Néonicotinoïdes : « On peut accorder une dérogation de manière curative » pour l’ancien commissaire européen à l’agriculture Dacian Ciolos
Le 9 février dernier les tracteurs défilaient dans Paris. En cause la décision prise le 19 janvier dernier par la Cour de justice de l’Union européenne de mettre fin aux dérogations accordées par les états pour l’usage des néonicotinoïdes. Des produits phytosanitaires jugés dangereux notamment pour les abeilles et interdits depuis 2018 au sein de l’Union européenne, mais qui continue d’être utilisée par dérogation. Mais est-ce vraiment la fin des néonicotinoïdes en Europe ? Pas si sûr…

Néonicotinoïdes : « On peut accorder une dérogation de manière curative » pour l’ancien commissaire européen à l’agriculture Dacian Ciolos

Le 9 février dernier les tracteurs défilaient dans Paris. En cause la décision prise le 19 janvier dernier par la Cour de justice de l’Union européenne de mettre fin aux dérogations accordées par les états pour l’usage des néonicotinoïdes. Des produits phytosanitaires jugés dangereux notamment pour les abeilles et interdits depuis 2018 au sein de l’Union européenne, mais qui continue d’être utilisée par dérogation. Mais est-ce vraiment la fin des néonicotinoïdes en Europe ? Pas si sûr…
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Benoît Biteau est un homme heureux. Le 19 janvier dernier, la Cour de justice de l’Union européenne a estimé qu’aucune dérogation n’était possible à l’interdiction européenne (2018) des semences traitées aux néonicotinoïdes. « C’est à ça que sert la Cour de justice européenne, c’est à faire appliquer la loi quand elle est saisie. Elle a été saisie et elle a tranché. Je salue cette décision qui n’a que trop duré. Il y avait des trous dans la raquette car on n’a pas suffisamment anticipé l’arrêt des néonicotinoïdes, qui était urgent », raconte l’eurodéputé français écologiste, éleveur de profession.

Les néonicotinoïdes sont un danger pour la biodiversité et les pollinisateurs, puisqu’ils s’attaquent au système nerveux des insectes et sont mis en cause dans le déclin massif des abeilles. Mais pour autant cette décision de justice signe-t-elle l’arrêt définitif de l’usage des pesticides au sein de l’Union européenne ?

Des utilisations exceptionnelles encore possible ?

Ce n’est pas pour tout de suite à écouter Dacian Ciolos, eurodéputé roumain et ancien Commissaire européen à l’agriculture (2010-2014). « Ce que j’ai compris de la décision de la Cour de Justice, c’est qu’elle statue de manière claire : on ne peut plus accorder de dérogation pour l’utilisation préventive de néonicotinoïdes, c’est-à-dire l’enrobage des semences qui est une utilisation préventive. Par contre, on peut accorder une dérogation de manière curative, quand on identifie que sur une surface donnée pour certaines cultures, on n’a pas de solutions alternatives et que l’impact économique est très important. » Avec 16 dérogations à l’interdiction des néonicotinoïdes, la Roumanie est l’Etat qui a le plus utilisé des dérogations. Et pour l’ancien premier ministre roumain, même si à terme il reconnaît qu’il faudra se passer de l’utilisation de ces produits chimiques « il est clair que sur le court terme, pour un, deux ou trois ans, il n’y a pas d’autres alternatives que d’utiliser des molécules. Pour la Roumanie et les cultivateurs de maïs, il n’y a pas encore d’alternatives viables. »

« Inverser vraiment des tendances lourdes »

Un bras de fer autour de l’usage des néonicotinoïdes qui dure depuis 20 ans entre la Commission européenne et les agriculteurs, et qu’il faut définitivement clore assume Benoit Biteau. « Tant qu’on ne sera pas sur des politiques suffisamment incitatives pour encourager la bifurcation agricole, on sera obligé d’utiliser des produits qui ne règlent que les conséquences du développement agricole qu’on constate, et on sera obligé d’avancer sur des réglementations avec les tensions que cela provoque, et des difficultés de temporalité. Quand le couperet tombe, la temporalité elle est extrêmement restreinte. Alors qu’avec des politiques incitatives, on pourrait vraiment inverser des tendances lourdes. » Pas l’avis de tous encore. Des milliers d’agriculteurs ont convergé en tracteur vers Paris mercredi dernier pour manifester contre les contraintes « pesant sur leur secteur, et en particulier les restrictions d’usage des pesticides pour la culture de la betterave sucrière.

Revoir l’intégralité de l’émission en replay

Partager cet article

Dans la même thématique

Bourgoin-Jallieu  demonstation against sexual violence targeting women and children
6min

Politique

Loi intégrale contre les violences sexuelles : « Que le gouvernement aborde l'examen de ce texte avec humilité et en ayant en tête son bilan », enjoint Laurence Rossignol

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé l'inscription de la proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles comme premier texte de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale lors de la reprise de la session ordinaire, début octobre. Ce texte de 69 articles est inspiré des 140 propositions élaborées par une coalition d'associations féministes et de défense des droits des enfants. Le meurtre dramatique de la jeune Lyhanna avait mis la pression sur l'exécutif, poussé par l'opposition de gauche et le bloc central, à aborder les violences sexuelles et sexistes dans une approche systémique.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : suivez le premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
7min

Politique

Présidentielle 2027 : une multitude de candidats mais combien seront-ils réellement sur la ligne de départ ?

À huit mois de l’élection présidentielle, la course à l’Élysée donne l’impression d’une compétition sans limite. Une trentaine de personnalités, déclarées, pressenties ou envisagées, ambitionnent déjà de se présenter. Mais entre les primaires, le financement des campagnes et surtout les 500 parrainages d’élus nécessaires, la liste devrait rapidement se réduire.

Le

Photo illustration collage affiches election presidentielle de 2027
5min

Politique

Présidentielle : et si les électeurs français étaient moins indécis qu’on ne le pense ?

Une étude de Terra Nova en partenariat avec Cluster 17 sortie ce mercredi étudie la structure de l’électorat français à quelques mois de la présidentielle. Elle décrit des électeurs répartis en cinq blocs politiques. Si la porosité entre eux est possible, elle est plus probable entre blocs voisins. Si aucune majorité ne se dégage des estimations du premier tour, au second, le modèle prédit une victoire de Marine Le Pen dans tous les cas.

Le

Paris: The senate vote on an amendment of a government plan to enshrine the « freedom » to have an abortion in the French Constitution
11min

Politique

« La disparition de François Patriat nous ressoude encore plus » : confiant sur son maintien lors des sénatoriales, le groupe RDPI face à l’après Macron

Avec le décès de François Patriat, qui dirigeait le groupe macroniste depuis sa création en 2017, le RDPI, dont plus de la moitié des membres est renouvelable, aborde les sénatoriales dans des conditions très spéciales. Mais la disparition du fidèle d’Emmanuel Macron vient aujourd’hui resserrer les liens. Des questions se poseront plutôt après la présidentielle, où la « recomposition au centre » pourrait concerner le groupe, qui va avant se trouver un nouveau président. Plusieurs noms circulent.

Le