Navalny-Poutine, un défi 2.0

Navalny-Poutine, un défi 2.0

Après avoir survécu à une tentative d’empoisonnement en août dernier, Alexeï Navalny, médiatique opposant à Vladimir Poutine avait promis de revenir chez lui, en Russie. Le 17 janvier 2021, il est arrêté par les autorités russes dès sa descente de l’avion qui le ramerait à Moscou. Une scène filmée et diffusée sur les réseaux sociaux qui sera suivie de beaucoup d’autres… La communication 2.0 d’Alexeï Navalny peut-elle véritablement déstabiliser le pouvoir de Vladimir Poutine ? Hélène Risser et ses invités en débattent cette semaine dans Hashtag.
Public Sénat

Par Nils Buchsbaum

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Le visage et les mains barbouillés en vert, Alexeï Navalny vient de se faire attaquer avec un liquide toxique coloré. La scène se déroule en 2017, peu après une agression dont il publie la photo tout sourire sur son compte Instagram. Depuis son émergence médiatique, Alexeï Navalny n’hésite donc pas à se mettre en scène sur les réseaux sociaux pour promouvoir son combat contre la corruption en Russie. Selon Clémentine Fauconnier, politologue spécialiste de la Russie, il a en effet « la capacité à mettre en récit tous les événements de sa vie. Même les évènements qui sont a priori les plus tragiques et les plus traumatisants, à chaque fois il transforme en force ». Navalny communique et a un but : « Il veut montrer qu’il n’a pas peur. Que rien ne peut le faire reculer ».

« Navalny est très bien adapté aux médias numériques, il n’a pas seulement un message politique, institutionnel. […] Il suscite l’émotion »

L’épisode de l’attaque au produit toxique sera le premier d’une longue série, jusqu’à ce début d’année 2021 où l’on suit quasiment en direct sur Internet ses procès et les perquisitions aux domiciles de ses proches. Des vidéos devenues virales, postées sur les réseaux sociaux pour alerter sur les agissements de l’administration Poutine. « Navalny est très bien adapté aux médias numériques, il n’a pas seulement un message politique, institutionnel, déclare Clémentine Fauconnier. Il met aussi en scène des valeurs et des qualités qui peuvent parler à beaucoup, comme le courage ou l’humour. Bref, il suscite l’émotion ». Les dirigeants russes, eux, semblent avoir mis beaucoup de temps à comprendre qu’il se passait quelque chose sur internet. La politologue explique : « L’internet russe a été très libre, maintenant il est en train d’être mis un petit peu sous contrôle mais il reste relativement libre par rapport à d’autres médias, comme la télévision publique. C’est un aspect sur lequel le Kremlin a été dépassé ces derniers temps ». La politiste Marie Mendras abonde dans ce sens : « Navalny est en train de gagner la bataille de la communication. Il réussit à montrer que le seul recours de Poutine est la répression policière et judiciaire ».

« Popularité ne veut pas forcément dire soutien et soutien ne veut pas toujours dire engagement dans la rue ».

Mais le risque à se mettre en scène de cette façon ne serait-il pas de provoquer une forme de culte de la personnalité ? Pour l’instant selon Marie Mendras, ce n’est pas le cas : « Navalny a compris qu’il ne fallait pas jouer le culte de la personnalité. Des changements vont arriver en Russie dans les années qui viennent mais il faut que cela soit des changements sociaux, institutionnels et de mentalités ». Elle insiste : « Il ne faut pas dire Navalny va remplacer Poutine ».
Une analyse que relativise cependant le journaliste Piotr Smolar car « au-delà du cercle des convaincus par Navalny, il y a tous ces autres russes qui restent passifs. Popularité ne veut pas forcément dire soutien et soutien ne veut pas toujours dire engagement dans la rue ». Jusqu’où ira la vague Navalny et qu’elle sera son impact sur la société russe ? Le 2 février, ce dernier est condamné à deux ans et huit mois de prison ferme. Ses soutiens quant à eux, accusent le coup de la répression. Pour éviter de nouvelles arrestations de masse, parfois suivies de condamnations, les leaders du Fonds de Lutte contre la Corruption (FBK) de Navalny ont suspendu les appels aux manifestations dans la rue.

Retrouvez l’intégralité de l’émission Hashtag en replay ici

Dans la même thématique

Paris: Lucie Castets
7min

Politique

« Exigeante », « politique », « âpre négociatrice » : le profil de Lucie Castets par les sénateurs qui l’ont côtoyée

Cette haute fonctionnaire de 37 ans, issue de la société civile et très marquée à gauche, a été choisie par le Nouveau Front populaire comme candidate au poste de Première ministre. Au Sénat, plusieurs élus ont été amenés à travailler avec elle à la mairie de Paris. Ils saluent ses aptitudes, et l’appellent désormais à engager une « bataille de l’opinion » pour pousser Emmanuel Macron à la nommer à Matignon.

Le

Paris Olympics
6min

Politique

Candidature du NFP à Matignon : Emmanuel Macron « botte en touche en disant qu’on va d’abord s’occuper des JO »

Mardi 23 juillet, Emmanuel Macron a donné sa première longue interview télévisée depuis la dissolution et les législatives. L’occasion pour le président de la République de livrer son analyse du scrutin, de temporiser et de refuser net la candidate du Nouveau Front populaire pour Matignon. Analyse de cette prestation avec l’expert en communication Philippe Moreau-Chevrolet.

Le

Emmanuel Macron interview sur France TV
4min

Politique

Emmanuel Macron est-il contraint de nommer Lucie Castets Première ministre ?

Hier, le Nouveau Front populaire s’est accordé sur le nom de Lucie Castets comme candidate au poste de Première ministre. Emmanuel Macron a balayé cette candidature considérant que cela n’était « pas le sujet ». Ce matin, Lucie Castets a demandé au Président de la République « de prendre ses responsabilités et de la nommer Première ministre ». Si constitutionnellement rien ne le contraint à nommer un Premier ministre, la décision du chef de l’Etat réside dans le choix « qui lui semble le plus à même de résister à une motion de censure », selon Bastien François, professeur de sciences politiques à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Le