Personne ne l’avait vu venir. L’entre-deux-tours des municipales prend une tournure inédite. En cause : les bons scores des listes LFI au premier tour, dans plusieurs grandes villes. Ce qui change tout, dans les équilibres à gauche.
Jusqu’ici, le Parti socialiste, qui détient encore de nombreuses communes, faisait habituellement l’union avec ses partenaires traditionnels à gauche, écologistes et communistes, pour l’emporter au deuxième tour. Ça, c’était avant. Car après son échec lors des élections municipales de 2020, La France Insoumise a changé de stratégie et a réussi cette fois une poussée. Au point de se rendre indispensable aux maires PS ou écolos sortants, pour espérer conserver leurs villes. Ce qui sème le trouble, au sein du Parti socialiste (lire notre article).
Alors malgré les mots d’ordre de la direction du PS, qui refuse tout accord national avec LFI – sans avoir, avec précaution, totalement fermé la porte aux accords locaux – les maires socialistes sortants ont vite fait leurs calculs. Si bien que les annonces d’accords se sont multipliées comme des champignons durant la journée de lundi. Il fallait de toute manière faire vite : la date limite de dépôt des listes en préfecture pour le second tour était fixée à ce mardi, 18 heures.
On fait le point sur ces fusions entre PS et LFI, mais aussi entre Ecologistes soutenus par le PS, et LFI, qui marquent l’entre-deux-tours. Avec deux types : d’un côté les fusions de listes sur le fond, qui impliqueront de diriger ensemble la ville en cas de victoire, comme à Toulouse, Limoges, Avignon ou Tulle.
Et de l’autre, les fusions dites « techniques », une proposition venant à l’origine de LFI. Les insoumis se retrouvent bien sur la liste PS, mais en cas de victoire, ils ne seront pas dans l’exécutif local qui dirigera la ville et siégeront avec leur propre groupe au conseil municipal. C’est le cas à Nantes, Brest, Clermont-Ferrand, et pour les mairies écologistes soutenues par le PS, à Lyon, Besançon ou encore Grenoble.
Toulouse : fusion entre François Piquemal (LFI) et François Briançon (PS)
Dès lundi matin, Toulouse a ouvert le bal des fusions. Dans la ville rose, qui deviendra peut-être aussi rouge, les deux François ne font plus qu’un. Le candidat LFI, François Piquemal, et même arrivé en tête de la gauche, avec 27,5 %, devançant la liste PS de François Briançon (25 %). Sans union, il semble impossible de battre le maire sortant divers droite, Jean-Luc Moudenc, arrivé en tête avec 37,23 %.
Après une soirée et une nuit de discussions, les deux ont annoncé leur union, avec un deal : à LFI la mairie, au PS la présidence de la métropole, en cas de victoire. « Les Toulousains nous l’ont demandé. Ils nous ont placés en tête et nous ont dit, réunissez-vous, travaillez ensemble au rassemblement », s’est justifié François Briançon, à la tête du PS de Haute-Garonne. En conséquence, le PRG a quitté la liste, dénonçant cette union.
Limoges, fusion entre Damien Maudet (LFI) et Thierry Miguel (PS)
Dans la préfecture de la Haute-Vienne, c’est aussi l’union. Les négociations ont abouti à Limoges, où les insoumis sont là aussi arrivés devant le reste de la gauche. Damien Maudet, candidat LFI (24,86 %) est parvenu à un accord avec Thierry Miguel, qui menait la liste PS (16,92 %). De quoi espérer battre le candidat LR, Guillaume Guérin, arrivé en tête avec 27,34 %. Un rapprochement facilité notamment par des proximités de fond. « Nos programmes étaient similaires, en grande partie », a expliqué le socialiste Thierry Miguel.
Nantes : fusion « technique » entre la maire Johanna Rolland (PS) et William Aucant (LFI)
A Nantes, la fusion s’est faite dans la douleur. Mais la maire PS sortante, Johanna Rolland, arrivée en tête (35,24 %), a finalement réalisé une fusion « technique » avec la liste LFI de William Aucant (11,20 %). Au coude à coude avec la liste LR de Foulques Chombart de Lauwe (33,77 %), cet accord semblait en réalité indispensable pour que la première secrétaire déléguée du PS puisse espérer conserver son fauteuil de maire.
Les discussions n’ont pas été simples. LFI avait d’abord affirmé que les discussions « se heurt (aient) » à un « désaccord majeur », avec le « non-respect du résultat du premier tour par la candidate socialiste », avant que la fumée rose et rouge n’apparaisse finalement.
Brest : fusion « technique » entre le maire François Cuillandre (PS) et Cécile Beaudouin (LFI)
Jusqu’où aller pour conquérir un cinquième mandat ? A Brest, le maire PS sortant, François Cuillandre (23,80 %), assume une alliance avec la liste LFI de Cécile Beaudouin (15,39 %). Arithmétiquement, c’est l’option la plus logique, pour espérer conserver la mairie, face au candidat de droite, Stéphane Roudaut, arrivé en tête avec 30,24 %.
