Narcotrafic : le Sénat vote une série de mesures pour lutter contre le blanchiment

Confiscation systématique de biens dont le propriétaire ne peut justifier l’origine, injonction pour richesse inexpliquée, interdiction de payer en liquide une location de voiture… Lors de l’examen de la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, les sénateurs ont voté une série de mesures pour frapper les narcotrafiquants au portefeuille.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

3 min

Publié le

C’était l’un des points forts des conclusions de la commission d’enquête du Sénat : frapper les narcotrafiquants au portefeuille. Mardi soir lors de l’examen de la proposition de loi issue des travaux de la commission, les sénateurs ont adopté plusieurs dispositions visant à lutter plus fortement contre le blanchiment d’argent, le nerf de la guerre contre les narcotrafiquants. L’article 4 prévoit, à ce titre, de systématiser les enquêtes patrimoniales dans le cadre des investigations relatives au narcotrafic et, d’autre part, de créer une nouvelle procédure d’injonction pour richesse inexpliquée. La systématisation avait été supprimée en commission des lois. « C’est ce qu’on appelle une fausse bonne idée. Nous nous en sommes rendu compte au fil des auditions parce que les services nous ont dit que ce n’étaient pas toujours utile […] Nous ne sommes pas favorables à ce que nous puissions encombrer divers services d’enquêteurs », a justifié la corapporteure Muriel Jourda (LR) en présentant son avis défavorable à l’amendement du sénateur écologiste, Guy Benarroche qui proposait de rétablir cette systématisation.

Confiscation des biens rendue « obligatoire »

Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin a lui rappelé que « rien n’empêche de faire ces contrôles en administratif », c’est-à-dire des contrôles fiscaux. Le sénateur PS, Hussein Bourgi a évoqué « une résignation de savoir qu’on n’avait pas les moyens humains de réaliser ces contrôles ».

Toutefois, plusieurs amendements identiques ont cette fois-ci rendu « obligatoire », la confiscation de biens dont le propriétaire ne peut justifier l’origine, et condamné pour un crime ou un délit puni d’au moins cinq ans d’emprisonnement. « Avant de confisquer, il faut pouvoir saisir. Et il y a aussi le problème de l’identification. Ça oblige à des changements importants. Aujourd’hui les services enquêteurs et les magistrats ne regardent pas tout à fait les saisies et les confiscations parce qu’il y a une charge de travail importante », a tempéré Gérald Darmanin qui a proposé de retravailler cette disposition dans la navette parlementaire.

Interdire le paiement en liquide des voitures de location

Un peu plus tôt dans la soirée, le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau a défendu un amendement proposant une mesure « radicale » contre l’avis de la commission des lois. Elle vise à interdire strictement tout paiement en espèces d’une location de voiture. « La location de voiture, c’est une plaie. C’est une aide considérable aux narcotrafiquants […] ça facilitera le travail de l’autorité judiciaire puisque ce sera traçable », a-t-il justifié. Le corapporteur du texte, Jérôme Durain (PS), par ailleurs président de la commission d’enquête, a souligné que cet amendement concernait tous les véhicules « or, il y a beaucoup de Français qui louent des véhicules pour des déménagements, pour faire des travaux et qui utilisent du liquide ».

Le rapporteur LR de la commission d’enquête, Etienne Blanc a proposé de fixer un seuil par décret, « 200 ou 250 euros au-delà duquel, le paiement en espèce serait interdit ».

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Présidentielle : « J’irai jusqu’au bout » de l’élection pour « remettre la France à l’endroit », clame Bruno Retailleau à son premier grand meeting
11min

Politique

Présidentielle : « J’irai jusqu’au bout » de l’élection pour « remettre la France à l’endroit », clame Bruno Retailleau à son premier grand meeting

Depuis le parc Floral, en bordure de Paris, l’ancien ministre de l’Intérieur a tenu le premier grand rassemblement de sa campagne présidentielle ce 20 juin. Devant plusieurs milliers de personnes, le candidat a fait le serment de « relever » le pays « et de le remettre à l’endroit », concentrant ses coups contre la France insoumise et les macronistes.

Le

Narcotrafic : le Sénat vote une série de mesures pour lutter contre le blanchiment
4min

Politique

Sida : 45 ans après la découverte du virus retour sur l’Histoire d’une pandémie aux 44 millions de morts 

Aujourd’hui c’est une maladie « presque » comme les autres, et pourtant les années Sida ont, au début des années 1980, été une déflagration sanitaire et sociétale. Maladie sexuelle transmissible, sans traitement connu, elle touche d’abord les milieux homosexuels avant de se propager à toute la société et devient vite un sujet de santé publique mondial préoccupant. C’est cette histoire du SIDA, de ses origines à la découverte des antirétroviraux, que nous raconte Marion Aballéa dans son Histoire mondiale du SIDA (éditions du CNRS), un travail de recherche récompensé par le prix du Sénat du livre d’histoire 2026.

Le