Cette élection qui doit être la première marche vers l’ascension élyséenne d’Edouard Philippe, pourrait aussi être celle qui fait trébucher son avenir politique. En recul ces derniers temps dans les baromètres de popularité, malgré un rebond en février, c’est une autre enquête d’opinion qui a fait frémir le maire du Havre, le mois dernier.
Dans ce sondage OpinionWay, commandé par l’observatoire « Hexagone », structure financée par le milliardaire d’extrême droite, Pierre-Edouard Sterin, Édouard Philippe était donné pour la première fois perdant au second tour, dans une triangulaire, face au candidat communiste Jean-Paul Lecoq soutenu par le PS, les Ecologistes et Place publique, et le candidat d’extrême droite Franck Keller.
« Edouard Philippe est l’homme à abattre »
Une défaite qui pourrait sonner la fin des ambitions présidentielles de l’ancien Premier ministre qui a conditionné sa candidature en 2027 à sa réussite au Havre. « Si j’échoue à convaincre les Havrais, alors que je suis maire depuis 2010, qu’ils voient comment la ville s’est transformée… je ne serais pas dans une bonne position pour espérer convaincre les Français. Là où les Havrais m’ont donné tort, les Français ne vont pas me donner raison », avait-il expliqué en décembre dernier sur LCI.
« Concernant Horizons, il est impossible d’exclure de l’ensemble des résultats, le cas bien particulier du Havre. Néanmoins, imaginons qu’Edouard Philippe perde, son avenir politique ne serait pas pour autant totalement bouché. Il lui resterait suffisamment de temps pour digérer cette éventuelle très mauvaise nouvelle », tempère Stéphane Zumsteeg, directeur du département politique et opinion d’Ipsos.
Le sénateur Horizons de l’Hérault, Jean-Pierre Grand, se veut optimiste. « Il ne fait aucun doute qu’il sera réélu car je ne suis pas certain que les gens veuillent renouer avec le communisme local ». Pour l’élu, « la grande interrogation dans un certain nombre de villes de 30 000 habitants, sera le jeu de Renaissance au second tour ». « On voit se tisser des liens avec le PS au nom du refus d’alliance avec LFI. Renaissance n’a rien à gagner mais dans la perspective de la présidentielle, avec ce type d’alliances, Gabriel Attal pourra montrer que lui est ouvert vis-à-vis de la gauche de gouvernement ».
Jean-Pierre Grand scrutera de près le positionnement du candidat Horizons à Paris, Pierre-Yves Bournazel qui refuse l’hypothèse d’une alliance avec Rachida Dati au second tour, allant contre les consignes d’Edouard Philippe en faveur de « l’alternance » à Paris, « avec un grand rassemblement de la droite et du centre » au second tour.
« C’est normal que Pierre-Yves Bournazel ne parle pas d’union avant le premier tour. Il doit faire le meilleur score possible pour pouvoir négocier une fusion. Mais il est clair qu’Horizons ne peut pas se permettre d’être le parti qui aura fait élire la gauche à Paris », prévient Franck Dhersin, sénateur Horizons du Nord.
« Si Pierre-Yves Bournazel dépasse la barre des 10 % et qu’il se maintient, ou s’il dépasse la barre des 5 % et refuse de fusionner sa liste avec Rachida Dati, on risque de retenir que c’est Edouard Philippe qui a handicapé la victoire de Rachida Dati. Et il faudra qu’il s’en explique auprès de son électorat », relève également Stéphane Zumsteeg.
« Vote utile à droite »
Le parti Horizons revendique 3 400 élus locaux et 600 maires depuis sa création en 2021. Quelques-uns sont identifiés par le grand public comme le secrétaire général du parti Christophe Béchu à Angers, et le vice-président, Christian Estrosi à Nice. Ce dernier est en mauvaise posture face à son frère ennemi, le patron des députés UDR, Éric Ciotti. « Hormis les maires écolos, les maires sortants de droite comme de gauche ont de bons bilans. Edouard Philippe est l’homme à abattre par ses adversaires qui veulent nationaliser le scrutin et éliminer un candidat à la présidentielle. Mais les électeurs jugeront les bilans municipaux dans les urnes et il est bon », veut croire Franck Dhersin.
« Je ne suis pas sûr que les Français aient pris conscience de la spécificité locale de ce parti. Horizons comme le RN, LFI ou Renaissance, c’est avant tout une écurie présidentielle au service d’un candidat », note Stéphane Zumsteeg. « Si jamais Edouard Philipe est nettement réélu au Havre et que ses maires s’en sortent bien aussi, il pourrait asseoir sa position de candidat naturel à droite. S’il n’y a pas de lien entre le vote aux municipales et à la présidentielle, un bon score le 22 mars pourra permettre à certains de montrer qu’ils sont dans une bonne dynamique, qu’ils sont les candidats uniques ou légitimes de leur espace politique », ajoute-t-il.
Une inconnue s’est, néanmoins, glissée dans ces municipales de 2026 pour les candidats de droite et du centre : « c’est la capacité de nuisance du RN », insiste Stéphane Zumsteeg. « Contrairement à 2020, les listes RN pourront se maintenir au second tour dans toute une série de villes, comme Le Havre par exemple. Le choix du vote utile à droite au second tour pour quelqu’un qui a voté RN au premier, n’est pas évident. Ce ne sera pas un phénomène massif car le vote RN est un vote d’adhésion ».