Tourcoing Demantelement d’un reseau de trafic de stupefiants a Tourcoing (59)
Tourcoing, le 11 juin 2014. Les policiers de la brigade des stupefiants de Tourcoing ont demantele un important reseau de trafic d'heroine dans le quartier de la Bourgogne. Plusieurs dizaines de milliers d'euros en liquide, deux vehicules, des telephones et une arme de guerre de type Kalachnikov ont ete saisis./20MINUTES_150106/Credit:M.Libert/20 Minutes/SIPA/1407171511

Narcotrafic : un an après le vote de la loi, le nouveau parquet anticriminalité (Pnaco) entre en fonction

L’une des principales armes de la loi « visant à sortir la France du piège du narcotrafic », le parquet anticriminalité (Pnaco) entre en fonction ce lundi. Sur le modèle des parquets financier (PNF) et antiterroriste (Pnat), le Pnaco sera saisi des crimes les plus graves et complexes.
Rédaction Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Point d’orgue de la proposition de loi transpartisane du Sénat « visant à sortir la France du piège du narcotrafic » promulguée en juin dernier, le parquet anticriminalité (Pnaco) entre en fonction ce lundi. La nouvelle juridiction composée de 16 magistrats, en attendant le renfort de 10 autres en septembre, renforce l’arsenal judiciaire pour mieux lutter contre la délinquance du haut du spectre. A sa tête, la procureure, Vanessa Pérée, ancienne membre du cabinet d’Elisabeth Borne, elle était auparavant à la tête de l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués.

Compétence prioritaire, mais pas de monopole

Au sein du Pnaco basé au tribunal judiciaire de Paris, deux tiers des magistrats proviennent des juridictions pénales spécialisées (JIRS), et de l’ancienne juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (JUNALCO) », le dernier tiers dispose d’une compétence en matière de délinquance financière. « Sur chaque dossier, on aura un binôme » de procureurs, épaulés d’assistants spécialisés, pour pister le produit stupéfiant mais aussi l’argent, avec une « enquête patrimoniale poussée ». Traquer l’argent « est essentiel », insiste auprès de l’AFP, Vanessa Pérée.

A noter que lors des débats au Sénat, le monopole qui était initialement envisagé de confier au Pnaco, a été supprimé. Le nouveau parquet national pourra ainsi définir ses propres compétences, dans un dialogue avec les JIRS et les parquets locaux afin de pas priver les juridictions de toute possibilité de se saisir d’affaires graves. De même, un débat avait eu lieu sur l’opportunité d’établir le siège du Pnaco à Marseille, ville d’où est originaire la DZ Mafia, la principale organisation criminelle en France.

Ce nouveau parquet figure parmi les recommandations de la commission d’enquête du Sénat sur le narcotrafic en 2024. Les sénateurs préconisaient, à l’origine, un parquet national antistupéfiants (Pnast), l’équivalent judiciaire de l’Office antistupéfiants (Ofast), transformée sous leur plume en « DEA à la française » (l’agence américaine de lutte contre la drogue, ndlr), avant de se ranger derrière l’idée d’un Pnaco émise par le garde de Sceaux de l’époque, Éric Dupond-Moretti en raison de porosité entre le trafic de stups, d’êtres humains, d’armes.

170 affaires en cours

A ce jour, le Pnaco hérite de 170 dossiers en cours : narcotrafic, filières d’immigration clandestine, traite d’êtres humains, proxénétisme, vols à main armée… Lui échoient ainsi les investigations sur l’évasion en 2024 du trafiquant Mohamed Amra, qui a coûté la vie à deux agents pénitentiaires, celles sur le naufrage mortel de 31 migrants dans la Manche en 2021, ou sur une série d’enlèvements en 2025 liés aux cryptomonnaies.

Moyens des enquêteurs renforcés

La loi narcotrafic donne également de nouveaux outils, comme le « dossier coffre » ou « dossier distinct ». Décriée par la gauche et les avocats, mais défendue par le gouvernement, il s’agit d’un procès-verbal distinct, afin de ne pas divulguer certaines informations aux trafiquants et à leurs avocats. Seuls les éléments susceptibles de menacer l’intégrité physique ou la vie d’une personne, par exemple l’identité d’un enquêteur, seront portés au dossier coffre. En revanche, ils ne pourront pas être utilisés pour motiver une condamnation, à moins qu’ils ne soient « d’intérêt exceptionnel pour la manifestation de la vérité ». Une voie de recours sera possible devant le juge d’instruction.

Il sera également possible, dans le cadre d’une enquête, d’activer à distance un appareil électronique, à l’insu de son propriétaire, afin de procéder par exemple à des écoutes. Une telle technique ne pourrait concerner les appareils mobiles d’un député, sénateur, magistrat, avocat, journaliste ou médecin.

Ces moyens inquiètent de nombreux avocats, qui anticipent des atteintes aux droits de la défense. « Il n’y a pas de dérive, nous nous inscrivons dans l’Etat de droit. Ce sont des moyens légaux, avec des contrôles, des débats contradictoires, la nécessité de passer devant un juge », a assuré Vanessa Perrée.

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Narcotrafic : un an après le vote de la loi, le nouveau parquet anticriminalité (Pnaco) entre en fonction
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le

Narcotrafic : un an après le vote de la loi, le nouveau parquet anticriminalité (Pnaco) entre en fonction
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le