Nouvelle-Calédonie : « Ce troisième référendum a un goût d’inachevé », note le politologue Martial Foucault
Après le « non » massif à l’indépendance de Nouvelle-Calédonie lors du troisième référendum d’autodétermination, quel avenir institutionnel pour l’archipel ? Interview de Martial Foucault, titulaire de la chaire Outre-mer de Sciences Po, présent sur l’archipel pour observer les opérations électorales.

Nouvelle-Calédonie : « Ce troisième référendum a un goût d’inachevé », note le politologue Martial Foucault

Après le « non » massif à l’indépendance de Nouvelle-Calédonie lors du troisième référendum d’autodétermination, quel avenir institutionnel pour l’archipel ? Interview de Martial Foucault, titulaire de la chaire Outre-mer de Sciences Po, présent sur l’archipel pour observer les opérations électorales.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

C’était attendu. Le « non » à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie l’a emporté très majoritairement à plus de 96 %. Les indépendantistes avaient demandé le report du scrutin en raison de l’impossibilité, selon eux, de « mener une campagne équitable » à cause de l’épidémie. Comment s’est déroulé le scrutin ?

J’ai ressenti beaucoup de frustration de part et d’autre. Les indépendantistes regrettent le non-respect de la parole donnée par l’ancien Premier ministre, Édouard Philippe qui avait exclu une troisième consultation entre le mois de septembre 2021 et la fin du mois d’août 2022 afin de bien la dissocier de la campagne présidentielle. Du côté des loyalistes, ce troisième « non » ne met pas définitivement un terme au processus d’autodétermination.

Avez-vous perçu des tensions autour des bureaux de vote ?

Je n’ai pas ressenti une ambiance de soirée électorale. Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, nous avons vu des bureaux de vote avec zéro votant. Ce troisième référendum a un goût d’inachevé. Au vu de la faible participation les loyalistes ne peuvent pas brandir le « non » comme une victoire. Et d’un autre côté, il n’y a pas eu de démobilisation dans le camp du « non » à l’indépendance, ce qui aurait pu constituer une victoire pour les indépendantistes.

Comment envisagez-vous la période de transition prévue du 13 décembre 2021 au 30 juin 2023 ?

La marge de manœuvre est réduite pour le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu. Je ne pense pas qu’il se passe grand-chose avant l’élection présidentielle. Il va engager des discussions informelles avec les membres du congrès calédonien pour voir les sujets qui peuvent faire consensus et éviter pour le moment, les sujets qui fâchent.

Quels sont les sujets qui fâchent ?

Ce qui fâche, c’est que l’Etat donne l’impression de jouer tout seul sa partition. Les loyalistes considèrent l’autonomie comme concevable si le territoire reste dans la République française. Les indépendantistes estiment que l’autonomie ne peut passer que par une souveraineté pleine et entière. Or, en droit français, la souveraineté pleine et entière implique un référendum. Mais on l’a vu avec les accords de Nouméa, on a passé 20 ans à organiser les consultations sans véritablement penser au projet. Pour la suite, ça ne pourra pas être simplement une question à laquelle on répond par oui ou par non. Mais un projet contre un projet. Et le projet ne pourra pas être simplement un statut. Il faudra autre chose.

Le statut quo n’est donc pas possible ?

Non, car si la Nouvelle-Calédonie est un territoire d’Outre-mer avec un transfert de compétences extrêmement poussé, un gouvernement (le Haut-commissariat), un Parlement (e congrès), elle reste inscrite sur la liste de l’ONU des territoires à décoloniser. On est déjà allé très loin vers la décentralisation, trois articles sont consacrés à la Nouvelle-Calédonie dans la Constitution. Il va falloir imaginer une vision partagée avec à la fin des fins une proposition institutionnelle stable.

Lire notre article: Référendum en Nouvelle-Calédonie : le non à l’indépendance l’emporte à 96,43 %

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: discussion on the adoption of the special bill at the National Assembly
5min

Politique

Encadrement du temps de parole sur les réseaux sociaux : « Une très mauvaise réponse à une très bonne question » 

A travers une proposition de loi, le député Renaissance Paul Midy souhaite encadrer le temps de parole sur les réseaux sociaux durant les périodes électorales et leur appliquer des règles similaires à celles que respectent les médias audiovisuels. Le texte suscite un certain scepticisme, tant sur le plan juridique que sur le plan technique.

Le

Philippe
7min

Politique

Présidentielle : Edouard Philippe met en place son organigramme pour « élargir au maximum le socle » et dépasser Horizons

Le candidat à la présidentielle réunit les cadres d’Horizons, ce dimanche, à Reims, pour montrer qu’il est prêt, avec la mise en « place d’une architecture de campagne ». Mais il s’agit aussi de « passer à une autre phase » et « ne plus être simplement le candidat Horizons et le président d’Horizons », décrypte un proche, pour mieux s’adresser à l’ensemble des Français, dans la perspective de 2027, mais aussi accueillir de futurs soutiens…

Le

Controles au Poste Frontiere Franco-Italien de Menton
6min

Politique

Pacte européen sur la migration et l’asile : les sénateurs alertent le gouvernement sur le « défi logistique et financier » de sa transposition dans le droit français

A quelques jours de l’examen, au Sénat, du projet de loi habilitant le gouvernement à transposer par ordonnances le Pacte sur la migration, la commission des affaires européennes a remis plusieurs recommandations, ce jeudi 7 mai. L’occasion pour les élus de rappeler à l’exécutif son insatisfaction sur la méthode employée.

Le