Nouvelle-Calédonie: le référendum en cinq questions
Pourquoi un référendum? Qui va voter? Quelles seront les conséquences? Cinq questions autour du référendum sur l'indépendance...

Nouvelle-Calédonie: le référendum en cinq questions

Pourquoi un référendum? Qui va voter? Quelles seront les conséquences? Cinq questions autour du référendum sur l'indépendance...
Public Sénat

Par Cécile AZZARO

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Pourquoi un référendum? Qui va voter? Quelles seront les conséquences? Cinq questions autour du référendum sur l'indépendance dimanche en Nouvelle-Calédonie.

POURQUOI UN RÉFÉRENDUM?

Théâtre d'un passé colonial violent, la Nouvelle-Calédonie, archipel français depuis 1853, à 18.000 km de la métropole, a connu, de 1984 à 1988 une insurrection des indépendantistes kanak qui a fait plus de 70 morts. Le paroxysme a été atteint en mai 1988 avec la prise d'otages et l'assaut de la grotte d'Ouvéa - 19 militants kanak et 6 militaires tués.

Les accords de Matignon de juin 1988 ont initié un début de réconciliation et d'émancipation du territoire, fondé sur le rééquilibrage économique et géographique et sur un partage du pouvoir politique entre Kanak et Caldoches, consolidé 10 ans plus tard par l'accord de Nouméa. Cet accord prévoyait un référendum au maximum vingt ans après.

QUELLE EST LA QUESTION?

Les électeurs doivent répondre par "oui" ou "non" à la question "Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante?". Une formule binaire, trouvée en mars dernier au terme d'une quinzaine d'heures de réunion entre les forces politiques de Nouvelle-Calédonie et le Premier Ministre Edouard Philippe.

QUI PEUT VOTER?

L'accord de Nouméa a limité le corps électoral référendaire: 174.154 électeurs de Nouvelle-Calédonie, considérés comme les plus "concernés" sur un territoire marqué par une forte immigration de passage (fonctionnaires en poste quelques années, etc.), décideront du maintien ou non de l'archipel au sein de la République, sur un total de 210.105 électeurs aux élections présidentielle, législatives, municipales. Pour voter, il faut notamment justifier d'une résidence continue en Nouvelle-Calédonie depuis au moins le 31 décembre 1994.

Le corps électoral est un sujet sensible car les indépendantistes kanak reprochent à la France d'avoir jadis "noyé" leur revendication grâce à "une immigration massive". Toutes les parties ont acté l'inscription d'office sur la liste référendaire des natifs (kanak et non kanak) qui n'avaient jusqu'à présent jamais été inscrits sur une liste électorale. Seul le parti Travailliste (indépendantistes radicaux), qui a appelé à ne pas voter, dénonce la composition de cette liste référendaire.

La Calédonie étant inscrite sur la liste des pays à décoloniser de l'ONU, des observateurs de l'organisation internationale surveilleront le scrutin, ainsi que 250 "délégués" dépêchés par l'Etat.

QUE SE PASSERA-T-IL SI LE OUI L'EMPORTE?

Tout d'abord, ce scénario est peu probable. Tous les sondages annoncent une nette victoire du non, dans une fourchette comprise entre 63 à 75% des voix. Si le oui l'emporte, la Nouvelle-Calédonie deviendra un Etat souverain. Il s'agirait d'une première depuis l'indépendance de Djibouti (1977) et du Vanuatu (1980).

Cette indépendance se traduira par le transfert des compétences régaliennes (sécurité, ordre public, monnaie, justice) et l'accès à "un statut international de pleine responsabilité", a expliqué Matignon. Par ailleurs, les transferts financiers de l'Etat français (1,3 milliard d'euros par an) "seront caducs".

"La nouvelle organisation des pouvoirs publics résultant de l'accession à l'indépendance ne serait cependant pas effective au lendemain du référendum", et la France "ne se retirera pas brutalement". Il y aura "une période de transition".

QUE SE PASSERA-T-IL SI LE NON L'EMPORTE?

La Nouvelle-Calédonie restera une collectivité française, régie par l'Accord de Nouméa, le titre XIII de la Constitution et la loi organique statutaire du 19 mars 1999.

La population conservera la nationalité et la citoyenneté française et européenne, et l’État français continuera à exercer les compétences régaliennes.

Les élections provinciales (pour renouveler le congrès de Nouvelle-Calédonie) se tiendront comme prévues en mai 2019. A l'issue de ces élections, si un tiers des membres du congrès le demande, un deuxième référendum sera organisé dans les dix-huit mois. En cas de nouveau vote du "non", il pourra être suivi d'un troisième. Mais de nombreux loyalistes demandent qu'en cas de victoire du non dimanche, surtout si elle est large, à ce que le premier référendum soit aussi le dernier.

Partager cet article

Dans la même thématique

France, Perpignan, October 13, 2026: High school and university students demonstrate with trade union support
7min

Politique

Vote à 16 ans : la jeunesse doit-elle avoir son mot à dire dans les urnes ?

Comme d’autres avant lui, Jean-Luc Mélenchon veut ouvrir les urnes aux lycéens, alors que les mobilisations de la jeunesse se multiplient. Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier défendent aussi la mesure. Pourtant, malgré des retours réguliers dans le débat présidentiel, le vote à 16 ans reste lettre morte. Plusieurs universitaires analysent les résistances à cette réforme et ses effets possibles sur la participation politique.

Le

Nouvelle-Calédonie: le référendum en cinq questions
3min

Politique

« Méthode détestable », « colère » : l’absence de Sébastien Lecornu aux Assises des départements de France tend les élus

Alors que le gouvernement a prévu de ponctionner 1,8 milliard d’euros du budget des départements dans le projet de loi de finances pour 2027, l’absence de Sébastien Lecornu aux Assises des départements de France a fortement déplu. Le Premier ministre a néanmoins invité les départements à le rencontrer le 16 novembre à Matignon, un report qui va « exacerber les tensions », a prévenu le président (centriste) des Départements de France, François Sauvadet. Une grande partie des élus ont quitté la salle quand la ministre des Collectivités s’est exprimée.

Le

Nouvelle-Calédonie: le référendum en cinq questions
2min

Politique

En réponse à l’absence de Lecornu, les présidents de départements boycottent le discours de Françoise Gatel

Le Premier ministre a annulé hier soir sa venue aux Assises des départements de France et a convié à Matignon le 16 novembre les présidents des exécutifs locaux pour tenter de répondre à leurs inquiétudes sur le budget. En guise de protestation, les présidents de départements ont quitté la salle au moment du discours de la ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, Françoise Gatel.

Le

Nouvelle-Calédonie: le référendum en cinq questions
3min

Politique

« À l’EHPAD ! » : pour Xavier Bertrand, le candidat à droite qui « fera élire l'un des deux extrêmes aura intérêt à essayer la chirurgie esthétique ou l’exil »

Xavier Bertrand est le nouvel invité de l'émission « À l’EHPAD ! ». Alors qu'il est lui-même candidat à l'élection présidentielle de 2027, il est d'emblée interrogé sur la multiplication des candidatures à droite par les habitants de la résidence. Une émission à voir dès maintenant sur publicsenat.fr et les chaînes YouTube de « À l’EHPAD ! » et Ouest-France.

Le