Alors que la campagne s’achève, les élections municipales devraient réserver leur lot de surprises. Pour le premier tour, le nombre de triangulaires et de quadrangulaires sera essentiel. Et selon que les listes fusionnent ou pas, l’issue du second tour en sera changée. C’est avec cette clef qu’il faudra surveiller de près les résultats du premier tour dans de nombreuses villes, comme Paris, que la gauche tente de conserver, ou Marseille. On fait le point sur les enjeux et rapports de force dans les principales villes.
A Paris, la gauche joue gros, avec Emmanuel Grégoire, face à la médiatique Rachida Dati
Le scrutin à Paris s’annonce particulièrement serré. La capitale, détenue par la gauche depuis 2001, va-t-elle rebasculer à droite ? Alors que la maire sortante, Anne Hidalgo, ne se représente pas, la gauche hors LFI a fait l’union dès le premier tour – une première – autour du socialiste Emmanuel Gregoire. Le candidat, dont certains pointent le manque de souffle, préfère jouer sur une image de proximité et de sérieux. En menant une liste PS-Les Ecologistes-PCF-Place Publique-L’Après, il espère créer la dynamique et arriver le plus haut possible, au soir du premier tour. Mais la stratégie a un écueil : elle risque de laisser peu de réserves de voix pour le second tour. D’autant que la candidate LFI, Sofia Chikirou, a passé la campagne à attaquer son concurrent socialiste. Cette proche de Jean-Luc Mélenchon pourrait être en capacité de se maintenir. Dans ce cas, selon les sondages, le danger de défaite sera maximum pour Emmanuel Gregoire.
A droite, Rachida Dati avance telle qu’on la connaît : façon bulldozer. Rien ne l’arrête, dans une campagne commencée à coups de vidéos mises en scène pour les réseaux sociaux. Son socle semble stable et l’ex-ministre de la Culture, personnalité sans doute la plus connue du scrutin, peut espérer l’emporter au second tour. Ce qui serait une grosse bouffée d’air pur pour la droite, mal en point au niveau national. Mais Rachida Dati doit faire face à la candidature de Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons/Renaissance. Alors que le parti présidentiel devait, à l’origine, soutenir Rachida Dati, selon le deal passé avec Emmanuel Macron, Gabriel Attal, patron de Renaissance, en a décidé autrement. Dans une campagne où il peine à percer, selon les sondages, Pierre-Yves Bournazel affirme qu’il ne se ralliera à personne, alors qu’une fusion pourrait assurer la victoire à la droite.
Mais Rachida Dati se retrouve prise en tenailles, car sur son extrême droite, Sarah Knafo a réalisé une percée. La candidate Reconquête, parti d’Eric Zemmour, a su capter la lumière par une campagne très active sur les réseaux sociaux, utilisant l’intelligence artificielle pour mettre en scène un message simple, voire simpliste : la ville heureuse. Mais son discours parle à une partie de l’électorat bourgeois de l’ouest parisien, le même que vise Rachida Dati. Pour le second tour, Sarah Knafo, prête à incarner l’union des droites à l’échelle locale, tend la main à l’ex-ministre, qui l’a jusqu’ici refusée.
A Marseille, le RN rêve de prendre la Cité phocéenne à la gauche
Le résultat des municipales à Marseille sera à suivre à plus d’un titre : l’enjeu local se mêle d’une dimension nationale. Benoît Payan, le maire de gauche proche du PS, à la tête d’une liste d’union de la gauche, hors LFI, doit faire face à la menace du Rassemblement national, avec Franck Allisio. Selon les sondages, les deux hommes pourraient être au coude-à-coude au premier tour. Et pour le parti de Marine Le Pen, une victoire dans la deuxième ville de France serait un signal très fort, à un an de la présidentielle.
Mais comme dans de nombreuses villes, LFI vient se mettre au travers de la route du reste de la gauche, avec Sébastien Delogu. Là aussi, s’il est en capacité de se maintenir, comme le montrent les sondages, sa décision sera peut-être décisive pour l’issue du scrutin. Quant à la candidate LR, Martine Vassal, elle semble jouer en seconde partie de tableau dans ce scrutin marseillais, reléguée loin derrière le RN, selon les études d’opinion. Et là aussi, son maintien ou non pourrait changer beaucoup de choses, dans ce scrutin incertain.
