Manuel Bompard – Lyon-municipal elections
Portrait of Manuel Bompard, MP for La France Insoumise (LFI), at La Croix-Rousse market in Lyon’s 4th district during the campaign ahead of the 2026 Lyon municipal elections. Lyon, France, January 11, 2026.//KONRADK_konrad-003/Credit:KONRAD K./SIPA/2601111545

Municipales : malgré la déception de Toulouse, LFI s’ancre dans les quartiers populaires

Si les bons scores de premier tour à Toulouse, Lille et Limoges n’ont finalement pas permis à LFI de conquérir ces villes, le mouvement a réussi son implantation dans les quartiers populaires en gagnant Roubaix (59), Saint-Denis (93) ou Vénissieux (69).
Louis Mollier-Sabet

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Le premier tour avait mis LFI sur la carte de la politique locale française, alors que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon n’avait avant ces élections municipales pratiquement pas d’ancrage local. La France Insoumise Mais, éblouis par certains très bons résultats inattendus de la France Insoumise – à Lille et à Toulouse notamment – les commentateurs sont peut-être allés un peu vite en besogne.

LFI n’a pas réussi à empêcher la défaite de maires sortants de gauche dans de nombreuses villes

Le fait d’avoir réussi à se maintenir au second tour dans la plupart des grandes villes restera une victoire politique importante pour les Insoumis, qui ont ainsi forcé les écologistes et les socialistes à fusionner dans de nombreuses configurations et à reconnaître que LFI était – de fait – fréquentable. Pour autant, ces fusions ont été loin de garantir la victoire à la gauche. À Clermont-Ferrand, le LR Julien Bony met fin à plus de 80 ans de socialisme municipal, malgré la fusion entre la liste d’Olivier Bianchi (PS) et de Marianne Maximi (LFI). De même à Brest, où François Cuillandre (PS) est largement battu par Stéphane Roudaut (LR), malgré la fusion avec la liste LFI menée par Cécile Beaudouin, ou bien du côté de Besançon, Poitiers ou Strasbourg où les candidats LFI avaient cette fois rejoint des listes écologistes.

« La France Insoumise fait perdre », a déclaré le secrétaire général du Parti socialiste, Pierre Jouvet, proche d’Olivier Faure. Si la défaite dans ces villes de gauche est indéniable, les listes conduites par Olivier Bianchi (PS) à Clermont-Ferrand, François Cuillandre (PS) à Brest, Jeanne Barseghian (Les Ecologistes) à Strasbourg et Anne Vignot (Les Écologistes) à Besançon ne semblent pas avoir subi de déperdition de voix entre les deux tours. Anne Vignot rassemble même au second tour 2000 voix de plus que le total des listes PS et LFI au premier tour, Olivier Bianchi 1000 voix supplémentaires, tout comme Jeanne Barseghian, quand François Cuillandre stabilise son total du premier tour.

« Les socialistes se sont alliés avec nous là où ils étaient en difficulté. Nous faire porter la responsabilité est de mauvaise foi. Pierre Jouvet ferait mieux de nous remercier pour Johanna Rolland à Nantes [qui a été élue après une fusion avec la liste insoumise]. Il y a du dégagisme envers certains sortants de gauche » a répondu Manuel Bompard ce dimanche soir. D’autant plus que les écologistes conservent aussi Lyon, Tours et Grenoble après des alliances d’entre deux tours avec la France Insoumise.

À noter, tout de même, la progression de la participation à Brest (+ 4,5 points), Clermont (+ 4 points), Besançon (+ 4 points), Strasbourg (+ 2 points) qui pourrait suggérer une mobilisation d’entre-deux-tours d’un électorat hostile à LFI. Dans toutes ces villes, les candidats du Parti socialiste ou des Écologistes étaient devancés par la droite au premier tour et n’auraient probablement pas pu l’emporter non plus en ne fusionnant pas avec les listes LFI. Autre fait notable, les très faibles scores des listes RN quand elles ont pu se maintenir (3000 voix de moins à Brest et à Clermont-Ferrand pour finir à 4,31 % et 3,64 %), qui suggèrent un vote utile de l’électorat RN vers la droite et de probables très bons reports de voix dans le cas où les listes RN n’ont pas pu se maintenir.

