Nouvelle-Calédonie : un gouvernement mais pas de président
Faute d’un accord entre groupes politiques sur fond de pressions des indépendantistes, les membres du gouvernement élus jeudi à...

Nouvelle-Calédonie : un gouvernement mais pas de président

Faute d’un accord entre groupes politiques sur fond de pressions des indépendantistes, les membres du gouvernement élus jeudi à...
Public Sénat

Par Mathurin DEREL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Faute d’un accord entre groupes politiques sur fond de pressions des indépendantistes, les membres du gouvernement élus jeudi à Nouméa n’ont pas pu désigner de président, plongeant la Nouvelle-Calédonie dans une nouvelle crise politique.

"C’est la troisième fois en l’espace de six ans que nous n’avons pas de majorité parce que la droite n’arrive pas à s’entendre", a déclaré à l’AFP Louis Mapou, le président du groupe Union nationale pour l’indépendance (UNI) au Congrès.

Cette situation intervient à un moment charnière puisqu'il s'agit de la dernière mandature de l'Accord de Nouméa de 1998 organisant la décolonisation de l'île d'ici 2024. Un référendum sur l'indépendance en novembre 2018, né de cet accord, a donné une victoire plus courte que prévu aux pro-français (56,7%) face aux indépendantistes. Deux autres référendums peuvent être organisés en 2020 et 2022.

Egalement issu de l'accord de Nouméa, le gouvernement de Nouvelle-Calédonie est un exécutif collégial où les groupes politiques sont représentés de manière proportionnelle, élus par les 54 membres du Congrès qui se sont réunis jeudi.

Le scrutin a été sans surprise: les groupes politiques avaient clairement affiché leurs positions dans les jours précédents.

La liste commune de l’Avenir en confiance (AEC), parti non indépendantiste majoritaire en province Sud, et de l’Éveil océanien, nouveau parti communautaire wallisien-et-futunien, a logiquement obtenu cinq portefeuilles, autant que les indépendantistes de l’Union calédonienne et de l’Union nationale pour l’indépendance - sur des listes séparées.

Le rôle d’arbitre est revenu à Calédonie ensemble (CE), parti de centre droit défait lors des élections provinciales, qui a obtenu un "ministère".

Mais après le scrutin, la réunion à huis clos des nouveaux membres du gouvernement pour choisir leur président a tourné court, le membre Calédonie Ensemble ayant voté blanc, renvoyant dos à dos indépendantistes et non indépendantistes.

Au final, aucun des trois candidats, Thierry Santa (AEC), Jean-Pierre Djaïwe (UNI) et Gilbert Tyuienon (Union calédonienne-FLNKS), n’a pu recueillir la majorité des suffrages, créant de fait un blocage des institutions.

- "Un président qui se passe de nous" -

Si les indépendantistes n’ont pas exclu de donner une de leur voix pour élire Thierry Santa comme lors des derniers blocages, ils ne cachent pas leur ambition de prendre la tête du gouvernement. "Nous sommes là pour ça", a dit Gilbert Tuyiénon, le candidat du groupe UC-FLNKS.

Ils ont déjà obtenu le perchoir le 24 mai, remporté par l'indépendantiste Roch Wamytan (Union calédonienne-FLNKS) grâce au tout jeune parti l'Éveil océanien, issue de la communauté wallisienne-et-futunienne.

"Il est dommage qu’il n’y ait pas eu l’esprit de responsabilité pour installer ce gouvernement au plus vite", a regretté Thierry Santa à l’issue de la réunion des membres du gouvernement. "J’espère que tout le monde entendra l’appel que nous avons lancé en vue de constituer un gouvernement collégial où chaque sensibilité pourra s’exprimer".

"L’Avenir en confiance a délibérément décidé d’exclure Calédonie ensemble de toute responsabilité à la province comme au Congrès. Dans ces conditions, il est normal que nous n’apportions pas nos voix à un président qui se passe de nous. Je rappelle également que les indépendantistes du FLNKS ont également la possibilité de choisir un président", a souligné Philippe Michel, le président du groupe Calédonie ensemble.

Les désaccords portent également sur le programme économique qu’entend porter l’Avenir en confiance, dans un contexte économique particulièrement morose et avec la menace imminente d’une cessation de paiement des régimes de protections sociales.

Un programme jugé "ultralibéral" et "dangereux pour la Nouvelle-Calédonie" par Philippe Michel.

L'Eveil océanien propose un "New deal calédonien" en dix mesures, non négociables et à mettre en œuvre dans les trois mois suivant l’installation du gouvernement. Elles consistent à redonner de la compétitivité aux entreprises et du pouvoir d’achat au travers de baisses de charges sociales importantes.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le