Nouveaux réacteurs nucléaires : « Le débat public se déroulera sur tout le territoire », précise Chantal Jouanno

Nouveaux réacteurs nucléaires : « Le débat public se déroulera sur tout le territoire », précise Chantal Jouanno

Les concertations doivent se lancer le 27 octobre prochain pendant quatre mois seront chapeautées par la CNDP, dont la présidente Chantal Jouanno, était auditionnée au Sénat ce mercredi. Elle a dévoilé que la commission avait été chargée par Élisabeth Borne de garantir la bonne tenue des débats qui s’annoncent animés. 
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Par Sandrine Tran

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Ce sont des échanges qui promettent d’être aussi passionnants que mouvementés. Le 27 octobre prochain s’ouvrira une concertation avec la population au sujet de l’implantation de six nouveaux réacteurs nucléaires en France, les EPR2, dont les deux premiers sur le site de Penly (Seine-Maritime). Elle doit durer jusqu’au 27 février prochain. Les travaux qui en résulteront serviront de base pour le travail parlementaire, notamment pour le vote de la loi Énergie et Climat, appelle de ses vœux Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale pour le débat public (CNDP).

Face aux élus de la commission du territoire et du développement durable, l’ancienne sénatrice - qui siégeait également dans cette commission - a exposé ce mercredi les contours de la concertation à venir, notamment accompagnée d’Ilaria Casillo, la vice-présidente de la CNDP.

200 jeunes tirés au sort

Trois thèmes à aborder durant les débats sur le nucléaire : la consommation énergétique avec les questions de sobriété notamment, la production et les enjeux de mix énergétique et de souveraineté nationale, et enfin la gouvernance.

Pour ce faire, la Commission mise sur deux volets. D’une part, des réunions « dans toute la France et en particulier dans les régions, a assuré Ilaria Casillo. Parce que la question énergétique, que ce soit en termes de production ou de consommation, n’est pas pareille dans toutes les régions. » Ensuite, la CNDP table sur un moment délibératif à travers un forum des jeunesses : « Environ 200 jeunes tirés au sort, âgés de 18 à 35 ans pour travailler sur des éléments particuliers de la loi énergie et climat, a complété la vice-présidente. Tout cela pour nourrir le projet de loi du gouvernement, mais d’abord et surtout le débat parlementaire. »

Au total, 10 questions seront posées aux citoyens dans toute la France, pas seulement dans les régions concernées par les réacteurs. Saclay, Lille, Tours ou encore Lyon sont par exemple cités. Une partie « clarification des controverses » fera appel à des experts positionnés en faveur ou non du nucléaire. Ils auront la charge de poser leurs arguments pour qu’un débat éclairé puisse s’en suivre. Une autre partie fera appel aux universités et écoles, qui auront pour but de mobiliser les jeunes.

La CNDP, garante du débat

Après avoir proposé une méthode de travail, ce sera aussi à la CNDP d’être garante de la concertation sur demande de la Première ministre, Elisabeth Borne. « Nous n’avons pas seulement élaboré la méthode de cette concertation, nous allons aussi la garantir : nous assurons la transparence de la méthode, la manière dont les réunions vont se passer, et aussi la manière dont le forum de la jeunesse va se mettre en place », a annoncé Illaria Casillo.

Michel Badré, ancien ingénieur et haut fonctionnaire français, qui a notamment été le premier président de l’autorité environnementale, a été désigné comme président du débat. « Il a une qualité incroyable : il est capable de mettre autour de la table les pour et les contre. Il est reconnu par les deux parties », a souligné Chantal Jouanno.

Car l’enjeu est grand. Les positions sur le nucléaire cristallisent deux camps qui représentent deux Frances fracturées : celle partisane d’une sortie rapide du nucléaire, incarnée politiquement par la gauche - à l’exception du communiste Fabien Roussel -, et celle partisane d’une relance, via l’investissement pour prolonger la durée de vie des centrales actuelles et pour en ouvrir d’autres, basées sur des technologies moins polluantes, incarnée politique par la droite.

Enjeu démocratique

Mais comme toute concertation nationale, l’enjeu est aussi démocratique. La convention citoyenne pour le climat a été vivement critiquée : les parlementaires d’opposition avaient accusé Emmanuel Macron d’enjamber le Parlement. Et puis et surtout, les participants avaient vu une partie de leurs propositions rejetées.

Chantal Jouanno en a bien conscience et tient à rappeler que sur ce dossier « rien n’est encore fait », que la participation des citoyens est primordiale. Dans une tribune publiée dans Le Monde le 18 octobre, elle a même averti le politique : « Nous avons changé d’époque, le débat public n’est plus une succession de grandes réunions ou la parole est séquestrée par les plus forts. Aujourd’hui, les outils du débat sont multiples et nous allons au-devant du public pour recueillir les paroles les plus diverses, voire les plus timides ». Des concertations sous plusieurs formes doivent avoir lieu : dématérialisées mais pas seulement. Il s’agit aussi d’aller chercher les 14 % de la population qui n’a pas accès au numérique. Les ruraux, et les plus timides.

 

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