La candidate insoumise a pu obtenir 12 des 40 places éligibles. Mais en cas de victoire, LFI ne siégera pas au sein de l’exécutif et aura son propre groupe. Reste que cet accord de circonstance a surpris, de la part d’un proche de François Hollande. L’ancien Président pourfend tout accord avec le parti de Jean-Luc Mélenchon. François Cuillandre lui-même avait écarté une alliance avant le premier tour. Mais face à la possibilité d’une victoire de la droite, quelques principes peuvent évoluer…
Clermont-Ferrand : fusion « technique » entre Olivier Bianchi (PS) et Marianne Maximi (LFI)
A Clermont-Ferrand, bastion socialiste depuis la libération, le maire PS sortant, Olivier Bianchi (29,99 %), a accepté de réaliser une fusion avec la liste LFI de Marianne Maximi (17,01 %). Il s’agit d’une fusion « technique ». Autrement dit, LFI ne sera pas dans la majorité et aura son propre groupe. C’est la volonté d’empêcher la victoire de la droite qui a motivé l’accord. La liste LR de Julien Bony est arrivée en tête avec 33,93 %, une première depuis 1945.
Olivier Bianchi connaît déjà les amis de Jean-Luc Mélenchon. Lors de son élection, en 2014, il avait déjà réalisé une fusion avec la liste du Parti de gauche, ancêtre de La France Insoumise.
Avignon : fusion entre David Fournier (PS) et Mathilde Louvain (LFI)
Les deux listes de gauche, celle du socialiste David Fournier (19,89 %) et de l’insoumise Mathilde Louvain (19,03 %), sont arrivées au coude à coude à Avignon, derrière la candidature divers droite de l’ex-journaliste, Olivier Galzi (27,04 %), et la candidate RN, Anne-Sophie Rigault (25,52 %). Les deux listes de gauche ont donc décidé de fusionner, avec une répartition égale des places. S’il ne s’agit pas d’accord technique, LFI aura cependant son propre groupe politique, histoire de garder son autonomie. Pour Avignon, l’enjeu est de savoir si la ville restera à gauche. La maire PS sortante, Cécile Helle, avait décidé de ne pas se représenter.
Lyon : fusion « technique » entre le maire Les Ecologistes (soutenu par le PS), Grégory Doucet, et Anaïs Belouassa-Cherifi (LFI)
A Lyon, c’est encore un « accord technique » qui est signé entre LFI, et ici le maire Les Ecologistes sortant, Grégory Doucet, qui est soutenu par le PS. Arrivé en tête du premier tour, avec 37,36 % des voix, après une « remontada » face à Jean-Michel Aulas (36,78 %, soutenu par Renaissance et LR), le maire écologiste a dû sceller cet accord avec la liste LFI d’Anaïs Belouassa-Cherifi, qui en passant le seuil des 10 % (10,41 % des voix), était en capacité de se maintenir.
Besançon : fusion « technique » entre Anne Vignot (Les Ecologistes, soutenu par le PS) et Séverine Véziès (LFI)
La maire sortante Les Ecologistes de Besançon, Anne Vignot, alliée au PS, a elle aussi conclu un accord avec la liste LFI de Séverine Véziès pour le deuxième tour. Pas d’accord sur le fond, mais un accord « technique » encore ici. Le candidat divers droite Ludovic Fagaut (40,13 %) est arrivé en tête du premier tour, devant Anne Vignot (33,37 %), suivie de Séverine Véziès (10,90 %). En vertu de cet accord technique, LFI ne siégera pas dans l’exécutif, en cas de victoire, et aura son propre groupe au conseil municipal.
Grenoble : fusion « technique » entre Laurence Ruffin (union de la gauche, soutenue par Les Ecologistes et le PS) et Allan Brunon (LFI)
A Grenoble, où le maire Les Ecologistes Eric Piolle ne se représentait pas, la candidate de la majorité sortante, Laurence Ruffin (26,33 %), soutenue par Les Ecologistes, le PS, le PCF, a noué un accord avec la liste insoumise d’Allan Brunon (14,59 %). Il s’agit d’un accord « technique » pour tenter d’empêcher Alain Carignon, candidat LR, arrivé en tête du premier tour avec 27,04 %, de remporter la ville, qu’il avait déjà dirigée de 1983 à 1995.
Tulle : fusion entre Bernard Combes (ex-PS) et Nicolas Marlin (PCF-Les Ecologistes-LFI)
S’il n’est plus au PS, difficile de ne pas citer le cas de Tulle. Dans la préfecture de la Corrèze, le maire ex-PS Bernard Combes, arrivé second avec 32,28 % des voix, a noué une alliance avec la liste PCF/EELV/LFI de Laurent Melin (17 %), pour tenter de conserver la mairie, face à la liste de droite de Laurent Melin (37,94 %). « Une vraie union », assume le maire, et pas d’accord technique.
La nouvelle ne manque de sel. Car Bernard Combes est un proche de François Hollande, l’un des socialistes les plus opposés à toute alliance avec les insoumis… Le maire de Tulle a succédé à l’ancien chef de l’Etat à la tête de la préfecture de Corrèze en 2008. Puis il a été l’un de ses conseillers à l’Elysée.
En réalisant cet accord, Bernard Combes risque ainsi de mettre à mal le message envoyé par le député de Corrèze. Mais contacté par publicsenat.fr, l’entourage de François Hollande minimise cette alliance locale. « Il s’agit d’une liste conduite par un binôme PCF/EELV, issue de sa majorité », remarque l’entourage de l’ex-chef de l’Etat, qui juge au passage que « ses explications sont convaincantes » (lire notre article sur le sujet pour plus de détails).