Paris: Olivier Faure convention municipales 2026
Convention du PS sur les municipales à la Mutualité, à Paris, le 8 février. Crédits : ISA HARSIN/SIPA

Municipales : le PS fait du scrutin un « enjeu majeur » dans la bataille du leadership face à LFI

Le Parti socialiste, qui détient plusieurs grandes villes, à commencer par Paris, où « ça va être chaud », présente 2500 listes pour les élections municipales. Uni avec les Ecologistes dans plusieurs communes, le parti fait face aux listes LFI, qui attaquent les socialistes sans hésiter. Au-delà de l’enjeu de conserver ses villes et quelques gains possibles, à Saint-Etienne ou Amiens, le numéro 2 du PS, Pierre Jouvet, espère montrer avec le scrutin « la possibilité de construire l’alternative politique dans le pays ».
François Vignal

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Pour les municipales, le PS joue gros à plus d’un titre. Pour le parti, qui reste solidement ancré localement, l’élection reste un moment fort. A l’inverse des scrutins nationaux devenus compliqués, le Parti socialiste a de beaux restes localement. Il entend bien conserver ses villes, à commencer par Paris. Mais à un an de la présidentielle, ses responsables font aussi de ce scrutin un enjeu national, plus que lors des précédentes municipales.

« L’une des élections les plus structurantes »

« C’est une élection extrêmement importante pour nous. J’ai toujours considéré que les élections municipales étaient, après la présidentielle, l’une des élections les plus structurantes pour le pays », explique Pierre Jouvet, secrétaire général du PS. « C’est un enjeu majeur car ça a toujours été pour nous la première marche vers une conquête nationale. Quand les municipales se passent bien, souvent, il y a un bon espoir derrière », ajoute de son côté Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat, qui rappelle le poids de l’enracinement de ce socialisme municipal : « On gère une centaine de villes de plus de 30.000 habitants et un tiers des villes de plus de 100.000 habitants ». Mais forcément, quand on part de haut, « on a beaucoup de choses à perdre », reconnaît l’ancien ministre de François Hollande, qui « espère » cependant « garder les villes socialistes et avoir quelques victoires potentielles ».

Dans cette élection, le PS revendique avoir « déposé environ 2500 listes avec une tête de liste socialiste, étiquetée en tant que telle, toutes tailles de communes confondues. Ça inclut les listes avec les partenaires. C’est un tout petit plus qu’en 2020, mais on est dans le même étiage. On reste la force politique qui, à gauche, en dépose le plus », se félicite Pierre Jouvet. Dans de nombreuses villes, la gauche avance unie, dès le premier tour, à l’exception de LFI, qui présente ses listes un peu partout, on va y revenir.

« Moment de recomposition du paysage politique »

Fort de cette union, « la gauche et les écologistes rassemblés sont en mesure de gagner partout dans le pays », espère Pierre Jouvet. « Si on finit, le 23 mars, en dirigeant Paris, Lyon, Marseille et Toulouse, ce ne sera pas rien dans le paysage politique national. Et ce sera révélateur de la possibilité de construire l’alternative politique dans le pays, et pour dire aux Français qu’il y a un autre chemin possible. C’est aussi un moment de recomposition du paysage politique », imagine le numéro 2 du PS.

Reste des cas, comme Lille, où une liste écologiste conteste le maire PS sortant, Arnaud Deslandes, ou à l’inverse à Strasbourg, où la socialiste Catherine Trautmann devance dans les sondages la maire écolo, Jeanne Barseghian. Pierre Jouvet minimise. L’union est dans « 90 % des villes. Il y a quelques cas où les écologistes sont face à nous. On travaille pour qu’on soit rassemblés au deuxième tour », assure le secrétaire général du parti.

Les gains espérés : Amiens, Saint-Etienne, Limoges ou Toulouse

Dans ce scrutin où des surprises sont possibles, le numéro 2 du PS détaille les ambitions du parti. « L’objectif politique, c’est le maintien des acquis politiques qu’on a : dans les grandes villes, Paris, Marseille, Rennes, Nantes, Nancy, Montpellier, Brest. Et les conquêtes électorales qu’on espère : Amiens, Saint-Etienne, Limoges ou Toulouse, qui on le sait bien, sera l’élection sans doute la plus disputée au deuxième tour », énumère Pierre Jouvet. Celui qui est aussi eurodéputé ajoute « dans les gains possibles », être « très attentif aussi sur ce qu’il se passe à Montauban, où on a une très bonne tête de liste PS qui pourrait faire basculer cette mairie qui avait basculé à l’UDR. Nous aurons un regard très particulier sur ce qu’il se passe à Auxerre, où notre tête de liste PS fait une belle campagne ».

Et bien sûr, le scrutin aura un impact de fait majeur sur les sénatoriales de septembre prochain, où la moitié des sièges du Sénat sera renouvelée. Pour rappel, le corps électoral des sénatoriales est composé à 95 % des conseillers municipaux. « Dans les 63 départements concernés par le renouvellement, on va regarder ça de près », souligne Patrick Kanner qui prédit qu’« il n’y aura pas de grande vague, on a commencé à faire des simulations ». Le président du groupe PS « pense qu’il n’y aura pas de renversement de majorité ». Mais selon les résultats, son groupe pourra grandir, comme perdre des sièges.

