La neige fait visiblement chauffer les esprits. Les températures négatives qui se sont abattues sur la Ville lumière depuis une dizaine de jours sont rapidement devenues un enjeu de campagne, entre les différents prétendants à la mairie de Paris. Et leur lot d’événements météorologiques avec. De la majorité sortante à ses adversaires, chacun s’accuse et se renvoie la balle de la responsabilité. L’occasion aussi pour les candidats de dérouler, à qui mieux mieux, leur programme de gestion des épisodes de froid.
L’enjeu des hébergements d’urgence
Malgré le mercure frôlant la barre des 0 degrés dans la capitale après Noël, et de nombreuses alertes, l’activation du plan « Grand froid » à tarder à être annoncée. Ce qui a mis le feu aux poudres parmi les candidats aux élections du mois de mars. « J’en appelle à la majorité sortante », s’était exprimée l’insoumise Sophia Chikirou sur X le 26 décembre, apostrophant directement Anne Hidalgo (PS), Emmanuel Grégoire (PS), Ian Brossat (PCF) et David Belliard (Ecologistes). « Il faut mettre en place une grande opération de mise à l’abri avec ouverture de jour et de nuit de lieux chauffés et distribution de repas chauds. Réquisitionnez les logements vides ! Agissez au nom des Parisiens et Parisiennes. N’attendez pas de compter les morts ! ». Et l’équipe en place de se défendre, en précisant que la municipalité multipliait les demandes : « Avec de nombreux élus parisiens, nous interpellons depuis plusieurs jours l’État pour qu’il active le plan ‘Grand froid’ », écrivait le socialiste Emmanuel Grégoire, tête de liste de la gauche unie sans LFI.
Cette activation relève en effet de la préfecture d’Ile-de-France. L’institution est la seule compétente pour actionner ce dispositif exceptionnel entre le 1er novembre et le 31 mars, lorsque les températures le nécessitent. Concrètement : en cas d’épisode de froid intense, étendu géographiquement et d’une durée d’au moins deux jours. Le plan « Grand froid » permet notamment d’ouvrir des places d’hébergement d’urgence dans les villes concernées, en réquisitionnant des bâtiments publics disponibles, comme des gymnases ou des écoles. D’après la mairie de Paris, 1200 places supplémentaires ont été mobilisées depuis le week-end dernier.
L’heure est à présent aux propositions électorales. Emmanuel Grégoire s’est déplacé hier au Carreau du Temple, où 300 personnes ont pu trouver un toit. « Il faut trouver une solution plus pérenne », affirme-t-il dans une vidéo sur X, et s’est engagé à ce que « plus une seule personne » ne dorme à la rue, s’il est élu. Du côté d’Horizons, Pierre-Yves Bournazel, aussi soutenu par Renaissance, a proposé début janvier le déblocage de 3 000 places d’hébergements par la mobilisation de « 25 bâtiments inoccupés dans tout Paris », dont des gymnases et l’Académie du Climat.
Attaques gauche-droite entre salage et pistes cyclables
Les accrochages se multiplient également cette semaine sur les opérations de salage des routes, et les dysfonctionnements de chauffage dans des écoles parisiennes du 12e arrondissement. Pierre-Yves Bournazel y voit « le résultat d’une gestion catastrophique [ndlr : des budgets d’investissement par la mairie] qui met en danger les Parisiens ». Il accuse aussi les Ecologistes, à présent ralliés derrière le PS, de « limiter le salage » pour des raisons idéologiques. Des propos réfutés par le Vert David Belliard, évoquant 84 % des axes traités ce mercredi matin. Et l’élu communiste Ian Brossat de répliquer : « Les rues ne se salent pas toutes seules. […] La droite parisienne, jamais à court d’hypocrisie, propose de supprimer des milliers de postes de fonctionnaires ». C’est aussi une publication d’Emmanuel Grégoire relayant des cyclistes sous la neige, qui s’est retrouvée dans le viseur de la droite hier, « une bêtise » pour Bournazel.
Le mutisme de Dati
Chez les Républicains, Rachida Dati ne s’est pas encore emparée du sujet, alors même qu’elle s’est démarquée depuis le début de la course à la mairie par une communication offensive sur ses réseaux sociaux. En novembre, elle avait notamment relayé des vidéos de campements de personnes sans-abri, s’offusquant d’une situation « digne ni pour les riverains, ni pour les migrants ». Son soutien Michel Barnier s’était lui affiché aux côtés de la maire du Ve arrondissement, Florence Berthout, devant le gymnase des Patriarches le 19 décembre, dans une vidéo Instagram. Le député LR de la 2e circonscription de la capitale s’était attristé de la réquisition du bâtiment « pour y accueillir des migrants ». « Il y a des insultes que l’on porte comme des médailles », s’était alors immédiatement insurgé Emmanuel Grégoire.
Le froid jusqu’au jardin du Luxembourg
La question du froid s’est également invitée au Sénat cet après-midi lors de la séance de questions d’actualité au gouvernement. Interpellé par les élus Annie Le Houérou (PS) et Ahmed Laouedj (RDSE), le ministre du Logement a indiqué que l’exécutif travaille « à augmenter le budget pour l’ensemble de l’hébergement d’urgence ». Le plan « Grand froid » a été activé dans 73 départements, d’après Vincent Jeanbrun, de quoi multiplier le nombre de communes où l’enjeu des températures négatives pourrait être mobilisé par les candidats aux municipales.