Emmanuel Macron réunit ce vendredi 16 janvier à Paris les forces politiques calédoniennes, dans l’espoir de relancer les discussions sur l’avenir institutionnel de l’archipel. La séquence doit s’étirer sur tout le week-end. Un an et demi après les violences qui ont secoué la Nouvelle-Calédonie, et malgré la signature d’un accord de principe cet été, la situation reste au point mort depuis que le FLNKS, principal mouvement indépendantiste, a quitté la table des discussions.
La direction du parti a confirmé qu’elle ne se rendrait pas à Paris pour cette nouvelle salve de discussions, mais l’exécutif espère encore un déblocage. « Nous n’accepterons pas que, par l’absence de certains, les Calédoniens soient pris en otage. Personne n’a de droit de véto », a déclaré la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, lors des questions d’actualité au gouvernement.
Quelle est la situation en Nouvelle-Calédonie ?
L’adoption au printemps 2024, par le Parlement, d’un projet de révision constitutionnelle décrié par les indépendantistes a mis le feu aux poudres dans ce territoire ultramarin de 270 000 habitants. Le texte prévoit le dégel du corps électoral pour les élections provinciales, puisque depuis l’accord de Nouméa seules les personnes inscrites sur les listes électorales en 1998 et leurs descendants peuvent voter. La réforme ouvrirait le droit de vote à toute personne née en Nouvelle-Calédonie ou domiciliée depuis au moins dix ans dans l’archipel. Selon les estimations du gouvernement, ce dégel ajouterait quelque 25 000 personnes au corps électoral, de quoi bousculer les équilibres politiques.
À partir de mai 2024, des affrontements entre les forces de l’ordre et des groupes armés indépendantistes ont donné lieu à de nombreuses scènes de violences et de saccage dans l’archipel. Le 12 juin, Emmanuel Macron annonce la suspension de la réforme constitutionnelle. Le bilan fait état de 14 morts et plus de 2 milliards d’euros de dégâts, tandis que la Nouvelle-Calédonie reste économiquement exsangue.
Que prévoit l’accord de Bougival ?
Le 2 juillet 2025, les représentants des principales forces politiques de l’île, indépendantistes et non indépendantistes, signent un accord de principe à Bougival, dans les Yvelines. Ce document prévoit le report des élections provinciales, qui devront avoir lieu avant le 28 juin 2026. Il reconnaît également à la Nouvelle-Calédonie un statut d’Etat à l’intérieur de la France, avec la possibilité d’un transfert des compétences régaliennes, sauf dans certains domaines comme la sécurité et la défense.
L’accord comporte aussi un volet sur la relance économique, en partie articulée autour du nickel, l’une des ressources stratégiques de l’île.
Après les trois référendums sur l’autodétermination en 2018, 2020 et 2021, la mise en œuvre de l’accord de Bougival doit être soumise à une consultation des Calédoniens, prévue d’ici la mi-mars. Un nouveau projet de loi sera ensuite présenté au Parlement.
Qu’est ce qui coince ?
Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), principal mouvement indépendantiste de Nouvelle-Calédonie, a fini par rejeter cet accord le 13 août. Ils estiment que les engagements pris par Paris ne vont pas assez loin en matière de souveraineté de l’île. « L’accord aboutit à la minorisation politique du peuple kanak sur son propre pays par le dégel du corps électoral. Il opère une intégration définitive de la Kanaky à la République. Il vise, par une manœuvre, une manipulation politique, à désinscrire la Kanaky de la liste des pays à décoloniser de l’ONU », a notamment dénoncé le sénateur indépendantiste Robert Wienie Xowie.
Par ailleurs, les indépendantistes du FLNKS déplorent les conditions d’organisation du dernier référendum d’autodétermination, en pleine pandémie de covid-19, et réclament à ce titre la tenue d’une quatrième consultation.
Quel est l’objectif des discussions engagées par l’Elysée ?
L’exécutif espère renouer le dialogue entre les partis pour retrouver le chemin du consensus sur l’avenir politique de l’Île. Beaucoup de commentateurs ont déploré le départ de Manuel Valls, fin connaisseuse du dossier, avec la chute du gouvernement Bayrou, et remplacé aux Outre-Mer par Naïma Moutchou, une proche de l’ancien Premier ministre Edouard Philippe.
Afin de déminer les tensions, l’exécutif étudie la possibilité d’un quatrième report des élections provinciales, cette fois en septembre 2026, indique franceinfo, soit plus de sept ans après le dernier scrutin. Il devrait également être question du volet économique, moins clivant.
La séquence pourrait aboutir à la signature d’un nouveau texte qui, sans remettre en cause l’accord du 12 juillet, viendrait en préciser les contours.
Qui sont les acteurs autour de la table ?
Cinq délégations sont attendues : celle des loyalistes, notamment représentés par le député Nicolas Metzdorf et Sonia Backès, la présidente de la province Sud ; Le Rassemblement – Les Républicains avec Alcide Ponga, actuel président du gouvernement de Nouvelle-Calédonie ; le parti non-indépendantiste Calédonie ensemble ; L’Éveil océanien qui porte les intérêts de la communauté wallisienne et futunienne installée dans l’archipel ; et des membres de la coalition indépendantiste UNI.
Outre le chef de l’Etat et son Premier ministre, la ministre des Outre-mer et les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, Gérard Larcher et Yaël Braun-Pivet, doivent également participer à ce sommet.
Si le FLNKS a choisi de bouder la rencontre, une intervention par visio-conférence serait envisagée, indique la chaîne Nouvelle-Calédonie la 1ère.