Nicolas Bay : « C’est le cafouillage total ! »
Nicolas Bay, député européen du Rassemblement national, juge que le gouvernement parle beaucoup mais n’agit pas assez. Il redoute que les conditions sanitaires nécessaires à un déconfinement le 11 mai ne soient pas réunies. Il se montre également critique sur la réponse européenne à la crise. Pour lui, il faut en finir avec le modèle mondialiste et repenser le modèle européen. Il répond aux questions d’Oriane Mancini.

Nicolas Bay : « C’est le cafouillage total ! »

Nicolas Bay, député européen du Rassemblement national, juge que le gouvernement parle beaucoup mais n’agit pas assez. Il redoute que les conditions sanitaires nécessaires à un déconfinement le 11 mai ne soient pas réunies. Il se montre également critique sur la réponse européenne à la crise. Pour lui, il faut en finir avec le modèle mondialiste et repenser le modèle européen. Il répond aux questions d’Oriane Mancini.
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Le plan de déconfinement :

« Je crois que les Français attendent ce déconfinement parce que les conséquences économiques et sociales sont très lourdes.

La question est de savoir s’il peut se passer dans de bonnes conditions. Jusqu’à présent, les différentes prises de parole ont laissé les Français sur leur faim parce qu’il y avait un certain flou sur de nombreux sujets. Je pense à la question des médicaments, des masques ou des tests.

La question n’est pas de savoir quand on déconfine mais si on peut le faire dans de bonnes conditions. Je note que l’Autriche l’a déjà fait parce qu’elle a été capable de contrôler sa frontière beaucoup plus tôt, de produire des tests et des masques en quantité suffisante.

C’est sur ces points qu’il faut des réponses précises pour s’assurer que les Français seront réellement protégés. »

La position du RN :

« Les députés RN n’ont pas l’intention d’accepter tout et n’importe quoi au nom d’une prétendue union nationale. On a le sentiment que le gouvernement patauge sur un certain nombre de sujets.

Si le plan nous semble raisonnable, réaliste, pragmatique et que l’on a le sentiment que le gouvernement a pris toutes les dispositions nécessaires, nous serions prêts à le voter. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas le cas jusque-là. Il a été défaillant dans l’anticipation et maintenant cela fait des semaines que le sujet des masques et des tests perdure. Il y a une défaillance très forte. Le gouvernement nous dit qu’il essaie de rattraper son retard mais en réalité il ne rattrape rien du tout. »

L’accès aux masques :

« Nous sommes dans une situation de vulnérabilité et de dépendance à l’égard de la Chine notamment et c’est un peu humiliant. Le virus vient de Chine et on en est à attendre que des avions russes nous transportent des masques de Chine pour pouvoir protéger nos soignants.

La question est de savoir quand nous aurons des masques dans les transports et dans les entreprises. Il faudrait fournir des masques à tous les Français mais on en est loin.

Le confinement a des conséquences dramatiques donc évidement il faut déconfiner le plus tôt possible mais il faut des conditions sanitaires acceptables.

Le gouvernement parle beaucoup mais n’agit pas assez. On a le sentiment que les sociétés privées parviennent à se procurer des masques, que les collectivités y parviennent également mais l’État semble en être incapable. La gratuité des masques serait normale et logique.

A part dans certains quartiers, l’immense majorité des Français a respecté les règles de confinement. Maintenant, il faut que le gouvernement assume ses responsabilité. »

Le retour dans les écoles :

«Il y a une certaine incohérence. On ne peut pas dire qu’il faut un retour à l’école et dire qu’il doit se faire sur la base du volontariat. Soit c’est une priorité absolue et tous les enfants y vont, soit ce n’est pas une priorité et il n’y a aucune raison de commencer par ça.

Je dirais que la priorité c’est la reprise économique et pas la reprise scolaire même si elle est souhaitable.

Les collectivités ou les directeurs d’établissements nous disent que pour l’instant ils n’ont pas de consignes claires et peut-être qu’elles n’arriveront que juste avant le 11 mai. Là aussi, c’est le cafouillage le plus total. Là aussi, on a un gouvernement qui fait des annonces mais la logistique ne suit pas et ça pose un vrai problème. »

Le secteur de la restauration :

« C’est certainement le secteur le plus durement touché et avec un caractère irréversible. La perte de chiffre d’affaires a un caractère définitif. Ils ne pourront pas la compenser. Il faudrait aller beaucoup plus loin dans les aides annoncées. Il ne suffit pas de reporter cotisations et charges pour régler le problème. Il faut les annuler et en particulier pour les PME et TPE ou les artisans.

