Notre-Dame-des-Landes : quel avenir pour la ZAD ?
Les invités d’ « On va plus loin », tentent d’esquisser le futur de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, après la décision du gouvernement d’abandonner le projet de son aéroport.

Notre-Dame-des-Landes : quel avenir pour la ZAD ?

Les invités d’ « On va plus loin », tentent d’esquisser le futur de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, après la décision du gouvernement d’abandonner le projet de son aéroport.
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Après l’annonce de l’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes par le Premier ministre Edouard Philippe mercredi 17 janvier, la question se pose de l’avenir de la ZAD, qui compterait, selon les autorités, près de 350 occupants.

Les réactions des membres du gouvernement  et proches d’Emmanuel Macron, se concentrent tout d’abord sur la fermeté à avoir vis-à-vis des zadistes. Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur, a annoncé que les opposants devaient libérer les routes bloquées « d’ici à la fin de la semaine », et Christophe Castaner, le délégué général de la République en marche, a affirmé que « les zadistes n’ont pas gagné ». Ils ont rappelé que ces derniers avaient jusqu’à la fin de la trêve hivernale pour quitter les lieux. Car « si les occupants de la ZAD sont expulsés maintenant, l’État dérogerait au droit commun » selon Maître Claire Dujardin, membre de l’Association des Avocats de France, contactée par Publicsenat.fr.

François Patriat, président du groupe La République en Marche au Sénat et sénateur  (LREM) de la Côte-d’Or, insiste, lui aussi,  sur le fait que les zadistes doivent évacuer la zone : « Les zadistes qui étaient venus pour s’opposer à l’aéroport n’ont plus de raison d’y rester et doivent maintenant se retirer des lieux (…) Maintenant, il y a ceux qui sont là pour d’autres raisons : des ultras (…), anarchistes et autres, qui sont là pour casser du gouvernement, qui sont contre l’État. Tous ces gens-là, il faut les détecter. »

Et d’ajouter : « La ZAD, c’est quand même le foutoir (…) Les Français ne comprendraient pas qu’il y ait des gens qui, aujourd’hui, aient des exigences sur le terrain du fait qu’ils ont occupé illégalement un territoire pendant dix ou quinze ans et qu’ils se l’approprient. »

Ronan Dantec, sénateur écologiste (RDSE) de Loire-Atlantique, est plutôt confiant. Pour lui, les choses vont s’organiser et s’apaiser : «Edouard Philippe dit : « On rend les terres aux paysans », puisqu’un certain nombre de paysans ont été expulsés (…) Si ces paysans récupèrent leurs terres et les donnent en gestion à des jeunes qui sont installés là (….), qui cotisent à la mutualité agricole (…), on sera dans le droit. L’important, c’est le retour au droit. »

Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne et qui connaît bien la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, va dans ce sens : « Il va falloir trouver un équilibre entre tous ces projets qui ont vu le jour (…) Ça ouvre un champ des possibles. (…) On sait très bien qu’une fois que le projet de l’après aéroport sera mis sur les rails, il y aura forcément les éléments les plus radicaux qui vont partir. Ceux qui vont rester sont là pour construire un projet économique, un projet de vie (…) Il va falloir inventer quelque chose pour pouvoir faire en sorte que tout rentre (…) dans la légalité (…) Ce n’est absolument pas la volonté des gens qui sont parmi les opposants au projet de l’aéroport, que de continuer à être dans la clandestinité. »

Un avis que ne partage pas du tout Jean-Charles Taugourdeau, député (LR) du Maine-et-Loire, extrêmement déçu de la décision du gouvernement et pessimiste quant à la suite des évènements : « Il faut quand même qu’on remette de l’ordre dans la République (…) Le printemps, c’est le 21 mars. Et le 21 mars ne va pas être si tranquille que cela, si joli que cela parce que (…) les zadistes ont dit qu’il était hors de question d’accepter une évacuation quelle qu’elle soit. »

Avec la décision d’Édouard Philippe d’abandonner le projet Notre-Dame-des-Landes, le modèle du Larzac, évoqué notamment par l’eurodéputé José Bové, et qui se traduit par une gestion collective des terres, ressurgit. Pascal Jalabert, rédacteur en chef du groupe Ebra (journaux de l’Est de la France), n’est pas convaincu qu’il puisse s’appliquer sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes : « Attention, à ne pas verser dans quelque chose qui serait de l’assistanat. On a parlé de gens « antisystème » qui voulaient inventer autre chose, mais je crois qu’ils allaient quand même à la CAF de Loire-Atlantique chercher les aides sociales. Le modèle Larzac est vertueux, il a réussi, la preuve, ça fait 40 ans qu’il dure. Donc il faut le structurer.  (…) Il fonctionne aussi parce que c’est quand même une zone AOC avec des gens très compétents qui savent faire de la qualité. Les conditions sont-elles requises [à Notre-Dame-des-Landes] ? Le professionnalisme est-il là ? Ce sont des choses à voir avant. »  

Mais là aussi, le sénateur écologiste, Ronan Dantec reste optimiste : « On n’est pas très loin de Nantes. On va être sur un territoire, qui est globalement un territoire bio (…) Peut-être que demain on aura des AOC Notre-Dame-des-Landes. Il y aura un marché derrière (…) Je suis même prêt à prendre un pari. Le futur maire de Notre-Dame-des-Landes dans 20 / 25 ans, il y a des chances qu’il soit né ou qu’il soit venu sur la ZAD. »

 

Vous pouvez regarder le débat en intégralité :

Notre-Dame-des-Landes : Quel avenir pour la ZAD ?
55:17

 

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