Dans la série des villes où la gauche fait alliance avec des insoumis pour le second tour, s’ajoute Tulle. Dans la préfecture de Corrèze, le maire ex-PS Bernard Combes, arrivé second avec 32,28 %, derrière le candidat de droite, Laurent Melin (37,94 %), fusionne sa liste avec celle de Nicolas Marlin (17 %), qui rassemble PCF, Les Ecologistes et… LFI. Comme le souligne La Montagne, la liste de Nicolas Marlin avait tendu la main au maire sortant dès dimanche.
« Ses explications sont convaincantes », juge l’entourage de François Hollande
Bernard Combes n’est pas n’importe qui. C’est un ancien conseiller de François Hollande, quand ce dernier était à l’Elysée. Investi pour être candidat du NFP – et donc avec le soutien de LFI – lors des législatives de 2024, Bernard Combes avait finalement laissé la place à François Hollande, qui avait ainsi pu faire son retour inattendu à l’Assemblée. C’est pourquoi, dans la série des rapprochements locaux avec des insoumis, celui-ci a une saveur particulière. Car faut-il le rappeler, l’ancien chef de l’Etat dénonce depuis des semaines tout accord avec les insoumis pour les municipales, appelant à la clarté. Il l’a refait au lendemain du premier tour. Le sujet ébranle d’ailleurs le PS plus largement (lire notre article).
Contacté par publicsenat.fr, l’entourage de François Hollande minimise cette alliance locale. « Il s’agit d’une liste conduite par un binôme PCF/EELV, issue de sa majorité », remarque l’entourage du député de Corrèze. Reste que cette fusion, décidée par un proche et fidèle de François Hollande, met quelque peu à mal la ligne défendue par l’ex-Président. Mais ce dernier n’entend pas le critiquer pour autant. « C’est sa responsabilité et il l’assume avec clarté », relève l’entourage de l’ancien chef de l’Etat, jugeant au passage que « ses explications sont convaincantes ».
« Deux ou trois » membres de LFI sur la liste
Explications données sur Ici Limousin, où Bernard Combes justifie et assume son choix. « J’ai toujours pratiqué l’union au sein de notre ville et je continuerai à le faire dans un équilibre nouveau. C’est très important pour les Tullistes, parce qu’en face de nous il y a une droite ultra-libérale et retailliste », avance Bernard Combes. Celui qui a quitté le PS en 2021 ajoute :
Il assume pleinement cette alliance. « Si vous voulez me faire dire que nous avons tort de nous rassembler avec LFI, je vous réponds que nous avons raison », soutient le maire de Tulle, qui ajoute que les membres de LFI « sont peut-être deux ou trois de cette sensibilité sur la liste, et les forces en présence sont extrêmement équilibrées entre les différentes composantes de la gauche ». La liste de Nicolas Marlin n’est en effet pas une liste uniquement insoumise, mais d’abord avec le PCF et les écologistes.
Les « partenaires » de LFI « viendront sur des délégations comme adjoints ou comme vice-présidents de Tulle agglo »
Appelant à « considérer les situations nationales et les situations locales » d’autre part, Bernard Combes souligne au passage que « François Hollande connaît à Tulle beaucoup de personnalités ou de personnes qui peuvent être plus de sensibilité plus LFI, que socialiste peut-être ».
Ce n’est d’ailleurs pas une fusion « technique », comme à Nantes, où les membres de LFI seront ensuite dans l’opposition, mais une fusion sur le fond et d’équipe. « Nous avons construit une liste d’union avec des partenaires qui viendront sur des délégations comme adjoints ou comme vice-présidents de Tulle agglo. Ce sont vraiment des acteurs de la nouvelle majorité que nous espérons mettre en place à partir de lundi prochain. C’est une vraie union », insiste et assume Bernard Combes, quitte à contredire le discours porté par son mentor. Mais Bernard Combes est en ballottage défavorable et risque de perdre la ville, en l’absence d’accord. La politique locale a ses raisons que la politique nationale ignore parfois.