Sur la date de réouverture des bars et restaurants, cela va là encore dépendre de la capacité du gouvernement à apporter les conditions de sécurité sanitaire nécessaires. Si on a des gels, des tests et des masques, on pourra le faire, mais là encore, nous n’avons pas de réponses. » 

Le traçage numérique :

« Il y a une vraie controverse scientifique. Beaucoup doutent de son efficacité. Il n’y a pas de consensus sur cette question. On voit bien que c’est un instrument numérique qui porterait très gravement atteinte à nos libertés fondamentales et individuelles.

C’est mis en œuvre dans les pays asiatiques mais ils n’ont pas tout à fait la même conception des libertés individuelles et du fonctionnement démocratique. Son application ici me paraît assez contestable. Il ne faudrait pas que cela ouvre la voie de manière plus générale à un contrôle possible des libertés individuelles au-delà de cette crise sanitaire. Cela me semble être une pente très dangereuse et je ne suis pas sûr de son efficacité médicale. »

Les aides accordées à Air France :

« Il faut sauver nos entreprises stratégiques mais il faut que ce soit une politique au service des Français. Une politique d’emplois au service des Français. Une politique de service public aérien au service des Français. Il faut que l’État ait la capacité de donner des orientations aux choix commerciaux futurs de la compagnie. Par exemple, il faut que le service public aérien soit assuré vers nos territoires d’Outre-mer ou nos territoires ruraux. On ne peut pas verser sept milliards d’argent public et ne pas avoir un État qui intervient concrètement sur les orientations.

Je ne dis pas qu’il aurait fallu nationaliser. On peut aussi envisager une nationalisation temporaire quand les situations sont critiques.

On voit bien que l’on sera dans une situation difficile après la crise. On sera à 115% de dette et c’est parce que nous avions déjà avec Emmanuel Macron franchit la barre des 100%. Les pays qui avaient des déficits et des dettes publiques moins importants seront en capacité de surmonter cette crise dans de bien meilleures conditions. La France risque de plonger parce que nous étions déjà dans une situation critique et que la politique menée depuis trois ans n’a pas du tout apporté de résultats économiques satisfaisants. »

Le rôle de l’Europe :

« Il n’y a pas d’argent de l’Union européenne. L’argent vient des pays contributeurs. La France verse par exemple le double de ce qu’elle reçoit chaque année. Quand l’UE annonce 540 milliards d’euros au service de l’économie, ce chiffre est en réalité un droit de tirage de chaque pays à hauteur de 2% de son PIB. On va perdre au minimum 8 ou 9 points de PIB alors ce montant est faible.

La question est de savoir quelle est la plus-value à ce que ces mécanismes soient organisés à l’échelle européenne. On voit bien que l’on serait plus efficace à l’échelle nationale et en décidant nous-même quels sont les secteurs qui ont besoin de ces aides. Ce n’est pas un système performant. On est pieds et poings liés dans ce dispositif européen qui ne sert pas nos intérêts.

L’urgence absolue, c’est que l’argent soit utilisé au service des entreprises menacées de faillite et notamment les petites structures. L’attention de la puissance publique doit se porter sur les commerçants, sur les TPE et PME. »

Le modèle économique :

« Il faut repenser totalement notre modèle économique. Est-ce que l’on doit continuer à être vulnérable et dépendant de la Chine y compris pour des masques en papier ? Est-ce que l’on doit encore être dépendant de la Chine pour des respirateurs ou des besoins industriels de base ? Je dis évidement non ! Si on veut retrouver une souveraineté, il faut sortir de la logique mondialiste, c’est-à-dire cette logique qui veut que l’on produise à l’autre bout du monde pour diminuer les coûts de production. Il faut mettre en place des protections douanières et en finir avec le modèle mondialiste qui a fait des ravages. »

La mutualisation des dettes :

« Nous ne sommes pas favorables à la mutualisation des dettes au niveau européen. Ce serait un pas de plus vers le fédéralisme européen.

L’augmentation du budget européen n’a aucun sens. Le départ des Britanniques doit au contraire nous conduire à le diminuer. L’UE doit se reconcentrer sur des missions de coopération entre les nations, de coordination, où d’ailleurs elle a été défaillante. Sur la crise sanitaire, l’UE disposait de tous les éléments d’informations et n’en a tenu aucun compte.

Aujourd’hui elle essaie de se racheter en organisant un grand plan de soutien, en faisant tourner la planche à billets. En réalité, elle s’est révélée totalement défaillante alors que l’on nous avait toujours dit que l’échelon européen serait le seul efficace en cas de crise majeure.

Cela doit nous inciter à repenser de modèle, à changer les orientations politiques, à modifier son fonctionnement et surtout à en finir avec la fuite en avant fédéraliste. »

 

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