Municipales : LREM s’ouvre aux LR et PS… sous conditions
Christophe Castaner, délégué général de LREM, est prêt à soutenir des maires sortants issus de LR et du PS pour les municipales. Ils devront lâcher leur étiquette d’origine et adhérer à une charte des valeurs et à un volet programmatique. Mais certains veulent garder une part d’autonomie.

Municipales : LREM s’ouvre aux LR et PS… sous conditions

Christophe Castaner, délégué général de LREM, est prêt à soutenir des maires sortants issus de LR et du PS pour les municipales. Ils devront lâcher leur étiquette d’origine et adhérer à une charte des valeurs et à un volet programmatique. Mais certains veulent garder une part d’autonomie.
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Les élections municipales de 2020 seront-elles une reproduction de la présidentielle, avec une recomposition du paysage politique local à la clef ? Emmanuel Macron et La République En Marche en rêvent. Et s’y emploient déjà. Pour les Français, c’est encore très loin. Mais le parti dirigé par Christophe Castaner prépare ce rendez-vous qui arrivera deux ans avant 2022.

Le parti présidentiel peut partir d’un constat simple : il a très peu d’élus locaux et part quasiment de zéro. Plutôt que de présenter des candidats partout, toutes les bonnes volontés Macron-compatibles sont les bienvenues. Invité ce lundi matin de Territoires d’Infos sur Public Sénat, le délégué général de La République En Marche s’est dit ainsi prêt à soutenir des maires sortants issus de LR. « Bien sûr. Car à La République En Marche, nous ne sommes pas un mouvement classique qui considère que tous ceux qui sont en place sont nuls et que nous, parce qu'on arrive, on est meilleurs » a affirmé Christophe Castaner (voir la vidéo). Même chose pour ceux issus du Parti socialiste. « Il y a des endroits avec des maires élus avec une étiquette du PS ou de LR  qui ont fait un super boulot. Ça pourra être le cas à Toulouse, ça peut être le cas partout, je n'exclus rien », a-t-il ajouté, rappelant que « le premier geste d’Emmanuel Macron a été le dépassement politique ».

Municipales : LAREM soutiendra « des maires quel que soit leurs engagements politique » annonce Castaner
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« On est lourdement dragué par les maires »

« Il n’y a pas d’ancien et de nouveau monde » va jusqu’à dire à publicsenat.fr le député LREM Pierre Person, délégué aux élections pour le parti. En réalité, Christophe Castaner noue des contacts depuis des semaines avec ces maires proches de la ligne d’Emmanuel Macron. Il tâte le terrain. Certains édiles, qui pensent à leur réélection, viennent même directement voir La République En Marche. « On est quand même très sollicités. On est lourdement dragué » s’amuse Sacha Houlié. Le député LREM de la Vienne a parlé des municipales « avec Christophe Castaner » mais aussi « avec le Président, dans un échange informel ». Emmanuel Macron, on le sait, suit de près la stratégie du parti présidentiel. Il s’agit d’assurer un ancrage local à un parti qui en manque cruellement. LREM en a fait l’amère expérience lors des sénatoriales.

Cette ouverture à la sauce macronienne se fera selon certaines conditions. « On sera amené à discuter avec des sortants selon une charte des valeurs et un volet programmatique » explique Pierre Person. La charte sera bouclée d’ici la rentrée voire fin 2018. Mais il faudra montrer patte blanche. « La République En Marche n’a pas d’a priori sur les élus sortants. Par contre, il y a une chose qu’on n’aime pas : ce sont les élus qui jouent un double jeu. Ceux qui ont une position frontale ou portent des informations inexactes n’auront pas leur place à En Marche, même s’ils font des ronds de jambe » prévient Sacha Houlié.

Tactique

LRME pourrait viser plusieurs mairies : Châlons-en-Champagne, avec le juppéiste Benoist Apparu, qui a quitté LR, l’ancien sénateur Christophe Bechu, maire ex-LR d’Angers, Arnaud Robinet à Reims, Toulouse, avec Jean-Luc Moudenc ou encore Christian Estrosi, qui cultive depuis des mois sa ligne Macron-compatible. Un élu répondant au portrait-robot salue l’idée :

« Tactiquement, c’est intéressant de la part de LREM de rassembler au-delà d’En Marche et de soutenir des LR plutôt que d’aller partout et de prendre des tôles. Ils ont tout intérêt d’essayer de dealer dans un maximum d’endroits et à faire des acquisitions ».

