Nouvelle organisation de l’Etat : les sénateurs saluent « l’affichage », mais « l’essai reste à marquer »
A l’occasion de son quatrième discours depuis le début de la crise du coronavirus, Emmanuel Macron a annoncé sa volonté de décentraliser davantage la prise de décision au sein de l’organisation de l’Etat. Une annonce saluée avec prudence par les sénateurs.

Nouvelle organisation de l’Etat : les sénateurs saluent « l’affichage », mais « l’essai reste à marquer »

A l’occasion de son quatrième discours depuis le début de la crise du coronavirus, Emmanuel Macron a annoncé sa volonté de décentraliser davantage la prise de décision au sein de l’organisation de l’Etat. Une annonce saluée avec prudence par les sénateurs.
Public Sénat

Par Quentin Calmet & Flora Sauvage

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Emmanuel Macron a-t-il vraiment mis au placard son costume de président jupitérien ? C’est la question que se posent certains sénateurs, dimanche soir, après avoir écouté le chef de l’Etat. Un passage interroge particulièrement : celui sur une nouvelle étape de la décentralisation. En effet, en une minute et trois secondes, au sein des vingt minutes de son discours, il a évoqué un changement de fonctionnement de l’appareil d’Etat.

 

Trop de concentration des pouvoirs

 

« Il me reviendra, avec vous, de bâtir de nouveaux équilibres dans les pouvoirs et les responsabilités », a dit le président de la République au cours de son allocution. Selon lui, « l'organisation de l’Etat doit profondément changer. Tout ne peut pas être décidé si souvent à Paris. »

Emmanuel Macron pense alors à toutes les initiatives qui ont été prises dans les départements pendant la crise du Covid-19, appelant à continuer dans ce sens : « Libérons la créativité et l’énergie du terrain », a-t-il dit, « c’est pourquoi je veux ouvrir pour notre pays, une page nouvelle donnant des libertés et des responsabilités inédites à ceux qui agissent au plus près de nos vies ».  

Enfin le chef de l’Etat a cité quelques exemples : « Hôpitaux, universités, nos entrepreneurs, nos maires et beaucoup d’autres acteurs essentiels. » 

Pour certains sénateurs, cette annonce est confuse : « Très honnêtement, il parle de ‘page nouvelle’ mais il mélange tout : c’est un gloubiboulga complet », réagit le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner. Il ajoute : « Il n’a pas parlé de la loi 3D [du nom du projet de loi de décentralisation porté par Jacqueline Gourault et qui doit être présenté dans les prochains mois, ndlr] : il n’évoque pas l’idée d’une grande loi de décentralisation. » 

 

Prudence chez les sénateurs

 

Les sénateurs applaudissent la prise de conscience mais restent méfiants. Le patron des centristes à la Chambre Haute explique : « Le principe qui est exprimé est une bonne chose car, jusqu’à présent, nous avons eu une pratique du pouvoir ‘jupitérienne’ et très directive de la part de l’exécutif, qui a souvent enjambé les pouvoirs intermédiaires ». Hervé Marseille, patron du troisième groupe en nombre de sénateurs ajoute : « L’idée que la crise a permis de comprendre que la déconcentration est nécessaire est une bonne chose et le Sénat fera des propositions en ce sens. »

Et le sénateur centriste, membre de la majorité sénatoriale avec les LR, de rappeler que le Sénat plaide pour davantage de décentralisation depuis plusieurs mois, et encore récemment

Même constat à droite où, là encore, on salue la prise de conscience d’Emmanuel Macron. Philippe Dallier, le vice-président LR du Sénat analyse : « Après trois ans d’un mandat qui a commencé de la pire manière entre l’exécutif et les collectivités territoriales, il est heureux d’entendre du président de la République qu’il souhaite donner davantage de liberté et de responsabilités à ceux qui agissent au plus près du terrain. » 

Selon lui, le discours de ce soir est bien une nouvelle étape de franchie. Il ajoute : « Il est clair que globalement la réorganisation des pouvoirs publics est sur la table, et que la déconcentration est à venir. Il est important de la mettre en place car beaucoup après la crise sanitaire qu’on vient de vivre se demandent par exemple à quoi servent les ARS [Agences régionales de Santé, ndlr] ».

Mais les sénateurs à droite ajoutent attendre maintenant les annonces concrètes. « Il  n’y avait pas beaucoup de contenu ce soir, c’était un affichage », explique Hervé Marseille avant d’ajouter : « On va voir, l’essai reste à marquer. »  

 

Les sénateurs socialistes « sur leur faim » 

Même sentiment chez les socialistes où on ajoute : « Il n’a pas donné de précisions. C’est un petit discours sur le fond, avec des choses bien pensantes, sympathiques, mais sans aucunes précisions. » 

Patrick Kanner explique : « Je salue cette annonce à condition qu’on me dise comment ? Quels moyens, quelle place des fonctionnaires ? Parler des services publics et en même temps fragiliser les fonctionnaires en terme de pouvoir d’achat, comme cela a été fait depuis le début du quinquennat, ça ne fonctionne pas. » 

Patrick Kanner note également un paradoxe : au moment de plaider en faveur d’une meilleure répartition des pouvoirs, le chef de l’Etat n’a pas cité son Premier ministre, ni aucun de ses ministres. Avec cette allocution, selon lui, « c’est l’isolement du pouvoir. » 

Et le signe, selon le président du groupe socialiste, que les annonces présentées en juillet se feront avec un nouveau gouvernement. « Ne pas avoir cité son premier ministre, c’est le signe de la fin des haricots pour Edouard Philippe », conclut Patrick Kanner. 

Partager cet article

Dans la même thématique

Martin Ajdari, président de l’Arcom
4min

Politique

Audiovisuel public : « Il est très largement impartial, mais il y a un travail à faire pour examiner ce qu’attendent les Français », estime le président de l’Arcom

Cible de critiques récurrentes, l’audiovisuel public fait actuellement l’objet d’une commission d’enquête à l’Assemblée nationale. A la tête de l’Arcom, Martin Ajdari défend l’institution publique, tout en reconnaissant qu’il faut être à l’écoute des téléspectateurs.

Le

Screenshot
5min

Politique

Au Cirque d’Hiver, Pierre-Yves Bournazel s’offre Edouard Philippe et Gabriel Attal pour relancer sa campagne

À un peu plus d’un mois du premier tour des municipales parisiennes, Pierre-Yves Bournazel a sorti l’artillerie lourde. En réunissant Édouard Philippe et Gabriel Attal sur la même scène du Cirque d’Hiver, le candidat centriste tente de redonner de l’élan à une campagne en difficulté, marquée par des sondages poussifs, un déficit de notoriété et le récent départ de son directeur de campagne. Reportage – Paris XIe

Le

Nouvelle organisation de l’Etat : les sénateurs saluent « l’affichage », mais « l’essai reste à marquer »
8min

Politique

OnlyFans, Mym : dans un climat parfois tendu, le Sénat vote un texte contre l’exploitation sexuelle en ligne

Le Sénat a adopté une proposition de loi de la sénatrice LR Marie Mercier, qui vise à lutter contre les « proxénètes 2.0 », qui sévissent sur les plateformes proposant des services sexuels personnalisés. Le texte a été largement modifié, avec la création d’« une nouvelle infraction inspirée de la traite des êtres humains ». Mais cette définition sera inefficace, selon la sénatrice PS Laurence Rossignol, dont les échanges avec la rapporteure Lauriane Josende ont été particulièrement tendus.

Le