« Ça va être chaud à Paris »

Les 15 et 22 mars, tous les regards seront bien sûr tournés vers Paris, où la victoire n’est pas assurée pour le candidat PS/Les Ecologistes/PCF, Emmanuel Grégoire, face à la candidate LR, Rachida Dati, avec l’insoumise Sofia Chikirou qui ne cesse d’attaquer le socialiste. En cas de maintien au second tour, elle peut faire perdre Emmanuel Grégoire, comme le montre le dernier sondage Ifop, qui le donne perdant dans six hypothèses sur huit. « Comme toujours, Paris va être une bataille politique très serrée, jusqu’au bout. Mais comme à Marseille, on est dans un moment où il y a deux choix : soit Grégoire, soit Dati. Chacun doit prendre ses responsabilités », avance Pierre Jouvet. Ce proche d’Olivier Faure défend la ligne du candidat, dont certains pointent le manque d’impact. « Emmanuel Grégoire a fait le choix d’une campagne d’hyperproximité, qui va parler au plus proche des Parisiens. Il n’a pas fait le choix du grandiloquent mais de l’action concrète. C’est le maire des Parisiens, parmi les Parisiens », soutient Pierre Jouvet. Patrick Kanner reconnaît que la partie est périlleuse. « Bien sûr que ça va être chaud à Paris. Mais Emmanuel Grégoire est dans la clarté », souligne le sénateur du Nord, qui ajoute :

 La perte de Paris serait un coup de tonnerre. Mais il tombera ailleurs. 

Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat.

Marseille, où le maire Benoît Payan, très proche du PS, doit faire face au RN Franck Allisio, sera aussi scruté. Avec des enjeux qui dépasseront la seule Cité phocéenne. « Il y aura une attention particulière sur Marseille. Est-ce que le pays peut basculer demain à l’extrême droite ? Ça va être une forme de test. Si Marseille venait à basculer à l’extrême droite, ce que je ne crois pas, le RN voudra en faire une forme de laboratoire de ce que serait une victoire possible du RN. Ça va être un enjeu national pour la suite », pense Pierre Jouvet.

« Fusion des droites à bas bruit »

Le mot d’ordre que donnera à Marseille le président des LR, Bruno Retailleau, sera surveillé. Mais le PS dénonce déjà des candidats LR, ou proches du parti, qui font liste commune avec l’extrême droite. « Il y a au-delà de 150 cas », avance Pierre Jouvet.

« En fait, LR a une propension à planquer ses candidats derrière des divers droite. On observe dans beaucoup d’endroits des divers droite, soutenus par LR, avec des RN sur la liste. On voit une forme de porosité entre droite et extrême droite dans les territoires ruraux et périurbains, comme à Dijon, où la liste LR est soutenue officiellement par Reconquête, ou à Montluçon », soutient le numéro 2 du PS, qui tient une conférence de presse sur le sujet ce mercredi. Il dénonce « une fusion des droites à bas bruit ».

« Arriver à être à la fois le rempart et l’alternative à l’extrême droite »

A gauche, c’est bien l’image de rempart, face à l’extrême droite, que la direction du PS entend défendre et disputer à LFI. « Tout le monde devra prendre ses responsabilités au soir du premier tour. C’est une élection structurante pour le pays, à un an de la présidentielle, où le danger réel est de voir la progression de l’extrême droite, qui se sert des municipales comme d’un tremplin pour 2027. La question, c’est comment on arrive à être à la fois le rempart et l’alternative à l’extrême droite. Chacun devra se poser des questions pour empêcher ou non la victoire de l’extrême droite. Chacun sera jugé au regard de ses responsabilités. Et Marseille sera un bon indicateur », prévient le responsable du PS.

Et si LFI se maintient, comme ça pourrait être le cas à Paris, quitte à empêcher le reste de la gauche de gagner, le PS renverra la balle sur les amis de Jean-Luc Mélenchon. « Ils seront mis face à leurs responsabilités. Est-ce qu’ils préfèrent voir la droite et l’extrême droite reprendre des villes, plutôt que voir des socialistes et des écologistes rassemblés les conserver ? » interroge l’eurodéputé.

« Conte pour enfants »

Au plan national, le PS a coupé les ponts avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, dénonçant ses propos antisémites lors d’un meeting des municipales, et assurant qu’il n’y aurait pas d’accord national au deuxième tour. Mais fin janvier, avant la dernière polémique, Pierre Jouvet avait affirmé qu’il y aurait « peut-être » des accords de second tour avec LFI « dans certains endroits ». Interrogé la semaine dernière sur Public Sénat, le responsable du PS ne fermait pas la porte à une alliance à Toulouse entre les listes de François Briançon (PS) et celles de François Piquemal (LFI), mais il y apportait une condition : que ce dernier « se désolidarise des propos de Jean-Luc Mélenchon ». L’eurodéputé appelait aussi « les militants et les élus insoumis qui sont abasourdis par les propos de leur leader politique à se désolidariser et à en tirer les conséquences ».

Mais Patrick Kanner n’y croit pas une seconde. « Dire que des candidats LFI se désolidarisent de leur chef, c’est un conte pour enfants », lâche le patron des sénateurs PS. Reste que le coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard, a envoyé dimanche un petit signe d’ouverture, en appelant à « un front antifasciste » et à des « fusions techniques » des listes de gauche au second tour, s’il s’avère nécessaire d’empêcher la victoire de candidats de droite et d’extrême droite. « Les accords techniques, je ne sais pas ce que c’est. Le seul accord technique qui existe pour moi, c’est le désistement », rétorque Patrick Kanner, qui pointe l’attitude des insoumis : « A Paris, Lille, Montpellier, ils nous injurient en permanence. Et de l’autre côté, il y a des LFI qui disent finalement, pourquoi pas une alliance. Non, ce n’est pas possible ». Au passage, l’ancien ministre de la Ville « regrette la soixantaine d’accords de premier tour entre le PS et LFI. On s’en serait bien passé », maugrée celui qui appelle « à la clarté. Ce sera utile pour la présidentielle ». Une élection peut en cacher une autre.

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