Mais y aura-t-il aussi fusion ? Autrement dit, les sortants pourront-ils conserver leur carte d’origine ou prendre celle de LREM ? Le sujet n’est pas encore officiellement tranché. Mais Pierre Person a une idée très claire : « Il faudra être non étiqueté ». Autrement dit, pour concourir aux couleurs d’En Marche, il ne sera pas obligé d’être encarté à LREM, mais il ne faudra plus s’afficher comme LR ou PS. De quoi permettre une forme de « sas de transition » vers LREM, selon le maire Macron-compatible cité plus haut. « Le premier ministre n’a d’ailleurs pas la carte de La République En Marche aujourd’hui » rappelle François Patriat, président du groupe LREM du Sénat et délégué adjoint aux élections du parti. Il ajoute : « Si demain des maires sont capables de quitter leur étiquette et de s’engager, bien entendu, la commission aura un regard bienveillant ».

Pour Pierre Person, cette clarté permettra aussi d’éviter des malentendus futurs. « En 2021, quand on leur demandera de parrainer Emmanuel Macron (pour se présenter à la présidentielle, ndlr), des maires sortants pourraient dire je ne peux pas le faire car ma majorité est LR » craint le député LREM, qui affirme l’air de rien que le chef de l’Etat – on s’en doute – devrait se représenter.

« Le macronisme municipal, c’est le pragmatisme »

Jusqu’où ira le volet programmatique de la charte, que devront signer les candidats investis ? « On verra si c’est une définition du macronisme municipal » dit Sacha Houlié. Il évoque le « rapport à l’intercommunalité, le lien entre urbain, périurbain et ruralité, la question de la sécurité, la place des associations dans les quartiers ». Pour François Patriat, « le macronisme municipal, c’est le pragmatisme, un pacte entre collectivité et État, c’est mener à bien les réformes du gouvernement dans les territoires. Je pense à la réforme de la SNCF, de l’enseignement supérieur, du logement ».

A droite, on préfère pour l’heure ironiser sur les propos du secrétaire général de LREM. « Christophe Castaner semble convaincu par les propositions de Laurent Wauquiez, à tel point qu’il souhaite tendre la main au LR » lance Geoffroy Didier, secrétaire général adjoint des Républicains, qui trouve « la ficelle un peu grosse » (voir le sujet de Jérôme Rabier). « L’inverse ne sera pas vrai parce que nous avons la force de nos convictions (…). Aux municipales, il y aura des candidats des LR partout, dans toutes les communes » assure-t-il. La formule laisse perplexe le sénateur LR de Paris, Philippe Dominati : « Ça, se sont encore les vieux reflexes. Les maires, bien souvent, vont gommer leur étiquette de parti aux municipales. A Marseille, Jean-Claude Gaudin s’est fait élire car il était Jean-Claude Gaudin » affirme-t-il sur Public Sénat. Regardez :

Philippe Dominati (LR) sur les municipales de 2020
00:27

« Je ne crois pas qu’on arrête un programme pour une élection locale depuis Paris »

Ce réseau des maires de droite pro Macron se rassemblent déjà à Matignon, autour d’Edouard Philippe. « C’est une rencontre informelle et amicale. Toutes les six semaines environ », raconte Christophe Bechu, maire d’Angers. « On a en commun de s’être retrouvés derrière Alain Juppé pendant les primaires, d’avoir une proximité générationnelle avec le premier ministre et la politique du Président. C’est l’occasion de faire des remontées de terrain. Les municipales, on ne les évoque que trois minutes » assure-t-il.

Christian Bechu accueille évidemment favorablement les propos de Christophe Castaner. « C’est une très bonne chose. Les municipales, ce sont d’abord des élections sur des projets et des personnalités, pas sur des étiquettes » souligne l’élu qui a quitté LR.

Mais cet élu n’est pas prêt à faire alliance avec LREM à n’importe quel prix. Il souligne que pour le scrutin de 2014, « ce ne sont pas les états-majors du parti qui me soutenait qui ont fait ma liste. Personne ne m’a imposé un homme ou une femme »… Même doute sur l’idée d’un socle programmatique clefs en main. « Je ne crois pas qu’on arrête un programme pour une élection locale depuis Paris » souligne Christophe Bechu. Pour attirer à lui tous les sortants pro Macron, La République En Marche devra bien calibrer sa proposition. Il reste encore du temps. Les investitures seront bouclées à la mi-2019.

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