A Lyon, Jean-Michel Aulas peut-il prendre la ville à l’écologiste Grégory Doucet ?
La ville, l’un des symboles de la vague verte du scrutin de 2020, sera-t-elle celui du reflux écolo, six ans après ? Alors que EELV, rebaptisé Les Ecologistes, avait multiplié les victoires dans les grandes villes, le parti de Marine Tondelier n’a plus le vent en poupe. A Lyon, le maire sortant Gregory Doucet a semblé à la peine, d’après les sondages, durant la campagne qui l’oppose à son principal adversaire, un certain Jean-Michel Aulas. L’ancien patron de l’Olympique lyonnais, candidat Renaissance/LR/Horizons/Modem/UDI, jouit de sa très forte notoriété dans la capitale des Gaules.
Mais faire campagne sur un nom et une bonne image suffira-t-il ? Critiqué dans la dernière ligne droite, Jean-Michel Aulas voit l’écart se resserrer en fin de campagne. Selon les derniers sondages, Gregory Doucet réalise une remontada. Attention aux buts de dernière minute, voire aux buts contre son camp.
A Nice, « la campagne la plus dure » entre les deux frères ennemis de la Côte d’Azur, Eric Ciotti et Christian Estrosi
La Côte d’Azur, ton univers impitoyable. Nice est peut-être la bataille des municipales la plus intense, où tous les coups semblent permis. « Nice, c’est quand même la ville où la campagne est la plus dure. Le nombre de plaintes, de signalement, est effarant », confie le sénateur LR Roger Karoutchi, président de la commission nationale d’investiture du parti.
Dans la cinquième ville de France, ce sont justement deux anciens LR, qui se mènent une bataille fratricide. D’un côté, le maire sortant, Christian Estrosi, membre aujourd’hui d’Horizons, parti d’Edouard Philippe. De l’autre, Eric Ciotti, ancien président des LR, qui a trahi son camp pour se rallier au RN, jouant l’union des droites à lui tout seul. Il a créé pour l’occasion sa boutique électorale, l’UDR (Union des droites pour la République). Mais la petite entreprise ciottiste ne semble pas connaître la crise. Car à en croire les sondages, il est loin devant son rival, dont il a été proche pendant longtemps. Eric Ciotti est aujourd’hui en mesure de l’emporter. La fin de campagne tourne mal, avec l’affaire de la tête de cochon retrouvée devant le domicile du sortant, pour laquelle des proches du maire sont mis en cause. Pour tenter de sauver son navire, Christian Estrosi se retrouve à tenter de parler à la gauche, qui pourrait être son salut pour le second tour, quitte à paraître fébrile.
Au Havre, Edouard Philippe joue son avenir politique à la présidentielle
Et si le port du Havre était le terminus pour Edouard Philippe ? Le maire sortant, par ailleurs candidat à la présidentielle, pensait certainement qu’il ne prenait aucun risque, en affirmant il y a des mois qu’il ne serait plus candidat en 2027 s’il perdait sa mairie. Mais depuis, un sondage est venu causer quelques frayeurs au président d’Horizons, en donnant le candidat communiste Jean-Paul Lecoq gagnant. Bien implanté dans sa ville, l’ancien premier ministre pourrait quand même sauver son siège, et pouvoir se concentrer ensuite pleinement sur 2027. Reste qu’une défaite d’Edouard Philippe serait le premier coup de tonnerre d’une campagne présidentielle qui verrait ses cartes rebattues.
Toulon va-t-elle rebasculer à l’extrême droite, avec la députée RN Laure Lavalette ?
C’est l’un des espoirs de conquête du Rassemblement national : Toulon. La ville, qui a déjà été dirigée par le FN, en 1995, a de sérieuses possibilités de passer à l’extrême droite. C’est la députée Laure Lavalette qui mène la liste RN. Cette proche de Martine Le Pen peut compter sur la division de la droite, entre la maire sortante, Josée Massi, qui a succédé à l’ex-maire Hubert Falco, après sa condamnation pour détournement de fonds publics, et le sénateur LR Michel Bonnus. Mais pour le second tour, rien n’est fait. Selon les sondages, il s’annonce serré. La balance peut pencher d’un côté comme de l’autre.
En cas d’élection de Laure Lavalette, ce serait un bon signal pour le RN, à un an de la présidentielle. Mais une défaite dans cette ville, l’une des principales chances de victoire pour le parti, rappellerait encore au RN l’un de ses plus sérieux problèmes : le plafond de verre.
