Municipales : une importante vague verte déferle sur les grandes villes

Municipales : une importante vague verte déferle sur les grandes villes

Les écologistes ont multiplié les conquêtes de municipalités au second tour ce 28 juin, en remportant des villes de premier plan comme Lyon, Bordeaux ou Strasbourg. Une percée historique, dans un contexte de forte abstention.
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Deux jours avant le second tour des élections municipales, l’ancien secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts annonçait le « vote du siècle » et promettait l’ouverture d’un « nouveau cycle politique ». Bien positionnés à l’issue du premier tour du 15 mars dans de nombreuses communes, les écologistes espéraient des gains significatifs mais n’imaginaient sans doute pas une progression d’une telle ampleur, jusque dans des villes de rayonnement national.

Tout au long de la soirée, la succession de villes arrachées par les écologistes, alliés à d’autres partis de gauche, n’a fait que confirmer le constat d’une vague verte sans précédent pour des élections municipales. Jusqu’ici, la plus grande ville détenue par les écologistes se résumait depuis 2014 à Grenoble (160 000 habitants), dirigée par Eric Piolle, ému jusqu’aux larmes sur France 3 par les résultats dans plusieurs villes de France obtenus par sa famille politique. La liste du maire sortant de la cité des Alpes est arrivée largement en tête, à plus de 50 % des voix.

Lyon tombe dans le giron écologiste, coup de tonnerre à Bordeaux

La prise historique du jour reste sans conteste Lyon, troisième ville de France, fief durant 20 ans de Gérard Collomb, devenu l’un des marcheurs de la première heure en 2016. L’écologiste Grégory Doucet, allié à des socialistes, des communistes et des insoumis, a confirmé son bon score du premier tour, en terminant nettement en tête du second, avec plus de 50 % des voix, devant Yann Cucherat (DVC-LR) 30,5% et Georges Képénékian (dissident LREM, PRG). Aux élections métropolitaines, Bruno Bernard a revendiqué sa victoire sur l’alliance entre Gérard Collomb et Les Républicains.

À Marseille, Michèle Rubirola a tourné l’ère Jean-Claude Gaudin en virant en tête, grâce à une coalition de gauche. La vague verte emporte également Bordeaux, où Pierre Hurmic l’emporte sur le successeur d’Alain Juppé, Nicolas Floran, dans une ville qui avait élu des maires de droite dès le premier tour durant 73 ans. À Strasbourg, où rien n’était joué, Jeanne Barseghian s’est imposée face au candidat soutenu par LREM et LR, et à la candidate socialiste.

À Lille, les écologistes échouent de justesse à remporter le Beffroi

À Toulouse et à Lille, les écologistes ont trébuché de peu face aux sortants – respectivement Jean-Luc Moudenc (LR, soutenu par LREM) et Martine Aubry (PS). Les écologistes emportent également des villes comme Besançon (détenue par LREM), Tours (Mouvement radical), Poitiers (PS), Annecy (UDI).

Après leur troisième place réalisée aux européennes en mai 2019, avec 13,5 % des voix, Europe Ecologie-Les Verts change de dimension, en s’assurant une implantation locale dans des municipalités importantes. La porte-parole Eva Sas, sur France 2, en est convaincue : « une vague verte se lève en France ». Sur TF1, l’eurodéputé Yannick Jadot évoque un « tournant politique », un « moment de l’écologie ». « Il y aura un avant, et un après », selon lui.

L’après, justement, il est déjà dans les esprits, avant même l’installation des conseils municipaux. Jointe par PublicSenat.fr, Esther Benbassa, ne cache pas son bonheur dans « cette soirée historique ». La sénatrice EELV de Paris estime que ces conquêtes sont « le début d’un chemin » à poursuivre et que sa famille politique est devenue centrale parmi les forces à gauche. « Cela montre qu’on peut se réunir autour du projet écologique, puisque nous avons fait une sorte d’alliance autour de lui, avec le PS, Génération.s La France insoumise. On voit que le clivage gauche-droite n’a pas disparu. »

Olivier Faure rappelle aux écologistes l’importance de former des « blocs »

La sénatrice veut qu’EELV « profite de cette énergie » pour réunir la gauche « et aller de l’avant », évoquant explicitement les rendez-vous électoraux locaux de 2021 et surtout nationaux de 2022. Parmi les alliés des Verts, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste reconnaît que la « poussée écologiste est réelle », mais insiste sur la nécessité de mener des alliances, une logique de « blocs ». Dans beaucoup de communes, les Verts n’auraient pas pu l’emporter seuls.

Malgré sa bonne humeur, Esther Benbassa reste lucide et rappelle qu’il s’agit à ce stade de victoires locales, et non nationales. Le plus dur commence désormais. « Il faut qu’on soit à la hauteur, cette victoire, c’est aussi le fait qu’on répond aux aspirations des Français », estime-t-elle.

Vers le retour d’un groupe parlementaire écologiste ?

Une échéance, à court terme, pourrait bénéficier d’une réplique du succès des municipales : les sénatoriales du 27 septembre. Les scores obtenus par les écologistes leur assureront un plus grand nombre de grands électeurs, donc de bonnes chances de voir progresser le nombre de leurs sénateurs.

De là à faire renaître le groupe écologiste ? Tombé sous la barre des 10 membres, le groupe avait disparu en 2017, un an après celui de l’Assemblée nationale. Esther Benbassa affirme avoir des « espoirs » sur la renaissance d’un groupe à la chambre haute. « C’est mathématique. On devrait revenir au Sénat en nombre », espère-t-elle, tout en concédant qu’il est encore trop pour établir des projections. La droite, qui revendique plus de la moitié des villes de 9000 habitants, devrait conserver son assise au Sénat.

Emmanuel Macron prépare une « réponse forte »

La percée écologiste a des conséquences également sur le plus haut sommet de l’État. Véritable déroute pour son parti, notamment à Paris et à Lyon, le scrutin devrait pousser Emmanuel Macron à accélérer sur le volet environnemental, l’un des axes de sa stratégie pour la fin du quinquennat. Ses proches annoncent un discours « très offensif » sur l’ambition écologique. Le président de la République doit recevoir à l’Élysée ce lundi matin les 150 membres de la Convention citoyenne pour apporter « une réponse forte » à leurs propositions, et aux attentes des Français.

L’opération est déjà contestée par EELV dans les médias. Invitée à commenter les élections, Brune Poirson, secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, s’est félicité que l’écologie « avance », tout en précisant : « Je ne voudrais pas que l’on pense que l’écologie est l’apanage d’un seul parti politique ». Face à elle, sur France Info, l’eurodéputée Karima Delli a reconnu qu’EELV n’avait pas le « monopole » de cette thématique mais que le gouvernement avait « le monopole de l’inaction » dans ce domaine.

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