« Non-mixité raciale » : les sénateurs entre désintérêt et réprobation
L’organisation d'ateliers en non-mixité par le syndicat SUD-Education 93 fait polémique. Cet outil, utilisé par la nouvelle génération des militants antiracistes, fait réagir les sénateurs interrogés par Public Sénat. Par désintérêt ou par précaution, plusieurs sénateurs n’ont pas souhaité s’exprimer.

« Non-mixité raciale » : les sénateurs entre désintérêt et réprobation

L’organisation d'ateliers en non-mixité par le syndicat SUD-Education 93 fait polémique. Cet outil, utilisé par la nouvelle génération des militants antiracistes, fait réagir les sénateurs interrogés par Public Sénat. Par désintérêt ou par précaution, plusieurs sénateurs n’ont pas souhaité s’exprimer.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

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Des réunions interdites aux blancs. C’est en ces termes que les détracteurs de cette pratique qualifient les ateliers en non-mixité. Ces réunions réservées aux « racisé.e.s » (comprendre : personnes victimes de discriminations du fait de leur origine réelle ou supposée) visent à libérer la parole, selon les organisateurs. D’après la sociologue Christine Delphy, cet outil résulte de la théorie de l’auto-émancipation, « c’est la lutte par les opprimés pour les opprimés, » développe-t-elle sur le site Les mots sont importants. Une méthode qui est employée par des militants afro-américains depuis les années 60 et par différents groupes féministes.  

Mais ces explications ne passent pas pour le ministre de l’Éducation comme pour nombre de sénateurs. La polémique liée à l’organisation d’un colloque, qui comprenait deux ateliers en non-mixité sur 16 ateliers, par le syndicat SUD-Education 93, a provoqué une réaction ferme du ministre. Après avoir condamné les stages en non-mixité, il a annoncé qu’il porterait plainte pour diffamation contre l’utilisation de l’expression « racisme d’État. »

Pour David Assouline, ce mouvement se développe en « miroir des fascismes d’extrême-droite. »

Pour le sénateur socialiste, David Assouline, « il y a une dérive nette liée » à une grille de lecture « racialiste. » Lui qui revendique le fait d'avoir participé à l’organisation de la marche contre le racisme et pour l'Égalité des droits en 1983, qualifie cette nouvelle génération de « pseudo-antiracistes. » Il leur reproche notamment de brandir « des notions de races » contraires à « l’universalisme. » David Assouline condamne une démarche articulée « sur la base de l’ethnie » et rappelle qu’à son époque « la bagarre progressiste visait à unifier et non à diviser. »  Selon lui, ce mouvement se développe en « miroir des fascismes d’extrême-droite. »

Cette question est tout particulièrement sensible à gauche de l’échiquier politique. Porteuse revendiquée des questions de lutte contre le racisme, la gauche a largement souffert de ce débat aux multiples ramifications. La génération post SOS racisme revendique une réappropriation de ces combats qui, selon elle, ont été détournés par le Parti socialiste. De là, plusieurs points de fracture opposent nouveaux et anciens antiracistes : le débat sur le port du voile, celui sur la notion d’islamophobie et aujourd’hui celui sur les ateliers en non-mixité. Le camp d’été décolonial organisé par Fania Noël et Sihame Assbague avait déjà déclenché une polémique à l’été 2016.  

Cyril Pellevat estime que cette pratique « ne contribue pas au vivre-ensemble. »

Du côté de la droite et du centre au Sénat, cette question ne lève pas les foules. Si certains admettent ne pas s'être penchés sur la question, les autres se prononcent contre. Le sénateur Les Républicains, Cyril Pellevat estime que cette pratique « ne contribue pas au vivre-ensemble. » À l’évocation du terme « racisé », le sénateur de Haute-Savoie se dit « choqué. » Pour lui, « ça ne va pas dans le sens de ce que l’on souhaite faire en matière de diversité. »

Les sénateurs communistes ne se prononcent pas 

Pour ce qui est du groupe communiste, c’est une autre histoire. Comme pour le parti socialiste, cette question est délicate. Aucun des sénateurs contactés par Public Sénat n’a souhaité s’exprimer. Certains estiment que ce débat est trop important pour y apporter des réponses primaires. Au groupe la France insoumise de l’Assemblée nationale, la question divise. Sur LCP, Alexis Corbière, député FI, affirmait qu’il ne souhaitait pas que l’on mette en place un système où « en fonction de la couleur de la peau, on peut se réunir ou pas. » Une position contraire à celle de sa collègue, Danièle Obono, qui soutient le concept des réunions en non-mixité raciale.

Sur Sud radio, Danièle Obono déclarait que « La pratique de la non-mixité n'est pas dangereuse dans le sens où c'est une pratique qui répond, à un moment donné, à des besoins d'une catégorie. » La députée soulignait que cette pratique était aussi utilisée par « des mouvements féministes. » Elle disait comprendre le besoin de parler « avec des personnes avec lesquelles on s'identifie, comme partageant le même type de problèmes. Dans ce cas-là, c'est plus un outil pédagogique pour pouvoir libérer la parole plus facilement » concluait-elle.

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