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Municipales : rupture consommée officiellement entre le PS et LFI… au moins jusqu’au second tour

A l’issue d’un Bureau national, les socialistes ont qualifié les propos récents de Jean-Luc Mélenchon « d’antisémites » et rejettent toute possibilité d’un accord national au premier et au second tour des municipales avec LFI. Les Insoumis dénoncent, eux, l’irresponsabilité de la direction du PS, qui selon eux, fait le jeu de l’extrême droite. Mais au soir du premier tour, LFI et le PS devront faire face à la pression de leurs militants respectifs pour trouver un accord dans les cas où la désunion à gauche conduirait à la victoire de la droite ou l’extrême droite.
Simon Barbarit

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Le mot « antisémite » figure bel et bien dans le communiqué du Bureau national du PS pour qualifier les propos ambigus de Jean-Luc Mélenchon sur la prononciation du nom du criminel sexuel, Jeffrey Epstein. « Est antifasciste celui qui combat le fascisme, pas celui qui en réutilise les ressorts les plus dangereux », avait dans un premier temps sermonné sur X le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure.

« Il y a eu une clarification »

Une position qui était loin d’être suffisante pour certaines figures du PS comme l’ancien Président François Hollande, le député Jérôme Guedj ou encore le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner qui militent depuis plusieurs mois pour que le parti à la rose coupe les ponts définitivement avec les Insoumis. « Il y a eu une clarification car le mot antisémite est posé, tout comme est affirmée la désolidarisation du parti avec la violence de la Jeune Garde. Ça ne règle pas les cas locaux où LFI et PS font liste commune. Mais officiellement le PS rejette tout accord avec LFI au premier comme au second tour des municipales », se félicite le président du groupe PS au Sénat, Patrick Kanner.

Dans ce communiqué, le Bureau du PS souligne, en effet, sa volonté de se montrer « intraitable » « avec les violences politiques » « qui se déploient dans les rangs de l’ultra-gauche ». il déplore aussi la division des forces de gauche dans la campagne « percutées » par « caricatures complotistes et les propos antisémites intolérables de Jean-Luc Mélenchon ».

« Si hier, lors du Bureau national, il y avait eu un désaccord sur le fond, si ces éléments n’avaient pas figuré dans le communiqué, Olivier Faure aurait été mis en minorité », rapporte Patrick Kanner. Ce que conteste l’entourage du Premier secrétaire. « On ne s’est pas aligné sur la position de Hollande ou de je ne sais qui. Olivier Faure a dénoncé les propos de Jean-Luc Mélenchon lors des différents déplacements qu’il a pu faire ce week-end. On ne nous a pas imposé une ligne stratégique. Nous avons toujours dit qu’il n’y aurait pas d’accord national avec LFI ».

Une fois n’est pas coutûme, le leader Insoumis s’était, toutefois, excusé pour avoir notamment déformé le patronyme de Raphaël Glucksmann en « Glucksmen », lors de son meeting à Perpignan, dimanche.

Sur X, Jean-Luc Mélenchon a fustigé « les intolérables accusations d’antisémitisme de la part du bureau du PS » et « l’insupportable désolidarisation du combat antifasciste ». L’ancien sénateur socialiste voit dans cette prise de position le résultat « de luttes internes » au sein du PS qui « promettent ainsi à la droite et au RN la victoire dans des dizaines de villes au premier et au second tour ».

« C’est un pas de côté dans l’histoire de la gauche »

Paul Vannier, député LFI du Val-d’Oise et membre de la coordination nationale en charge des élections qualifie « de bascule extrêmement grave » ce communiqué. « En reprenant les mots et les thèses de l’extrême droite pour relayer les pires accusations à notre égard, les socialistes condamnent le camp antifasciste. C’est un pas de côté dans l’histoire de la gauche ». En plus, ils disent tout et son contraire. Ils nous accusent d’être antisémites, mais des accords locaux avec nous existent et pourraient aussi exister au second tour. Ils s’insultent eux-mêmes en admettant être des opportunistes », relève-t-il.

Sur le terrain, comme le montre un comptage effectué par l’Opinion, des candidats LFI et PS figurent sur des listes communes dans une soixantaine de circonscriptions. Treize villes où le PS dirige une liste qui comprend des candidats LFI, notamment en Île-de-France (à Cachan ou Maisons-Laffitte par exemple) – et trois villes (Mantes-la-Jolie, Wattrelos et Grabels) où des candidats socialistes figurent sur une liste conduite par un candidat Insoumis. Dans les 45 villes restantes, les listes reprennent le format Nouveau Front Populaire (NFP) de 2024, avec des socialistes, des écologistes, des communistes et des Insoumis.

Sur le plateau de la matinale de Public Sénat, l’eurodéputé et le secrétaire général du PS, Pierre Jouvet n’a pas ménagé ses coups à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon. « Je n’ai aucune leçon à recevoir d’un bourgeois sur son canapé qui fait de l’antisémitisme une expression commune dans beaucoup de ses discours. Personne au Parti socialiste n’a attendu Jean-Luc Mélenchon pour s’investir dans la lutte antifasciste », a-t-il tancé.

