite au second tour pour faire un front antifasciste, je le dis tout aussi clairement, je déposerai la liste du Nouveau Paris populaire demain soir ». « Seule la liste que je conduis peut l’emporter face au danger bien réel » de la droite et de l’extrême droite, a affirmé de son côté Emmanuel Grégoire, sans évoquer la liste LFI. Ces deux-là ne feront certainement pas liste commune.
A Marseille, le maire sortant Benoît Payant, proche du PS, arrive d’un cheveu en tête (35,6 %), devant le candidat RN, Franck Allisio (35,1 %). Le candidat LFI Sébastien Delogu (12,4 %), tend ce soir « la main à l’ensemble des composantes du Printemps marseillais et à leur candidat, Benoît Payan », afin de mener « à la constitution d’un front antifasciste » contre le RN. « Je ne ferai aucune négociation de couloir, je ne ferai aucune tambouille », réplique, vers minuit, le maire sortant…
A Lille, LFI talonne le PS, à Toulouse, les insoumis devancent les socialistes
Surprise à Lille, où la liste LFI de Lahouaria Addouche talonne le successeur de Martine Aubry, le maire PS Arnaud Deslandes, arrivé de peu en tête, la liste écolo de Stéphane Baly et ses 16,5 % détenant la clef du second tour, ouvrant, sur le papier, la possibilité d’une victoire insoumise dans ce bastion socialiste. A Toulouse, la ville rose va-t-elle devenir rouge ? Ici, la situation est pire pour le PS. Car le candidat LFI, François Piquemal (28,3 %), devance largement le candidat PS François Briançon (24,1 %), alors que le maire ex-LR Jean-Luc Moudenc est en tête avec 36,9 %. La pression est sur les socialistes. A Limoges, où le candidat LR Guillaume Guérin est arrivé en tête (37,3 %), le candidat LFI, Damien Maudet, obtient 24,9 % et devance là aussi le candidat PS, Thierry Miguel (16,9 %) dans ce bastion historique du PS.
A Clermont-Ferrand, autre place forte socialiste depuis la libération, le candidat LR Julien Bony a créé la surprise en arrivant en tête. Il recueille 33,95 % des voix contre 29,99 % au maire sortant PS, Olivier Bianchi, tandis que la députée LFI Marianne Maximi obtient 17,01 % des suffrages. A Nantes, la maire PS Johanna Rolland (35 %) devance de peu le candidat LR, Foulques Chombart de Lauwe (33,1 %). Le candidat LFI fait 12 %.
Fort des bons scores de ses candidats, le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, n’a pas manqué de saluer « une magnifique percée » de son mouvement, appelant la gauche à saisir « la main tendue » de LFI afin de « former un front unique et mettre en échec la droite et l’extrême droite ». Si tu reviens, j’oublie tout, en somme.
« Jean-Luc Mélenchon n’a pas la capacité de mener la gauche vers la victoire et de barrer la route à l’extrême droite »
Semblant ne pas voir certains bons scores insoumis, et alors que la campagne a été marquée par les tensions avec LFI et son leader, le premier secrétaire du PS soutient qu’« à gauche, la stratégie de conflictualisation de Jean-Luc Mélenchon a montré ses limites. Il n’a pas la capacité de mener la gauche vers la victoire et de barrer la route à l’extrême droite ».
« En conséquence, au premier comme au second tour, il n’y aura pas d’accord national entre le PS et LFI », répète Olivier Faure, comme l’a fixé le bureau national du PS durant la campagne. « Je demande aux socialistes de rassembler dans la clarté et de veiller au respect de nos principes et de nos valeurs », ajoute le numéro 1 du PS, qui n’évoque pas la possibilité d’accord, au cas par cas, entre listes PS et LFI. Fin janvier, le secrétaire général du PS, Pierre Jouvet, un proche d’Olivier Faure, avait affirmé qu’il y aurait « peut-être » des accords de second tour avec LFI « dans certains endroits ». Mais après que le PS a dénoncé des propos « antisémites » de Jean-Luc Mélenchon, ce cadre socialiste avait apporté une condition à d’éventuels accords locaux avec LFI : que les militants insoumis « se désolidarisent des propos de Jean-Luc Mélenchon ». Bon courage… Si des listes désirent fusionner, elles ont jusqu’à mardi, 18 heures, pour déposer la nouvelle liste en préfecture. Les 48 prochaines heures risquent d’être intenses.