Toulouse basculera-t-elle grâce à un rapprochement entre PS et LFI ?
« Oh Toulouse », chantait Claude Nougaro. Dans la ville rose, le maire sortant ex-LR Jean-Luc Moudenc arrive en tête des sondages, devant le socialiste François Briançon et l’insoumis François Piquemal. Dans une triangulaire, le sortant serait réélu. Mais tout dépendra sûrement de ce qu’il se passe à gauche. Car en cas de fusion entre les listes PS et LFI, la ville pourrait bien redevenir rose (et un peu rouge donc). Mais au niveau national, rien ne va plus entre socialistes et insoumis, notamment depuis que la direction du PS a dénoncé les propos « antisémites » de Jean-Luc Mélenchon. Mais la tentation de se rapprocher, pour gagner, sera là. Le PS a fixé les conditions : il faudra que les insoumis se désolidarisent de leur chef. Ce n’est pas gagné…
A Bordeaux, l’écologiste Pierre Hurmic va-t-il sauver sa tête grâce à la division de la droite et du centre ?
Avec Lyon et Strasbourg, c’est l’autre grande ville conquise par les écologistes en 2020. Le maire sortant, Pierre Hurmic, va-t-il résister ? Il fait face à l’ex-ministre macroniste, Thomas Cazenave, qui espère bien faire de la gestion écologiste et de gauche une parenthèse, dans la cité girondine, traditionnellement dominée par la droite. Mais le député Renaissance doit faire avec la liste de l’économiste Philippe Dessertine, qui vient lui prendre des voix. S’il se maintient au second tour et refuse de fusionner ou de se retirer, il pourrait bien assurer la réélection de l’écologiste Pierre Hurmic.
A Nantes, des sondages (très) contradictoires pour la sortante socialiste Johanna Rolland
Peut-il y avoir une surprise à Nantes ? Dans la ville dirigée par la socialiste Johanna Rolland, deux sondages, totalement contradictoires, sont venus mettre un peu de piment dans un scrutin qui s’annonçait sans accroc. Au point d’interroger sur la fiabilité des sondages pour les municipales. La première étude, commandée par le candidat LR Foulques Chombart de Lauwe et réalisé par Odoxa donne un scénario où la maire PS sortante, Johanna Rolland, créditée de 35 % des voix, est au coude-à-coude avec le candidat LR, donné à 34 %. Le second, commandé par le PS et réalisé par l’Ifop, donne Johanna Rolland au plus haut au premier tour, avec 43 % des voix, contre 26 % pour Foulques Chombart de Lauwe. Une différence qui s’explique « probablement » par « la méthodologie » de chaque institut, nous expliquait Gaël Sliman, président et cofondateur d’Odoxa. Reste que ces résultats ont créé le doute.
Mais la première secrétaire déléguée du PS pourrait garder son fauteuil de maire. Un troisième sondage Cluster117 coupe la poire en deux et donne Johanna Rolland en tête avec 38 %, suivie de Foulques Chombart de Lauwe, à 31 %. Il faudra encore attendre la vérité des urnes.
A Lille, bastion socialiste, un scrutin incertain
Lille sans Martine Aubry. La succession de l’ex-ministre du Travail s’annonce incertaine, dans la capitale des Hauts-de-France. Dans ce bastion socialiste, le maire sortant Arnaud Deslandes est suivi de près, dans les sondages, par le candidat des Ecologistes, Stéphane Baly, suivi de peu par la candidate LFI, Lahouaria Addouche puis la députée Renaissance Violette Spillebout. Une fragmentation qui laisse plusieurs scénarios ouverts, pour le second tour, selon les combinaisons et accords possibles…
Roubaix, principale chance de victoire pour LFI
Dans la ville du Nord, l’insoumis David Guiraud est favori pour remporter la mairie, face à la liste PS/Les Ecologistes /PCF de Karim Amrouni et le maire sortant Renaissance, Alexandre Garcin. Pour le parti de Jean-Luc Mélenchon, c’est important : fort au plan national, LFI est très faible au plan local, manquant cruellement d’implantation et d’élus locaux. En multipliant les listes, la formation vise aussi à mettre un pied dans les conseils municipaux. Et Roubaix reste la plus forte chance de victoire pour LFI.