Mais soucieux de ne pas insulter l’avenir, le ton était beaucoup moins catégorique lorsqu’il s’est agi d’évoquer de possibles alliances avec LFI entre les deux tours. Rappelons qu’aux élections municipales, toute liste ayant obtenu 10 % des suffrages exprimés peut se maintenir au second tour – et que toute liste ayant rassemblé plus de 5 % des voix peut fusionner avec une autre liste qui se maintient au second tour.

« Le syndrome de Stockholm continue de prospérer sur nos leaders socialistes »

A Toulouse par exemple, le dernier sondage Ifop place la liste du maire sortant, Jean-Luc Moudenc (non-inscrit, ex-LR) en tête avec 33 % des intentions de vote, devant la liste « La gauche unie » (sans LFI) conduite par le socialiste François Briançon (30 %). La liste LFI-NPA du député François Piquemal est, elle, créditée de 23 % des intentions de vote. En cas de triangulaire, le maire sortant Jean-Luc Moudenc serait réélu avec 41 % des voix contre 35 % à François Briançon et 24 % à François Piquemal. Sur ce cas, Pierre Jouvet n’a pas écarté une alliance avec la liste LFI. « Si M.Piquemal voulait se désolidariser des propos de M. Mélenchon, nous verrons ce qu’il en est ». La consigne n’a donc pas varié, malgré les propos polémiques de Jean-Luc Mélenchon, car la semaine dernière, Pierre Jouvet avait aussi admis de « rares » rapprochements possibles si les candidats insoumis clarifiaient « leur position sur le rapport de leur mouvement à la violence politique ».

« Le syndrome de Stockholm continue de prospérer sur nos leaders socialistes, qui n’ont toujours pas compris qu’avec LFI, c’est eux ou nous. C’est en étant clair avec LFI qu’on ramènera vers nous des voix orphelines du centre gauche. Il n’y a pas de bons ou de mauvais Insoumis. Ils sont dans une logique de nuisance et non de confiance avec nous », tacle Patrick Kanner avant de rappeler la ligne officielle du PS : « En cas de « danger RN », c’est le désistement républicain ».

Une position avantageuse pour les socialistes, car comme l’a rappelé Pierre Jouvet. « Dans 90 % des villes de ce pays, nous avons rassemblé la gauche et les écologistes. Les Insoumis sont crédités entre 10 et 15 % de voix, ils ne sont en position de gagner dans aucune ville ».

« La tradition à gauche c’est le rassemblement au second tour, pas le désistement. Il se fera à nos conditions, même si nous ne sommes pas premiers », réplique Paul Vannier. L’une d’elles consistera pour la tête de liste socialiste à s’engager à voter au second tour de la présidentielle pour le candidat LFI dans le cas d’un hypothétique duel face à un candidat RN. La tête de liste devra aussi « accepter l’autonomie politique des composantes du rassemblement » et « la représentation proportionnelle des électeurs de premier tour dans la composition de la nouvelle liste », peut-on lire dans la déclaration de la Coordination des Espaces de la France insoumise.

Mais ces prochains bras de fer autour des fusions de listes et de désistements à gauche pourraient être délétère pour chacune des formations. A Marseille, où le dernier sondage Ifop place le candidat socialiste, Benoît Payan en tête au premier tour, (35 %), talonné par le RN Franck Allisio (32 %), devant les 18 % de Martine Vassal (LR) et les 13 % du LFI Sébastien Delogu, le basculement de la deuxième ville de France à l’extrême droite est plus que crédible en cas de désunion de la gauche. « Il faudra demander aux électeurs PS s’ils vont accepter la surenchère de la division qui fait les affaires de la droite et l’extrême droite. En nous demandant de nous désister, le PS vit dans un univers parallèle, alors que nous, partout où nous serons en tête, nous tendrons la main », rappelle Paul Vannier.

« Le vote utile c’est nous »

« Mais on sera devant eux pratiquement partout. Le vote utile c’est nous. Mélenchon sait très bien que son parti a une faiblesse structurelle au niveau local, c’est pour ça qu’il cherche à renationaliser la campagne. Pour Marseille, je ne vois pas d’autres solutions que le désistement de LFI au second tour car je ne suis pas certain que Sébastien Delogu, comme Sophia Chikirou à Paris, soit en capacité de prendre leurs distances avec les déclarations de Jean-Luc Mélenchon », note l’entourage d’Olivier Faure.

« Il n’est pas question de se désolidariser de Jean-Luc Mélenchon et de LFI. François Piquemal était présent aux meetings à Perpignan et on s’est joint à ses excuses. Mais de là à le faire passer pour un antisémite, c’est n’importe quoi », confirme la coordinatrice de campagne du candidat LFI, Inès Djelida.

Il faudra donc sûrement compter sur la pression des électeurs de gauche pour forcer le mariage de la carpe et du lapin. « A Toulouse, nos électeurs sont inquiets de la perspective d’un troisième mandat de Jean-Luc Moudenc. L’une des questions que l’on reçoit le plus, c’est : est-ce que vous allez faire l’union au second tour avec François Briançon ? On sait qu’on sera extrêmement haut. Il y a 14 000 nouveaux inscrits et nous sommes les seuls à avoir fait campagne pour l’inscription sur les listes électorales. Si nous sommes à trois points d’écart avec le PS, ils auront besoin de nos voix et seront dans l’obligation de trouver un accord avec nous », indique Inès Djelida.

Rendez-vous le 15 mars au soir pour savoir si, au niveau local, les deux gauches peuvent être conciliables.

 

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