Toulouse et Limoges : victoire sur la gauche au 1er tour, défaite face à la droite au 2nd

Dans des villes très marquées à gauche comme Lille ou Montpellier, LFI n’a pas réussi à faire tomber les maires socialistes sortants, Michaël Delafosse et Arnaud Deslandes – qui avait pris la suite de Martine Aubry il y a un an, malgré un score tout à fait honorable à Lille (33,7 %). Lahouaria Addouche (LFI) gagne même presque 7000 voix entre les deux tours, sans former d’alliance puisque Stéphane Baly (Les Écologistes), pourtant dans l’opposition au conseil municipal, avait finalement choisi de fusionner sa liste avec le Parti socialiste. La progression de LFI à Lille s’explique probablement par de bons reports de la liste écologiste, malgré le ralliement au PS, qui n’ont tout de même pas empêché Arnaud Deslandes de finir loin devant la liste insoumise (49,33 %). Le maire de Lille a probablement davantage bénéficié de reports de voix de la droite et du centre, malgré le maintien au second tour des listes de Violette Spillebout (Renaissance) et Matthieu Valet (RN).

La déception pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon vient plutôt des villes dirigées par la droite où LFI est arrivée en tête de la gauche, que les Insoumis n’ont pas réussi à faire tomber malgré une alliance de la gauche derrière eux : Limoge et Toulouse. À Limoges, les scores du premier tour annonçaient un second tour difficile pour la gauche, avec un peu plus de 40 % des suffrages cumulés entre les listes LFI et PS sans réserves de voix. Les 18 000 voix de la gauche au premier tour n’ont pas manqué au second, mais à Limoges aussi, une hausse de la participation de quatre points et une érosion du score du RN ont bénéficié à la droite.

À Toulouse en revanche, LFI pouvait espérer mieux. Avec 52,5 % des voix cumulées pour les deux listes fusionnées au premier tour et des petites réserves de voix à l’extrême gauche, François Piquemal semblait promis à la conquête du Capitole, bastion historique de la droite en dehors de la parenthèse socialiste entre 2008 et 2014. Pourtant, comme en 2020, un regain de participation entre les deux tours (+ 8 points en 2020, + 6 points en 2026) a permis à Jean-Luc Moudenc dans le même étiage au premier tour (36-37 %) de s’imposer, cette fois face à LFI.

Vénissieux, Vaulx-en-Velin : les bonnes surprises du 2nd tour

Malgré la déception de Toulouse, LFI ressort de ces élections municipales en ayant atteint ses objectifs : forcer les autres forces de gauche à des alliances et s’implanter durablement dans des villes populaires comme Saint-Denis, gagné au premier tour, et Roubaix, où David Guiraud, député LFI, a relativement facilement transformé l’essai. En l’emportant à Creil et La Courneuve, mais aussi dans des listes d’union à Aubervilliers ou à Bagnolet, LFI a réussi son début d’ancrage local en banlieue parisienne. L’intercommunalité Plaine Commune qui regroupe huit communes de Seine-Saint-Denis (93), dont Saint-Denis, devrait d’ailleurs basculer d’une majorité socialiste à une majorité insoumise et communiste.

La bonne surprise du second tour est venue de la banlieue lyonnaise pour les Insoumis. Alors que le mouvement avait ciblé Vénissieux et Vaulx-en-Velin en envoyant deux députés insoumis bien implantés localement déboulonner Michèle Picard (PCF) et Hélène Geoffroy (PS), les résultats du premier tour étaient très serrés, mais plaçaient les maires sortantes en tête avec des reports de voix potentiels plus importants. Pourtant, Idir Boumertit (LFI) l’a finalement emporté de 25 voix à Vénissieux et Abdelkader Lahmar a revendiqué la victoire dans le fief d’Hélène Geoffroy, figure de l’aile droite du PS (à une heure du matin, les résultats définitifs n’étaient pas encore disponibles). Des victoires hautement symboliques dans l’ancienne banlieue rouge lyonnaise, d’où était partie la « marche des beurs » en 1983, qui compensent les relatives déceptions du second tour. « Le sursaut de participation nous a fait gagner à Vénissieux et Vaulx-en-Velin. Avant le premier tour, on aurait signé pour 35 à Lille, 47 à Toulouse ou 25 à Montpellier », rappelle ainsi Manuel Bompard.

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