Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
Sarah Knafo. Photograph by Chang Martin/Sipa Press.//CHANGMARTIN_2026_03_09_CHANG_MARTIN_R62_8517/Credit:Chang Martin/SIPA/2603101103

Municipales : le retrait calculé de Sarah Knafo recompose le jeu à Paris

Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.
Emma Bador-Fritche

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Jusqu’au bout, Sarah Knafo aura tenté d’exister dans l’entre-deux tours. Cinquième à l’issue du premier scrutin, elle avait proposé une alliance à Rachida Dati. Une main tendue restée sans réponse. Dès le début de la campagne, la candidate Les Républicains avait pourtant fermé la porte à toute entente avec le parti d’Éric Zemmour. « Il n’y avait pas de surprise, cela avait été très clair », insiste Nelly Garnier, porte-parole de Rachida Dati, sur franceinfo, rappelant la ligne fixée dès le premier tour. Face à ce refus et à l’alliance scellée entre Rachida Dati et le centriste Pierre-Yves Bournazel, Sarah Knafo s’est résolue à trancher : « J’ai décidé d’être plus intelligente qu’eux », a-t-elle lancé dans Le Parisien, dénonçant « la droite la plus bête du monde ». Son retrait réduit désormais la compétition à trois candidats : Emmanuel Grégoire pour la gauche, Rachida Dati à droite, et l’insoumise Sophia Chikirou.

Un calcul électoral incertain

Sur le papier, l’opération pourrait bénéficier à la droite. L’addition des voix du premier tour laisse entrevoir un potentiel rattrapage pour Rachida Dati face à Emmanuel Grégoire. L’hypothèse d’un maintien faisait en effet peser une menace claire. : « Si elle s’était maintenue et que Rachida Dati avait été battue, elle aurait été immédiatement désignée comme responsable », analyse Stéphane Zumsteeg, directeur du département politique et opinion à l’institut de sondage Ipsos BVA. Dans une configuration où les reports de voix restent incertains, une partie seulement de son électorat, « un à deux points au mieux », aurait pu se reporter sur la candidate LR, tandis qu’une autre fraction serait restée fidèle ou se serait abstenue. « Vous appelez au rassemblement des droites et vous faites perdre la droite ? » interroge le chercheur : l’argument aurait été imparable.

D’autre part, la question des sièges rendait le maintien encore plus risqué. Avec le nouveau mode de scrutin, une prime importante est accordée à la liste arrivée en tête (25 % des sièges), ce qui réduit fortement le nombre de sièges attribués à la proportionnelle. Or, dans la dynamique du second tour, le vote utile aurait probablement joué contre elle : « Le report ne sera pas automatique » analyse Antoine Macé, chercheur au CNRS. « Avec la dynamique du second tour, elle risquait de passer sous les seuils lui permettant de peser à l’avenir, notamment en vue des sénatoriales », note Vincent Merlin. Elle aurait ainsi pris le risque non seulement de perdre en influence immédiate, mais aussi de compromettre sa capacité à obtenir des élus.

Un « sacrifice » assumé et disputé

En interne, la décision ne fait pas consensus. « La plupart des gens sur la liste étaient favorables au maintien », reconnaît Samuel Lafont. Même constat chez René Boustany, colistier sur la liste de Sarah Knafo : « On s’est retrouvés face à un mur. Il fallait choisir : se maintenir et être accusés de faire perdre la droite, ou se retirer pour battre la gauche. » Le choix est présenté comme un renoncement coûteux : « Elle a renoncé à des élus et à un groupe au Conseil de Paris. C’est un sacrifice », insiste-t-il. Une lecture que partage en partie Stéphane Zumsteeg, qui évoque « une dimension sacrificielle au nom de l’intérêt des droites ». En se retirant, Sarah Knafo construit une image de responsabilité politique, tout en se protégeant d’un scénario défavorable.

Une stratégie tournée vers l’avenir

En se retirant, Sarah Knafo tient la ligne qu’elle avait martelée pendant sa campagne : « Jamais je ne ferai perdre la droite ». Mais ce geste pourrait aussi s’inscrire dans une stratégie plus large. Dans l’entourage d’Emmanuel Grégoire, certains y voient une manœuvre de positionnement. « Se présenter comme la sauveuse de la droite pour préparer 2027 », glisse un proche du candidat socialiste. L’intéressée assume en partie cette lecture, affirmant vouloir « choisir le moindre mal » entre Rachida Dati, « qui n’est pas [son] idéal », et la gauche. « Quel que soit le résultat, elle s’y retrouve », résume Stéphane Zumsteeg. Si Rachida Dati l’emporte, Sarah Knafo pourra revendiquer l’apport décisif de ses électeurs. Si elle échoue, la défaite sera imputée à la candidate LR, « à sa ligne ou à sa personnalité jugée clivante », et non à une division de la droite. Dans cette logique, le retrait apparaît comme une décision « très bien jouée », selon l’analyste : un moyen de maximiser ses gains politiques tout en minimisant les risques. Au-delà du scrutin, le geste de Sarah Knafo porte un message politique plus large. « Elle fait passer l’idée que l’union des droites est inévitable », analyse Stéphane Zumsteeg. Faute d’accord formelle, elle en esquisse une version indirecte, en se retirant pour peser autrement.

Une équation encore ouverte

Reste une inconnue majeure : le comportement des électeurs. Dans le 16ᵉ arrondissement, où Sarah Knafo réalise l’un de ses meilleurs scores, la réélection dès le premier tour du maire sortant pourrait démobiliser une partie de son électorat. « Les électeurs sont libres, ils voteront en conscience », rappelle René Boustany, tout en assurant que leur objectif reste « l’alternance à Paris ». « Il y aura des fuites », prévient Stéphane Zumsteeg. Alors est-ce que Rachida Dati a offert à la candidate Reconquête ! quelque chose pour qu’elle renonce à siéger au conseil de Paris ? Dans le camp socialiste, on dénonce une recomposition idéologique : « Rachida Dati porte désormais une alliance entre droite et extrême droite », accuse Lamia El Aaraje. À droite, en revanche, le retrait est perçu comme une opportunité. Mais un cadeau incertain, tant les reports de voix restent imprévisibles. À quelques jours du second tour, une seule certitude s’impose : en se retirant, Sarah Knafo a profondément rebattu les cartes d’une élection plus ouverte que jamais.

 

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