« Très bonne année M. le Premier ministre, ça commence de manière un peu complexe, mais c’est ainsi ! » L’adresse est complice, mais on sent que le moment est teinté de gravité. Comme l’an dernier, c’est dans une situation politique chahutée, que le président du Sénat adresse ce 13 janvier ses vœux aux sénateurs et sénatrices, avec comme témoin rapproché le chef du gouvernement. Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale, présente à sa gauche, a elle aussi eu droit au même traitement. « Vous avez une semaine assez tendue », lui signifie son homologue sénatorial, alors que les députés reprennent dans l’hémicycle, l’examen en nouvelle lecture, le laborieux projet de loi de finances.
Plus de trois semaines après l’échec prévisible de la commission mixte paritaire entre les deux chambres du Parlement sur le budget 2026, Gérard Larcher souligne que le Sénat est « est un lieu de débat, où il est possible de trouver convergences et synthèses, mais pas à n’importe quel prix ».
Soulignant « l’énergie » dont font preuve le Premier ministre et son gouvernement pour tenter de faire adopter un budget, Gérard Larcher a diplomatiquement indiqué que cette énergie devait se déployer « en direction de toutes les forces politiques ». Le sénateur des Yvelines fait allusion au sentiment de perte de considération qui a traversé tout au long de la discussion budgétaire la majorité sénatoriale de droite et du centre, pendant que le Parti socialiste enregistrait des avancées à mettre à son actif. Sourire de Sébastien Lecornu, petits rires dans l’assistance.
« Soit la France renonce, soit elle se relève »
Au-delà de ces petites incises, le président du Sénat sait que l’heure est grave, et que le pays est scruté par ses partenaires. « Nous le sentons bien, nous sommes à nouveau à la croisée des chemins. Soit la France renonce, soit elle se relève et retrouve confiance en elle-même », avertit Gérard Larcher. En ce début d’année, le troisième personnage de l’État estime qu’un « sursaut républicain » peut se produire en France et que « l’espoir n’a pas déserté la France ».
La réduction de la dépense publique reste un impératif à ses yeux, un impératif que les différentes forces politiques ne pourront pas éluder. « La France ne peut continuer à creuser ses déficits et à les financer par la dette sous la contrainte des marchés financiers », rappelle-t-il. À l’heure où le gouvernement pourrait revoir le niveau de l’effort demandé aux collectivités, Gérard Larcher fait remarquer à ses interlocuteurs que le Sénat sera « vigilant » sur ce point. Toujours au chapitre des élus locaux, Gérard Larcher répète une fois encore que le nouvel acte de décentralisation promis par le Premier ministre devra se traduire par une « loi claire, simple et à horizon proche ».
« Les nuages s’accumulent sur notre agriculture »
La rentrée, difficile pour l’exécutif, est également marquée par la colère des agriculteurs. L’Assemblée nationale en a eu la démonstration juste sous ses fenêtres ce mardi. « Les nuages s’accumulent sur notre agriculture […] et nous devons collectivement trouver les moyens de reconquérir la confiance de nos agriculteurs sur le terrain », presse le président du Sénat, promettant que son institution sera « au rendez-vous » au sujet de la loi d’urgence agricole, promise par le Premier ministre quelques heures plus tôt.
D’ici là, le Sénat se concentrera sur les débats relatifs à la loi sur la fin de vie. « Comme cela s’est déroulé en commission la semaine passée, je souhaite un débat respectueux, ouvert à l’image de celui qui s’était déroulé au Sénat il y a 45 ans, autour de la proposition de loi d’Henri Caillavet », formule Gérard Larcher. Inquiet sur la politique énergétique, il presse à nouveau le gouvernement d’associer le Parlement à ce chantier, l’invitant urgemment à inscrire à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale la programmation adoptée l’été dernier par le Sénat.
Les États-Unis « fragilisent le monde occidental »
Dernier grand soubresaut de cet hiver : la scène internationale, et en particulier les décisions ou déclarations imprévisibles de Donald Trump. Gérard Larcher a voulu répondre aux « critiques, voire aux injonctions, qui nous sont faites outre Atlantique ». « Je ne me résous pas à ce que la France et l’Union européenne soient prises en étau entre, d’un côté, une Russie agressive et conquérante, une Chine qui attend son heure et, de l’autre, des États-Unis qui tournent le dos à l’Europe ou menacent certains de ses territoires », s’exclame le président du Sénat. Avant de reprendre, plus incisif encore : « Je ne me résous pas à ce que les Etats Unis, adoptant des stratégies de court terme, fragilisent le monde occidental face à ses adversaires ou concurrents. »
Un mot est laissé à l’Iran, dont les manifestants contre le régime font face depuis des jours à une répression sanglante. « Les Iraniennes et les Iraniens, dressés contre un régime d’oppression, montrent avec courage le chemin de la liberté ! Soyons fidèles à nos valeurs en les soutenant ! » appelle le président du Sénat.